vendredi 3 août 2012

The Angel's Share


The Angel's Share (Ken Loach, GB, 2012)

Dans un Glasgow économiquement dévasté, Harry, travailleur social prend sous son aile un des condamnés à des travaux d'intérêt général, Robbie, dans le groupe dont il est responsable. Ce jeune homme est pris dans un engrenage de violence depuis des générations et tente de sortir la tête de l'eau car il va devenir père. Pour changer les idées à "ses protégés" (qui sont devenus plusieurs malgré lui, scène hilarante), ils les convie à une dégustation de whisky à Edimbourg. Il s'avère que Robbie a un nez et un palais plus que dignes d'intérêt.


On va suivre la bande de bras cassés (en l'occurrence c'est une autre partie de l'anatomie de l'un d'entre eux qui va souffrir, mais je vous laisse le plaisir de découvrir laquelle) dans leur idée loufoque de profiter de la part des anges pour tenter de changer de vie. (La part des anges est ce qui s'évapore dans un tonneau d'alcool qui vieillit.)


Ken Loach a toujours été magistral quand il s'agit de montrer les soucis quotidien des "petites gens", on retrouve ici tout son brio. Mais si certains de ses films sont très déprimants noirs, celui-ci est non seulement particulièrement drôle, mais surtout plein d'espoir et un très joli hymne à la débrouillardise. J'aime également beaucoup ce réalisateur pour sa capacité à rendre des "gueules" émouvantes et presque belles, ce film ne fait pas exception, on s'attache même au plus crétin d'entre eux. J'ai ri, souri, versé une larme, été effrayée, rassurée, intriguée, intéressée, j'ai appris quelque chose, je me suis retenue de hurler MAIS FERME CE TONNEAU BORDEL et j'ai eu l'eau à la bouche. Une vraie gourmandise à ne pas rater, que vous appréciez ou non le whisky.

10 commentaires:

  1. Merci beaucoup pour cette critique.

    PS : ce whisky-là, on ne peut que l'aimer.

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  2. J'ai pris du plaisir à voir ce film mais quelque chose me reste dans la gorge et non ce n'est pas du whisky.
    Pour commencer dans le positif, il y a un scénario qui tient la route, des tronches hallucinantes (autant que l'accent, c'est dire) et cette idée du "un petit truc dans ta vie peut la changer pour de bon (et aussi l'améliorer)" qui est pas mal, bref on passe un bon moment.

    Dans le moins bon, j'ai quand même trouvé que les sidekicks de Robbie sont super monolithiques (l'idiot, la fille, l'autre mec) et c'est un peu dommage car Robbie a une vraie épaisseur et évolue avec le film. C'est aussi vrai pour sa copine ou le gars qui l'initie au whisky.

    Mais surtout le fait que ce soit un film de Ken Loach me gêne un peu car j'ai le sentiment qu'on est loin de la classe ouvrière (ou pauvre en général) qui se débrouille comme elle peut tout en restant digne (et unie). Là cela me parait plus borderline (je n'en dis pas plus pour éviter les spoilers) et j'ai du mal à éprouver beaucoup de sympathie envers un gars qui est plus qu'un gentil petit voyou (on apprend ce qu'il a fait, c'est quand même assez dur...). OK les gens changent, ont du remords etc mais là, l'empathie avait un peu de mal en ce qui me concerne.

    J'ai beaucoup aimé "Looking for Eric" ou "It's a free world..." (pour prendre des Loach récents), plus que "La part des Anges"

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    1. Je ne vois pas en quoi le "fait que ce soit un film de Ken Loach" puisse être gênant. Pourquoi aurait-il l'obligation de reste proche de "la classe ouvrière ou pauvre en général" c'est particulièrement réducteur de son travail !!! D'autant plus qu'on y est, en plein dedans, des ados/jeunes adultes venant justement de ces quartiers où il y a plus de chance de finir chômeur que de finir ouvrier...

      "Ce qu'il a fait" est effectivement assez dur, et alors. On parle d'un délinquant qui tente de ce sortir de la spirale de violence dans lequel son entourage social et géographique le replongent à chaque tentative.

      Je crois que tu es passé un peu à côté en attendant "du Ken Loach". Ce réalisateur est beaucoup moins monolithique que la manière dont tu le dépeins. Et pour ma part, mes films préférés de Ken Loach sont plutôt : Carla's song ou Sweet Sixteen... mais ils devraient te surprendre.

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    2. Préambule : j'ai tenté d'organiser mes idées mais ne suis pas sur d'avoir réussi. Faut dire que j'ai mis du temps à tenter de comprendre pourquoi je n'étais pas vraiment satisfait de ce film. J'ajoute que même si y a rien d'explicite, il y a certains éléments qui peuvent être considérés comme des SPOILERS.

      J'ai sans doute dû mal m'exprimer car je connais pas trop mal la filmo de Loach et il a, en effet, fait des films très différents ("Raining Stones" par rapport à "Just a kiss" par exemple) mais il me semble qu'il y a toujours un fond social très présent.

      J'avais beaucoup aimé "Sweet Sixteen" car cet ado (qui fait de mauvaises actions) agit ainsi car il n'a pas trop le choix (si je me souviens bien c'est pour soigner sa mère et c'est compréhensible). C'est un peu pareil pour les chômeurs de "Raining Stones" ou les travailleurs de "The Navigators" (films à ne pas voir un jour de déprime).

      Dans "La part des Anges", j'ai plus eu l'impression que ce n'est pas seulement "la faute à la fatalité" si Robbie est dans la mouise (ça l'est un peu à cause de son environnement qui fait tout pour qu'il reste dans la merde voire s'y enfonce) car l'acte pour lequel il est jugé est en effet "assez dur" (j'osais l'euphémisme dans mon commentaire....) et surtout gratuit (la drogue ne doit pas aider, faut dire) ! Et cela est très différent à mon avis des héros des films cités plus hauts. Très différent aussi de ses comparses qui ont été condamnés mais n'ont rien fait de bien grave au fond.
      Bien entendu, l'intrigue de la 2e moitié du film, c'est aussi l'Occasion en or pour Robbie d'essayer de s'en sortir ; ce serait bête de ma part de le nier. Mais j'ai du mal à totalement être de son coté malgré ses regrets, sa volonté de passer à autre chose (et son entourage qui ne l'aide pas vraiment à tourner la page à part sa copine et l'éducateur) car c'est un petit malin qui tente de profiter du système, comme tout le monde (en volant les riches, certes) et qui, comme écrit plus haut, a été cruel gratuitement. Je trouve donc Loach un peu trop complaisant à son égard et, par rapport à ses "héros" précédents, cela me surprend et je crois que c'est cela qui me dérange un peu.

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  3. J'en sors, je suis ravie (et j'ai envie de whisky aussi)

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  4. @Erdokan ce dernier film de Ken Loach est une nouvelle démonstration de son talent à amener de nouvelle réflexions sur le petit monde tout crade qui nous entoure. Comme pour le whisky il faut que les riches laissent s'évaporer un peu de leur butin (amasser sur le dos des pauvres) pour que l'équilibre fonctionne. J'ai également été surpris par le ton assez "léger" du film mais il est bien dans le style Loach et dans ses préoccupations. Si plus de monde regardait ce genre de films le monde irait mieux crois-moi.

    Joli blog!

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  5. Je suppose qu'hélas Loach ne prêche qu'à des convertis.

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