lundi 12 décembre 2011

The Help


The Help (Tate Taylor, usa, 2011)

Jackson, petite ville du Mississipi, début des années 60, Eugenia est de retour de l'université, elle rêve de devenir journaliste, ou écrivain, ou les deux. Toutes ses amies sont mariées et mères. Elle veut écrire et trouve une pige dans le journal local où elle doit reprendre une rubrique explorant les trucs et astuces de la parfaite ménagère. N'y connaissant rien, elle décide d'aller interroger la bonne d'une de ses amies. En discutant avec cette bonne qui lui fait penser à la femme qui l'a élevée, pas sa mère donc, sa bonne, et avec ses yeux neufs sur la ségrégation raciale grâce à son éloignement universitaire, elle décide finalement d'écrire un livre de témoignages du point de vue de ces bonnes.



Jusqu'ici on pourrait penser que c'est encore un film où un blanc vient sauver les noirs. Détrompez-vous, au fur et à mesure du récit, cette wanna be écrivain devient plutôt la secrétaire de ces femmes qui prennent la parole pour la première fois. Et même si c'est en cachette, raconter ce qu'elles vivent les bouleverse et finira par bouleverser toute la communauté.


La construction narrative est tout à fait classique, à part le fash back initial qui permet une habile mise en contexte sociale et historique. Aucune surprise du côté visuel non plus, tout en étant bien réalisé, mais c'est égal, je me suis faite emporter par cette histoire jusqu'à éclater de rire et verser quelques larmes. (Si vous y allez, comme je vous y encourage, n'oubliez pas de prendre des mouchoirs.) Cette réalisation classique hollywoodienne, tout à fait transparente, n'est pas ennuyeuse une seconde grâce à la force de ce qui est raconté. Les actrices, en particulier celles qui incarnent les deux bonnes qui commencent à parler, sont sublimes et émouvantes sans surjeu.


Les questions raciales ne sont pas les seules traitées, il s'agit d'un film sur les blanches et les noires. On y suit autant les complexités sociales à s'intégrer à la bonne société pour celles qui ont un comportement légèrement marginal que les violences raciales vécues professionnellement et personnellement. C'est un film qui est le parfait contraire du test Bechdel : certes il y a des hommes identifiés par leurs noms, mais à aucun moment deux d'entre eux ne discutent ensemble, et quand ils parlent, ils ne parlent que des femmes.


La mise en contexte globale, principalement par les journaux télévisés et une nuit d'émeute à peine survolée, n'est pas un prétexte historique pour faire de ces histoires graves mais quotidiennes des exemples, elle sert plutôt à appuyer le courage de paroles de ces héroïnes qui risquent leurs vies, littéralement, en essayant de témoigner de leurs quotidiens. Aucun angélisme non plus, juste des personnages, attachants, dont les lignes de vie qui se côtoyaient jusqu'ici finissent par se mêler, enfin.

Ce n'est pas un grand film, c'est un beau film, qui devrait être projeté dans les écoles, à tous. Les années 60 sont tellement proches, on a tendance à l'oublier. Et un film féministe et anti-raciste est définitivement un film à mettre sous tous les yeux. Seule véritable ombre au tableau, l'affiche est affreuse et ne donne pas DU TOUT envie et le titre français : "la couleur des sentiments" achève de décourager. Dommage ! Alors hop, un aperçu :



PS : pour faire plaisir à meme pas mal, sachez que parmi les actrices nous trouvons Emma Stone (Friends with benfits, Superbad), la sublime Viola Davis (United States of Tara, Law and Order), la méconnaisssable Jessica Châtelain (The Tree of Life) et Sissy Spacek (Carrie, JFK, A Straight Story), entre autres.

14 commentaires:

  1. Je l'ai vu dans l'avion. Beaucoup croché à tous les personnages. Pis moi aussi j'ai ri et pleuré. Je n'avais pas prêté attention au Bechdel à l'envers, mais maintenant que tu le dis...

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  2. Oui, les personnages sont vraiment bien construits, dommage que ce film soit aussi mal vendu, j'ai eu beaucoup de mal à trouver une bande-annonce qui ne soit pas complètement con.

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  3. Par contre, avec le son pas top et le bébé-écran de l'avion, j'aurais eu besoin de sous-titres deux-trois fois. Parce que c't'accent, monpôvramidemorges !

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  4. (et sinon: "graves mes quotidiennes" = worst faute d'orthographe EVER: bravo!)(huhuhu)

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  5. J'ai bien envie de le voir ce film. J'ai vu le trailer au ciné dernièrement et j'hésitais un peu parce que ça me paraissait p-e un peu fade. Mais mnt que tu le recommandes, je crois bien que je vais me laisser tenter.
    Par contre, ne va pas voir A Dangerous Method!

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  6. @ Jo : l'accent est trash, 'fectivement, vive les sous-titres !

    @ Laura : tu me diras ce que tu en auras pensé !

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  7. Ce n'est pas adapté d'un roman ? (que je voulais lire)

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  8. Oui, adapté d'un roman et l'auteure est co-scénariste

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  9. J'ai adoré le livre et ai très envie de voir le film. Aimant beaucoup tes critiques cinématographiques, me voici donc doublement convaincue !

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  10. Je l'ai vu et je l'ai vraiment adoré, c'est un bon film, très très mal distribué dans mon coin, j'ai du faire 30km pour trouver un cinéma qui le diffuse, c'est vraiment dommage. J'ai passé un vrai bon moment, et je m'en souviendrais longtemps.

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  11. J'ai trouvé ce film magnifique. Pleurs, rires, émotions fortes à gogo! Emma Stone m'a bluffée une fois encore. Les actrices et personnages sont vraiment attachants. L'histoire est touchante, et la photographie me plaît assez bien =).

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