mardi 14 février 2012

Monsieur Lazhar


Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau, Canada, 2011)

Dans une école primaire de Montréal, après la disparition brutale d'une enseignante, Monsieur Lazhar est engagé pour la remplacer par une directrice d'école débordée par le drame et l'urgence de repourvoir ce poste. Bachir Lazhar est algérien récemment débarqué au Québec. Sa manière d'être surannée et ses méthodes d'enseignement qui paraissent un peu datées vont surprendre ses élèves, ses collègues, les parents d'élèves et l'administration.


Mais Monsieur Lazhar, le film, n'est pas (seulement) un film sur l'école. C'est un film sur le deuil chez les enfants et chez les adultes. Un film sur l'immigration, sa bureaucratie intransigeante parfois jusqu'à l'absurde. Un film sur les richesses et les chocs culturels. Un film sur la solitude de l'exil. Un film sur les aberrations du politiquement correct poussé à l'extrême. Un film critique et émouvant.

C'est surtout un film extrêmement bien construit, tiré d'une pièce de théâtre où le protagoniste était seul en scène, que le réalisateur a réussi a réussi à transformer en film chorale où les enfants sont aussi importants que l'enseignant. Un film où rien n'est expliqué, ce n'est pas nécessaire, tout est limpide et chaque séquence amène une richesse de réflexions sociales qui dépasse largement les frontières du Québec.


J'ai été plus que séduite par Fellag dont les regards m'ont bouleversée de la tendresse aux larmes, n'oubliez pas vos mouchoirs. Mais ce n'est pas un film larmoyant. Malgré la dureté des sujets, j'ai été touchée par l'espoir et l'humanité profonde qui s'en dégage.

Visuellement, j'ai beaucoup aimé les cadres qui m'ont fait souvent penser à "Etre et Avoir" de Nicolas Philibert qui aurait probablement rêvé de trouver un tel enseignant pour son film. Philippe Falardeau maîtrise l'émotion tant dans les plans serrés que larges, il sait filmer des visages comme le font les grands maîtres du documentaire (ce qui m'a été confirmé par sa fiche IMDB... j'aime quand mes intuitions visuelles sont confirmées ainsi, mon orgueil personnel, hum).


Monsieur Lazhar est un film que je recommande à quiconque aime voir des sentiments à l'écran, à quiconque s'intéresse un tant soit peu aux questions sociales, et/ou à l'éducation, et/ou à l'immigration et à l'exil. A quiconque a envie de sourire et d'être ému aux larmes dans la même séance. A quiconque aime les films intelligents qui offrent des pistes de réflexion à ses spectateurs sans infliger de "vérités".

Ce n'est pas un "grand" film "magistral" et je pense que beaucoup risquent de passer à côté car il est construit, à tous les niveaux, sans aucune prétention. Mais c'est un grand film par la justesse de ce qu'il dégage.

Merci Monsieur Falardeau, votre Monsieur Lazhar m'a provoqué ce que je préfère au cinéma, je me réjouis de voir vos prochains et vos précédents films (si je les trouve).

3 commentaires:

  1. Très intéressant! En lisant toutes ces recensions ces derniers jours, l'envie m'est venue d'aller au ciné :-)
    D'ailleurs je dois être sensible aux influences car hier j'étais sur Lausanne autour de midi et j'ai mangé un burger... au Holy Cow :-)

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  2. J'ai eu la chance de voir le film en avant-première en présence de Fellag.

    Au début, je me suis dit que c'était un film "gentillet", à savoir qui parle de bons sentiments (c'est pas un mal, vaut mieux ça que le contraire) mais qui est hyper balisé ce qui fait qu'on ne sera pas surpris (le décalage entre un Algérien mûr et ses élèves québecois).

    Et pourtant, le film (assez court, c'est bien) amène vers l'émotion sans qu'on s'en rende trop compte et sans que ce soit manipulateur. La chrysalide se déploie et est de toute beauté. Et tout en finesse avec ça.

    Fellag est très bon, les enfants aussi (Sophie Nélisse en particulier). Le film parle également des situations compliquées à l'école comme la place des enseignants que ce soit par rapport aux parents ou par rapport la peur extrême de se faire accuser de pédophilie ce qui fait qu'on ne peut plus toucher un enfant.

    Ne vous attendez pas à voir un film génial vous seriez déçus. Mais si vous voulez un film "trop mignon avec leur accent", vous aurez bien plus que cela. ;)

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  3. Très chouette ta critique. Je l'ai lue dès que tu l'as publiée mais merci pour ton envoi perso:) Parmi les critiques lues de ce film, la tienne est celle qui me semble correspondre le plus au film que j'ai vu ( tu le sais, je n'aime pas trop lire les critiques de film, tant le regard que l'on porte sur les oeuvres filmiques- comme dit Marianne- me semble subjective, et c'est un vrai bonheur de constater un réel partage parfois). Bref, dans "Le Temps" l'avis de NC est l'exacte contraire (lui il admire avec 3*) de celui d'Antoine Duplan (qui peste). J'ai entendu à la radio la critique de ce dernier et je continue de ne pas la comprendre. bref, merci pour ce joli billet qui, je l'espère donnera envie à d'autres d'aller profiter de ce si beau moment, où en effet l'émotion prend sa juste place. Bon week-end ;)

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