mardi 2 août 2011

Le Moine de Dominik Moll


Le Moine (Dominik Moll, France-Espagne, 2011)

L'histoire de ce film est tiré d'un roman dont on m'a dit beaucoup de bien. Si vous avez lu et aimé ce livre, n'allez PAS voir ce film. Et si vous avez aimé ce film, je m'apprête à le détruire pour vous, vous voilà prévenus. Un petit interlude avec ce que ce film aimerait montrer, une ambiance sombre et fantastique :

Sauf que non. D'abord, un bref résumé, Vincent Cassel le luxe est un droit incarne un moine sensé être le plus vertueux de son couvent, donc, si on est logique, celui qui succombera forcément à la tentation. Dans la suite de ce texte, je raconte tout le film, vous pouvez vous passer de le lire, ça n'a pas grand intérêt, mais je vous met quand même un petit **SPOILER ALERT**. 

Succomber à la tentation donc, oui mais comment, vu que le type ne sort jamais de son couvent et y a toujours vécu depuis qu'il y a été abandonné, encore bébé ? Il ne connaît donc pas la tentation, ne l'a jamais côtoyée. C'est un grand prédicateur qui remplit son église grâce à ses prêches et à sa voix... et à sa présence. Une jeune femme va donc réussir à intégrer le couvent, sous couvert d'un masque (que l'on voit dans la bande annonce et qui est sensé être flippant, sauf que non) pour se rapprocher de ce mâle si attirant qu'incarne Cassel (quoiqu'en fait, dans ce film, bof, à part les moments où il est nu) (bon, d'accord, on voit son sexe et allongé, nu, il est plutôt pas mal) (pardon, les hormones). Grâce à ses mains de sorcières -ces femelles, toutes suppôts de Satan- elle va soigner un de ses atroces migraines puis sa piqûre de scolopendre mortel (mais ou bien sûr) puis abuser de son corps (sans qu'il ne s'en rende compte vraiment) (mais oui bien sûr bis) et hop, lui refiler le virus de la tentation. Vous suivez toujours ? C'est là qu'apparaît une jeune femme, toute vêtue de rouge (et même pas il se méfie le bougre, Satan, mon chéri, Satan, une femelle en rouge tu aurais du t'en douter quand même, le réalisateur fait TOUT pour bien te le montrer voyons) (pardon) qui lui demande de venir soulager sa mère. Ce qu'il va réussir car elle confesse enfin qu'elle a abandonné un enfant qu'elle croit mort (et là, même pas il ne se doute de quoi que ce soit, ça rend con l'amour de Dieu faut croire) (pardon bis) et hop, il tombe amoureux de sa soeur la jeune fille. Grâce à la sorcière, il réussit d'ailleurs à la séduire (rassurez-vous, on arrive bientôt au bout) mais leur mère les découvre, donc il la tue. Et voilààààà.


Je veux bien croire que ce roman soit extrêmement bien écrit et intéressant, si c'est le cas, Dominik Moll a réussi à le réduire à un genre de roman de gare, vous voyez, ceux avec ses couvertures pastels où on voit l'héroïne et le héros, mais leur amour est impossible, mais finalement non. Et c'est dommage, parce qu'il y a mis les moyens : des décors en 3D qui n'auraient pas étonnés dans Game of Thrones ou Rome mais qui sonnent faux ici ; le désert de Terry Gilliam (c'est trop injuste) ; des lumières magnifiques (mais too much comme le reste) ; des décors réels impressionnants ; de très nombreux figurants ; des rôles secondaires incarnés par Géraldine Chaplin (sublime) et Sergi Lopez (caricatural, mais n'est-ce pas une des règles du navet, arriver à faire mal jouer d'excellents acteurs ? Mission réussie du coup...).


Donc, les personnages et péripéties sont tous caricaturaux, le jeu des acteurs (sauf la mère et l'abesse) est vraiment poussif, voire carrément mauvais, car toujours trop appuyé. C'est la même chose pour tout. Les lumières sont caricaturale, certes on joue sur les codes de lumière de la peinture de l'époque, mais c'est constamment rappelé, donc on ne voit plus que l'exercice de style. La musique est ridiculement emphatique. Et le pire du pire c'est le montage, non content de faire de très nombreux champs/contrechamps anticipés (= où l'on passe sur l'interlocuteur qui coupe la parole à l'autre avant même qu'il ne débute se phrase, façon sitcom), le monteur a osé mettre, pratiquement à chaque articulation entre séquences, des fondu au noir à l'iris. FRANCHEMENT, des fondus au noir à l'iris ? (= l'image se fond, vers ou depuis une image noire, avec un point central mis en évidence, une technique souvent utilisée dans les films muets pour voir un cavalier partir au loin, par exemple, donc dépassé depuis les années 30, environ...).

Un exemple de too much ? Le moine fait un rêve où il voit cette jeune fille en rouge et en tentant de la toucher (il insiste beaucoup sur ce mot : toucher la femelle = tentation, merci Dominik Moll, on aurait pas bien compris sans ça) il n'y arrive pas. Et donc là, plein écran, la fille de dos avec la tête couverte de rouge, la main de Cassel, floue et tremblante qui s'avance. Non mais franchement quoi, ridicule, j'en ai éclaté de rire dans la salle (ne venez pas au cinéma avec moi).


Tout ceci aurait pu être intéressant si Dominik Moll avait assumé, jusqu'au bout, ses extravagances, façon Balada Triste de la Trompeta, par exemple. Mais non, il se la joue psychologie intérieur des personnages, volonté de réalisme (laissez moi rire) et du coup c'est complètement absurde, il est impossible de réconcilier les effets de style, la musique emphatique et les quelques effets spéciaux avec la volonté de s'inquiéter de réalisme ou de faire du tourment interne du moine le point central de son film (ce qui aurait du être le cas). Et je ne comprends pas ce qui lui a pris, j'ai beaucoup aimé sa manière de dépeindre et mettre en scène ses personnages dans ses films précédents, en particulier Lemming et Harry un ami qui vous veut du bien. Peut-être encore une fois un réalisateur qui est bien plus brillant quand il a moins de moyens et doit se contenter de filmer ce qu'il a réellement sous la main.

Passage du test Bechdel, par contre grâce à une scène inutile mais quand même. Mais pour réfléchir sur le diable, la vie, les femmes et les chaussettes sales le sexe, je vous recommande l'article de la toujours excellente Agnès Girard des 400 culs.

1 commentaire:

  1. Je viens de voir cette merde, après avoir lu le Roman dans une de mes classes d'Anglais. C'est vraiment la pire décision de ma vie. J'ai DÉVORÉ le roman de Lewis en VO en seulement deux jours tellement je l'ai trouvé passionnant. Voulant m'y replonger un peu, j'ai pensé à regarder ce film. Maintenant j'ai l'impression d'avoir été battu et souillé. Ce film va littéralement vous donner le cancer. C'est la pire chose que j'ai vu de ma vie et je suis sur Internet depuis bientôt 17 ans.

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