dimanche 12 février 2012

The Artist


The Artist (Michel Hazanavicius, France, 2011)

J'avais raté ce film à sa première sortie, grâce au battage médiatique autour des Oscars, il est ressorti dans certaines salles. L'histoire : un acteur du cinéma muet devient obsolète à l'arrivée du son et déprime, jusqu'à ce qu'une jeune actrice montante, qu'il a aidé à ses débuts, lui fasse reprendre sa carrière. Tout ça en noir et blanc et muet.


Michel Hazanavicius est un cinéphile et un copiste très doué. Mais autant la remarquable direction artistique, les citations visuelles incessantes et le burlesque des dialogues des OSS m'avaient séduite, autant là je n'ai pas marché du tout. Singin in the Rain et Sunset Boulevard sont des films magnifiques tels qu'ils sont, il n'était pas nécessaire d'en faire un remake, je vous encourage d'ailleurs vivement à les voir/revoir, ce que j'ai fait le lendemain de The Artist, ils n'ont pas pris une ride. Mais, revenons à nos poils de moustache de Jean Dujardin.

La scène de l'interview juste après une projection à succès, 
dans The Artist (en haut) dans Singin' in the rain (avec Gene hiiiiiii Kelly).

Les fameux petits déjeuners de Citizen Kane (en bas) 
que Hazanavicius a tenté maladroitement de copier.

Il est évident que réalisateur a bien fait ses devoirs et revu tous ses classiques, Singin' in the rain, Citizen Kane, Sunset Boulevard, Gone with the wind, Two Tickets to Broadway, etc., il a potassé l'histoire des studios et des stars et a pondu un scénario qui a pour seul avantage d'être suffisamment lisse pour y mélanger le plus de références possibles.


Mais Jean Dujardin n'est pas Gene Kelly et Bérénice Bejo n'est pas Gloria Swanson. Malgré de très jolies performances, ils n'ont pas réussi à m'enthousiasmer suffisamment pour me faire oublier le vide du reste.

Ce film est ennuyeux et son intrigue ne laisse pas une seconde de doute quand à l'issue finale, les "cartons dialogues" pas du tout adaptés à un film muet (dommage pour cette erreur alors que le reste est si bien copié), les références constantes trop premier degré pour être charmantes (l'inverse de Hugo). Faire parler Jean Dujardin à la fin, avec deux mots prononcés avec un mauvais accent a terminé de me déprimer. Si vous ajoutez à cette équation des "cinéphiles" de la dernière heure qui voulaient "voir l'Oscar" (qui vont un peu trop vite en besogne) qui mangent leur pop-corn bouche ouverte et commentent chaque détail (ben ouais, c'est muet, c'est pas grave), vous obtenez une humeur de chien au sortir de la salle.


Mais c'est surtout parce que quand on voit ce si joli moment avec Bérénice Bejo, on se dit que Hazavanicius avait le potentiel pour faire un beaucoup plus joli film. Et n'en déplaise aux jurys des Golden Globes, BAFTA et bientôt Oscar, non, ce n'est pas parce qu'un film parle de l'histoire du cinéma en citant des classiques qu'il en devient un. Je suis ravie pour Jean Dujardin mais pitié, n'en jetez plus, en faisant un tel tapage vous êtes en train de détruire ce film pour tout futur spectateur qui s'attendra à un chef d'oeuvre qu'il n'est pas.

18 commentaires:

  1. Perso j'ai bien aimé ce film, et j'espère qu'il donnera le goût du cinéma muet à ceux qui imaginent que c'est absolument impensable de rester trois heures face à un film sans paroles!

    En fait j'avais de gros aprioris sur ce film, me disant "pourquoi refaire un Singing in the rain?", mais finalement je trouve qu'il y a du charme et de la poésie. Par contre, j'ai un peu honte mais je ne comprends pas ta remarque sur les cartons (ouais bon on va dire que mes cours de cinéma muet remontent un peu et que je vais me cacher parce que poser cette question alors que j'ai étudié le cinéma pendant 4 ans à la fac c'est franchement la honte!!).

    Sinon rien voir avec le shmilblick, mais j'ai testé aujourd'hui le gommage au café...trop bien, et ça fait vraiment la peau douce, adopté!

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    1. Les cartons dialogues sont ici souvent très longs, et écrit comme de vrais dialogues d'un film parlant. Ce qui n'était pas du tout le cas à l'époque du muet où les cartons étaient souvent composés de phrases très courtes, et visuellement décorés.

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    2. Ha mais oui tu as raison! J'avoue que ça ne m'avais pas frappé, mais à la réflexion c'est franchement étonnant qu'Hazavanicius n'y ait pas pensé.

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  2. Tu me rappelles Georges, politiquement.

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    1. Georges, Clooney ? Baumgartner ? Ton tonton Georges ?

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  3. Je suis allée le voir à sa première sortie ciné, et j'avoue que je m'étais ennuyée et avait été déçue, au regard des critiques qui le présentait comme THE film à voir (et encore, à ce moment, les critiques n'étaient pas aussi dithyrambiques qu'aujourd'hui).
    Selon moi, au lieu de s'inspirer du cinéma muet pour créer quelque chose de nouveau, ce film s'appuie uniquement sur des références sans aller vraiment au-delà. J'ai trouvé ça fade et sans intérêt.
    Quand j'y pense, en fait, j'ai préféré la bande-annonce au film.

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    1. "au lieu de s'inspirer du cinéma muet pour créer quelque chose de nouveau, ce film s'appuie uniquement sur des références sans aller vraiment au-delà"

      EXACTEMENT !

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    2. En tout cas je suis contente de ne pas être seule à n'avoir pas trouvé en The Artist le chef-d'oeuvre annoncé. Parce que c'est un film en N&B/muet, et donc considéré comme original dans la production actuelle, "on doit" trouver ça génial...

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  4. Vu en toute connaissance des magnifiques films que tu cites et que j'ai aussi retrouvés comme références dans The Artist (avec aussi une pensée pour Radio Days de Woody Allen).
    Mais jamais je n'ai été gênée ni ennuyée, alors que très franchement je m'attendais à me faire suer. Comme d'hab', je comprends tes arguments (parce qu'ils sont bien étayés comme tout) mais moi, loin de voir une prétention du réalisateur à créer un classique, j'ai tout simplement retrouvé en voyant ce film le plaisir d'un bon divertissement bien foutu qui donne le sourire (mais tu connais mon côté "bon public", hein... c'est souvent à cause de ça qu'on n'est pas d'accord, je crois).
    Et puis forcément, je ne pouvais pas négliger un des gros éléments de la chose (à chacun ses tics professionnels ;-)) mais la musique est merveilleusement bien écrite. Oui, il y a un vol de la BO de Vertigo à la fin, mais ça ne m'a pas fait crier au plagiat pour autant. Après, la dithyrambe franchouillarde dont on entoure le film commence franchement à me courir sur le haricot, mais ça c'est un autre problème.

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  5. Je n'ai pas aimé. EN fait un détail m'a turlupiné pendant tout le film : je me disais que l'actrice principale est complètement refaite. Son physique n'allait pas du tout avec les beautés du temps, beaucoup trop fabriqué.
    Je ne voyais plus que ça.

    Sinon le film m'aurait été sympathique, son idée, son délire.
    Le petit chien est pas mal.

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    1. Je ne pense pas que Bérénice Bejo ait été "complètement refaite", je l'ai trouvé plutôt rafraichissante pour ma part.

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    2. Oui, pas complètement, tu as raison. Mais son nez, ou ses paumettes (je ne suis pas spécialiste, et je me trompe peut être?) ... Je suis allergique à ces visages tous refaits, tous les mêmes. C'est radical

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  6. Tu peux pas savoir comment tu me fais plaisir ! J'aurais pu écrire cet article, c'est fou ! On l'avait aussi raté à sa sortie et avec le temps glacial de ce week-end on a décidé de se faire un ciné (d'habitude c'est l'inverse : choix du fil donc ciné et là ça a été : ciné donc choix du film). J'étais tellement dépité à la fin que je suis allée checker les critiques spectateurs pour voir si c'était pas moi qui avait un grain... Effectivement la majorité a adoré mais je me suis retrouvé dans beaucoup de critiques négatives et totalement dans la tienne ! J'aurais du la lire avant... !

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    1. Mais maintenant que tu l'as vu, tu peux le critiquer en toute connaissance de cause, ça défoule ;-)

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  7. Ce film est comme Millénium pour moi, je me tâte et ne sais pas trop. En plus, je ne suis pas fan de Jean Dujardin, alors... Mais j'ai bien aimé ta référence avec Singing in the Rain. C'est un article intelligent !

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  8. Un peu pareil. Autant je loue l'initiative de faire un film muet grand public (en espérant que tout le monde ne fasse pas pareil parce que sinon on va s'ennuyer), autant je trouve que le film est très sage sur le fond. J'aurais aimé plus d'entrain, de folie (un peu comme les OSS177 qui sont + que des calques)... Là ce n'est pas déplaisant mais en effet ça reste bien loin d'un "Singing in the rain" (qui est haut dans mon cœur) ou d'un film "à ne manquer sous aucun prétexte"

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  9. je me suis endormie au ciné. C'est suffisant comme commentaire? :-)

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