mercredi 26 septembre 2012

Camille redouble


Camille redouble (Noémie Lvovsky, France, 2012)

Ma rencontre avec Noémie Lvovsky date de 1997, avec "Petite", téléfilm où Julie-Marie Parmentier crève l'écran. J'avais retenu cette actrice en criant, à qui voulait le savoir (pas grand monde donc) qu'elle allait devenir une grande star. "Petite" a donné lieu à "La vie ne me fait pas peur", long-métrage sur le même principe. Je crois que "Petite" a été une série (ou trilogie ?) avortée et donc "La Vie ne me fait pas peur" est simplement plus cohérant. Je m'étais rendue compte à cette occasion que ce n'était pas que Julie-Marie Parmentier qui était fabuleuse, mais également la manière dont elle était mise en scène. Et j'ai noté dans un coin de ma tête le nom de Noémie Lvovsky. Puis il y a eu Les Sentiments. Je suis tombée amoureuse de Isabelle Carré, de Jean-Pierre Bacri (ce qui n'est pas très difficile) et de Nathalie Baye. Et là j'ai compris que cette réalisatrice avait un pouvoir très particulier sur mon subconscient.

Les sentiments

Alors qu'Isabelle Carré et Jean-Pierre Bacri tombent amoureux l'un de l'autre en tentant de ne pas torturer leurs moitiés respectives, je passais du rire aux larmes. Quand je me suis retrouvée à sourire et pleurer en même temps, la deuxième fois que je voyais le film en quelques jours, j'ai inscrit le nom de Noémie Lvovsky très haut dans ma liste de réalisateurs/trices favori(te)s ; avec Jane Campion et Zabou Breitman, pour les femmes. Je ne sais pas comment il est possible que j'aie raté Faut que ça danse en 2007, il FAUT que je le voie. J'ai failli rater Camille redouble également. Parce que je n'ai pas vu la bande-annonce (où le nom de Noémie Lvovsky m'aurait frappé), parce que j'avais trop de truc à faire pour décortiquer chacune des sorties ces dernières semaines, mais grâce à MON MARRRRRI (héhé, je ne m'y fais pas encore), j'ai été le voir hier soir et j'en suis encore bouleversée.


Camille est une femme dans la quarantaine en plein divorce. Mère d'une adolescente qu'elle a eu à 16 ans avec le compagnon qui l'a quitté pour une fille plus jeune. Elle boit et s'enfonce dans la dépression. Le soir de Nouvel An, elle retrouve ses amies d'adolescence pour un réveillon endiablé et se réveille à l'hôpital. Ses parents (morts depuis des années) viennent la chercher. Elle a bientôt 16 ans. Noémie Lvovsky n'a pas donné son rôle à une fille plus jeune, elle l'assume et se replonge dans son adolescence. (Car vous ne m'ôterez pas de l'idée que le fait qu'elle se donne le rôle principal pour la première fois est un hasard.) Elle retrouve ses parents, ses amies et l'homme avec qui elle vient de passer plus de 20 ans de sa vie, avec ses 40 ans dans sa tête, elle se fond dans sa vie de 16 ans.

Si on a la chance de pouvoir le faire, doit-on changer sa vie ? Doit-on revivre la même chose en tentant de faire mieux ? Les regrets sur nos choix passés ne sont-ils pas simplement une énorme perte de temps ? (la réponse est oui hein, je vous épargne un peu de suspense, navrée pour le spoiler) Cette jolie fable m'a plongée dans de jolies interrogations sur ma propre personne. J'ai eu les yeux embués pendant une longue partie du film, tout en riant, très régulièrement.


Noémie Lvovsky sait la science de montrer le moment où des personnes tombent amoureuses. Elle sait que le rire n'est pas un facteur amoindrissant de l'émotion. Elle sait regarder ses acteurs avec tendresse sans besoin de les travestir. Je crois qu'elle aime sincérement chacun de ses comédiens et je ne sais pas par quelle magie elle réussit à me faire chavirer pour chacun d'eux. Aaaaaah Yolande Moreau, aaaaaah Denis Podalydès, aaaaaaah Michel Vuillermoz, aaaaaaaaaah Jean-Pierre Léaud et j'en passe. Mais surtout, surtout aaaaaaaaaah Noémie Lvovsky, je vous aime. N'arrêtez jamais de me faire pleurer et sourire.

Et n'allez pas croire que c'est un film mièvre, même si mon MARRRRRI n'a eu qu'une envie en sortant de la salle : appeler sa maman. Une spécialiste du cinéma m'a dit un jour que pour qu'elle considère qu'un film est important il fallait soit qu'il la fasse pleurer, soit qu'il la fasse rire, soit qu'il lui donne l'impression de tomber amoureuse. Ce film réussit à faire les trois. ALLEZ AU CINEMA.


HS : tant qu'on y est, comme je ne vais pas en parler et que peut-être certains d'entre vous sont curieux, si vous voulez avoir un aperçu du jour où c'est devenu mon MARRRRI (promis, j'arrête bientôt), c'est très bien décrit ici.

4 commentaires:

  1. Je veux le voir depuis un mois... J'ai dû attendre qu'il sorte en Belgique, et puis il a fallu que je parte en Suisse le premier week-end après sa sortie, non mais quelle idée ^^ Mais ce week-end, je me le fais, c'est sûr!

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  2. Tant de choses à écrire...
    De mon côté, je n'étais pas vraiment fan des films de Noémie Lvovsky. En effet je n'avais pas vraiment apprécié "la vie ne me fait pas peur" et je crois que j'avais oublié que j'avais vu "Les Sentiments" (et que c'en était la réalisatrice) jusqu'à ce que tu le mentionnes ici. En revanche, elle a souvent de courts rôles (chez les autres) qui sont excellents.

    Au sujet de "Camille redouble" (j'adore ce titre), le thème est quelque chose auquel je suis sensible. Et j'ai adoré (ouf j'avais tant "peur" de ne pas aimer) car c'est un mélange assez fin d'humour et d'émotion. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ton spoiler entre parenthèses, cf le passage final chez Podalydès. Néanmoins, ce n'est pas forcément une bonne chose d'éviter les erreurs passées car on peut en commettre de pires (par exemple la naissance de sa fille dépend "un peu" de sa relation avec son amour).

    Je ne me souviens pas assez de "Peggy Sue s'est mariée" de Coppola pour voir les ressemblances (l'idée de base est quand même identique). Je vois autant le film de Lvovsky autour de la perte/des retrouvailles de ses parents que de son grand amour.

    J'ai beaucoup aimé le décalage quand elle revoit ses parents, en vie, alors que eux font la tronche d'aller la chercher à l'hosto (idem plus tard pour l'annonce à sa mère qui n'est pas aussi positive que ce qu'elle aurait imaginé... Faut se mettre à la place de la mère aussi..), le côté réaliste (et vachard) des années lycée, le fait qu'à 40 ans on se fout un peu d'avoir des lignes à recopier ou des menaces des adultes, la scène avec le juke box (bingo pour moi d'ailleurs :D) ou l'utilisation du théâtre.

    Là où j'ai été cueilli, c'est quand sa copine à lunettes annonce un truc qui renvoie à ce qu'on a vu avant. La manière dont c'est fait est purement bouleversante. Idem pour la dernière scène avec la mère (le hors champ est une excellente idée). Pas facile d'en parler sans spoiler, je fais ce que je peux ;)

    Tous les acteurs sont très bons et en effet cela crie la sincérité. J'ajoute à ta liste Mathieu Amalric qui est quand même flippant :D Faire jouer Léaud (dans un rôle central) quand on sait qu'elle est fan de Truffaut c'est un très joli clin d’œil. Y a aussi les héros des "Beaux gosses", tiens.

    A la fin du film (il faisait nuit, on voyait moins mes yeux rouges <- astuce), je me suis dit qu'enregistrer ses parents c'est une super idée. Mais depuis qu'ils ont vu le film, je ne vais pas oser leur demander :)

    Je suis sorti avec le sentiment de plénitude qu'on a quand on sort d'un bon film et ça fait du bien (en plus, la dernière fois c'était y a pas si longtemps avec "Headhunters", dans un tout autre genre)

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    1. Joli commentaire :-)

      Les sentiments... tu ne te souviens pas de la scène ou Bacri explique qu'il va laisser pousser son sexe jusqu'à ce qu'il creuse un tunnel entre leurs maisons pour venir rendre viste à Isabelle Carré sans que personne ne s'en rende compte ? Un GRAND moment de cinéma.

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    2. Merci !! Plus j'y pense, plus je me demande si j'ai vu ce film en fait.... Bacri et Carré dans un film "sentimental" ça me dit vaguement quelque chose mais j'ai un doute.

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