jeudi 27 décembre 2012

More Than Honey


More Than Honey (Markus Imhoof, Suisse, 2012)

Partout dans le monde, les abeilles européennes souffrent de parasites, bactéries et autres maladies mortelles qui font craindre pour la survie de l'espèce. Pour nous en parler, le réalisateur de ce film nous promène des pâturages bernois aux industriels champs d'amandiers californiens, de l'intérieur d'alvéoles de ruches aux essaims sauvages australiens, des vergers chinois pollinisés à la main au mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Il nous présente des apiculteurs de montagne, des spécialistes du cerveau de l'abeille (si, si), des apiculteurs industriels itinérants, des commerçant de reines (oui, apparemment, on peut envoyer une ruche par la poste, et sa reine par petite enveloppe bulle séparée), des biologistes, des pollinisateurs, etc.


Il y a un grand nombre d'informations très intéressantes, mais nous sommes souvent sur l'insolite, la phrase choc, certaines répliques paraissent même répétées plusieurs fois comme cet apiculteur qui voit son essaim sauvage s'échapper et qui assène "même un ours n'ira pas les chercher là-haut", parfaitement dans l'angle de la caméra. On va jusqu'à nous montrer, longuement, le mur entre les Etats-Unis et le Mexique, en nous répétant, plusieurs fois, que l'abeille a envahi, mais que l'homme ne devrait pas avoir peur.


Et malheureusement c'est pareil pour les rencontres, au milieu des portraits qui pourraient charmer par leur diversité mais leur passion commune, on n'apprend rien de plus sur l'apiculteur montagnard ou sur le pionnier dont le regard pétille dès qu'il parle de ses abeilles africaines. Certes, ils ne sont là que pour parler des abeilles. Rattrapons-nous avec la voix-off qui va nous servir de fil conducteur narratif... et bien non. Sous prétexte d'un "je" (qui propulse n'importe quel reportage au rang convoité de Documentaire avec un grand D, autrement dit du Cinéma) Markus Imhoof nous assène une voix off qui oscille entre le mielleux (pardon) sur son fabuleux grand-père amoureux des abeilles et la menace d'une extermination totale. Mais la magnifique voix de Charles Berling (oui, parce que dans un pays multilingue, en Suisse Romande on n'a droit qu'à la version doublée, pas de VO, c'est aberrant) ne parvient pas à camoufler une narration plate, qui se perd, hésite, part dans des parenthèses confuses et ne revient jamais à une ligne narrative originelle. Ce film manque purement et simplement d'une colonne vertébrale. Et ce "je" artificiel à coup de "mon grand-père disait" ou "je me souviens d'une phrase dans Alice au Pays des merveilles" ou encore pire "comme j'ai entendu à l'église quand j'étais petit" ne permet même pas d'identification.


Et malheureusement, c'est pareil pour les images... certaines sont très impressionnantes, façon Microcosmos, on entre dans les ruches, on voit les larves grandir dans leurs alvéoles, on voit le miel, on voit le pollen recouvrir les poils des abeilles, on les voit danser (si, si), mais dès que la caméra s'éloigne et qu'on est "à taille humaine", les images ne sont pas aussi belles, comme si la lumière méritait moins de travail, comme si c'était moins grave d'être flou pendant un interview (avec ce fameux focus sur l'arrière-plan, grrrrrrr), comme si le cadrage ou la stabilité de la caméra importait moins. Et le pire, c'est que certaines images sont très belles, certains cadres magnifiques... et qu'ils se perdent totalement au milieu du reste, juste moyen. Encore une fois, aucune unité.


Des morceaux passionnants, mais qui auraient probablement beaucoup mieux été racontés par un spécialiste du documentaire animalier qui aurait su narrer le fonctionnement des ruches et toutes ces anecdotes. Des morceaux humains touchants, comme ce grand-père qui souffre d'avoir perdu une de ses colonies de si rares abeilles noires, mais qui, entrecoupés d'abeilles découpées sur fond vert, finissent par sonner faux.

J'en suis sortie furieuse. Furieuse de la richesse de ce qui aurait pu être raconté et qui a été totalement perdu dans une narration inexistante. Je vais plutôt revoir Microcosmos tiens, qui n'a pas pour ambition de raconter quelque chose et qui pourtant le fait tellement mieux.

1 commentaire:

  1. Moi perso j'ai vraiment adoré ce documentaire ! Je suis d'accord sur le fait que les images sont inégales, mais j'ai trouvé le propos très intéressant. Militant sans être catastrophiste et qui montre diverses facettes de l'apiculture moderne. Je n'ai pas trouvé que le récit manquait d'une colonne vertébrale.

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