mercredi 21 mars 2012

Oslo, 31 août





Oslo, August 31st (Joachim Trier, Norvège, 2011)

Extérieur jour, au lever du soleil, au bord d’une rivière, un jeune homme se rempli les poches de pierres et entre dans l’eau. Puis il en ressort et rentre dans son centre de désintoxication. Dans deux semaines il sera considéré comme guéri (l’addiction aux drogues est considérée comme une maladie dans les pays nordiques, et soignée comme telle). Aujourd’hui il a un entretien pour un job à Oslo et donc la permission pour la journée. Il en profite pour rendre visite à quelques proches.


Nous allons passer la journée avec lui, jusqu’au lendemain matin. Avec ses peurs, ses regrets, sa culpabilité, sa détermination, son angoisse sourde, lourde, permanente. En supposant ce qui va se passer, sans vouloir y croire mais sans être surpris.


C’est le portrait d’un homme, au plus près, la caméra le lâche rarement. Mais c’est aussi (attention, phrase bateau par excellence) le portrait d’une ville, cette Oslo en mouvement dont il se sent étranger, et d’une génération, celle dont certains ont pu rêver vivre de leur passion ou de leur talent et n’arrivent pas à se résigner aux petites vies boulot chiant-vélo-bébés-deux verres de vin un soir par semaine.


C’est autant une claque morale (sandwich au prozac conseillé) qu’esthétique. Tout y est sobre mais efficace : les images, le montage, les lumières, les comédiens, les dialogues, le récit. Serait-ce ça la force des nordiques ? J’ai énormément aimé ce film qui m’a pourtant plombé le moral. Je ne le conseille qu’aux esprits apaisés qui savent ne pas plonger dans un film et en goûter l’esthétisme. Mais définitivement, quand un réalisateur est aussi doué pour rapprocher sa mise en scène formelle de ce qu’il raconte, j’aime le cinéma.

Pour ceux qui vous hésitent encore, une critique du Monde (qui spoile mais touche juste).

8 commentaires:

  1. Donc un film pas pour moi... Mon côté hyper-empathique chronique ;-P m'empêche de pouvoir apprécier ce genre de film.
    Mais j'aime bien lire tes critiques, l'impression d'être un peu plus culturée après.

    "Sandwich au prozac conseillé" --> jolie formule
    Sophie202

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le sandwich au prozac c'est pas de moi, c'est un twitto qui me l'a conseillé avant le film.

      En fait, je ne crois pas que ce soit un film "pour" grand monde... ton côté hyper emphatique te donnerais en l'occurrence envie de sauter d'un pont à la fin du film... pas très recommandé en effet.

      Et merci pour le compliment ;-)

      Supprimer
  2. Donc un film absolument pour moi! J'aime cette ambiance sombre et lourde que les réalisateurs (et dramaturges - connais-tu Lars Norén?) norvégiens et suédois parviennent à donner à leurs films, des films qui restent à l'esprit très longtemps.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu vas adorer !

      (et non, je ne connais pas Lars Norén, je fouille, merci !)

      Supprimer
  3. Remarque liminaire : Oslo c'est en Norvège, pas en Suède. A moins que tu ne veuilles te railler de tous ces gens qui confondent "Sweden" et "Switzerland" bien entendu :)

    Je n'irai pas aussi loin que toi dans l'enthousiasme mais j'ai trouvé ça bien et plus j'y repense plus le film se bonifie dans ma tête.
    Il y a en effet un parfum singulier, rien que dans le début avec ces "Je me souviens" à la Pérec. Je précise que je suis assez sensible à ce genre de souvenirs banals qui s'accumulent.

    Le trajet est très balisé/attendu (je n'ai pas lu le livre de Drieu la Rochelle qui a inspiré le scénario), mais ce qui est super bien fait c'est comment le "héros" (qui n'est pas un acteur d'ailleurs, c'est fou) arrive à entendre des bribes de vies des gens alentour. Cela donne un côté très réel, inachevé et le sens que le reste du monde bouge.

    Le reste du monde bouge et c'est bien cela le problème. Anders en a été isolé pendant quelques années et il n'est plus à sa place : c'est vrai pour son meilleur ami de l'époque, sa sœur qui ne lui parle pas, cette personne qu'il n'a que par messagerie vocale interposée. Il retourne dans les lieux où il était à l'aise (que ce soit chez cet ami, dans un boulot où il aurait le profil ou bien en boîte de nuit où apparemment il était assez connu et populaire) et ça ne colle pas. Tout cela n'est pas expressément dit mais il y a un portrait en creux qui est fascinant à reconstituer.

    Je mets un léger bémol sur la fin et sur le fait que les filles qu'il croise sont presque toutes super jolies (nonméoh, ça existe ça ?? :D)

    En tout cas, c'est grâce à ta critique que j'ai plongé pour aller voir ce film, alors merci ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pensais aux pays nordiques en général, merci, j'ai rectifié.

      Supprimer
  4. Oh, moi ça ne m'a pas du tout plombé le moral, j'ai trouvé que c'était d'ailleurs une de ses forces: certes c'est l'histoire d'un suicide, mais j'en suis ressortie avec une impression de "voilà, la souffrance a pris fin, tout est bien", une sorte de soulagement tout simple. Adoré!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je dois avouer que j'aime ce côté "plombé-nordique", il m'émeut sans me déprimer. Je ne sais pas si je suis claire.

      Supprimer