dimanche 17 mars 2013

House of Cards


House of Cards est LA nouvelle série dont tout le monde parle. Alors bon, quand je dis "tout le monde", je parle de ce côté de l'Atlantique de ceux qui suivent de près les nouveautés dans ce domaine. Mais j'ai pu découvrir que de l'autre côté par contre, c'est TOUT le monde. Les affiches géantes avec le nom de la série, le fabuleux Kevin Spacey et surtout la mention étonnante all episodes sont PAR-TOUT. (Un exemple ici avec la High Line à Chelsea parce que c'est mon coup de coeur du séjour, qu'on voit l'Empire State au fond et que je ne peux m'empêcher de frimer avec mes photos de NYC.) Cette série a fait grand bruit en sortant sur Netflix -diffuseur web et non une chaîne de télévision- parce qu'elle a sorti tous les épisodes de sa première saison en même temps que son premier épisode (vu sa construction, il y en aura au moins une deuxième, voire plus, je le lui souhaite). Je ne pense pas que ce soit déjà arrivé. D'abord à cause de l'historique idée du "pilote", c'est-à-dire le premier épisode dont l'audience calculée dès le lendemain matin détermine si la saison est mort-née, si elle a un espoir de finir sa première saison ou si les scénaristes peuvent prévoir une fin ouverte à une saison suivante. Je dis "historique" idée parce que c'est encore le cas pour certains shows façon sitcoms, mais pour les séries les plus intéressantes et ambitieuses au niveau scénaristique et artistique, elles sont déjà produites saison entière par saison entière. Il n'est pas rare d'ailleurs que deux versions de l'épisode final soit tournées, de sorte que lorsque la sentence de vie ou de mort est donnée par le diffuseur, on puisse finir en beauté ou au contraire faire un classique cliffhanger (c'était par exemple le cas pour Homeland) (ça permet aussi qu'il n'y ait aucune fuite dans la presse sur le finale tant attendu).


Tout ça pour dire que lancer une série avec comme argument "de vente" all episodes c'est nouveau, carrément gonflé mais surtout particulièrement brillant. De une tout le monde en parle, de deux si, comme moi, tu es aficionado de séries et que quand même, ça t'embête un peu de ne pas avoir de choix de téléchargement légal ici c'est réglé. Tu peux acheter toute la saison d'un coup, dès sa sortie. Ce qui se passe plus ou moins de toute manière, sauf que tu as une vraie option légale, efficiente et rapide de le faire. Bon, tu peux quand même la télécharger hein... et en faire un billet, et donc participer au bruit produit autour. (C'est ma justification morale au download, elle n'est pas très solide mais elle me suffit tant qu'aucune offre réelle n'est disponible.)


Le revers de ce genre de gigantesque buzz, c'est qu'il faut assurer derrière. Et House of Cards s'est aussi donné les moyens du fond et de la forme. Les 13 épisodes sont réalisés par 7 réalisateurs différents (pour le pilote c'est David Fincher, également producteur exécutif, what else?), le personnage principal est incarné par l'exceptionnel Kevin Spacey et son épouse par la sublime Robin Wright. 

Le scénario est noir (oui, en italique parce que noir comme dans film noir en anglais voyez), crispant, dérangeant, complexe, surprenant, profond, fouillé, documenté, grinçant. Pour une fois, l'important ce n'est pas le but, mais le chemin qui y amène. L'histoire se passe dans les hautes sphères du pouvoir de Washington, Frank Underwood, le  mirobolant (je vais bientôt être à court de superlatifs à son sujet) Kevin Spacey est Congressman (à la Chambre des représentants) et surtout whip (je vous recommande de cliquer sur le lien pour aller voir la définition précise de ce mot) du Parti Démocrate récemment élu. Suite à une promesse électorale du Président non-tenue, il va mettre en place un jeu arachnéen qui devrait lui permettre d'accéder au mandat qu'il convoite. (Si vous voulez plus de détails sur le plot, je vous recommande ce billet). Tout ceci dans une ambiance sombre, parfois violente, dont chaque ombre, chaque dialogue, chaque regard est probablement un mensonge camouflé. Et à chaque moment prégnant, Kevin Spacey parle à la caméra et nous explique son point de vue ou sa "morale" cachée derrière le moment.


J'ai toujours beaucoup beaucoup aimé les apartés caméra. Du côté des séries, House of Lies le fait très bien avec Don Cheadle qui arrête le temps et nous explique les dessous de ses esbroufes. Dans un autre genre, Modern Family et ses étranges interviews ou regards caméra dans les moments prégnants nous amènent aussi à une complicité avec les personnages qui fonctionne très bien. C'est un biais dont le cinéma a du mal à se servir sur une temporalité de 2h, à moins d'en faire le centre de son dispositif de narration et pour lequel le format série est particulièrement adapté. Ici c'est délicieusement dérangeant. Kevin Spacey n'est PAS un gentil, c'est posé dès les premières minutes où il étrangle un chien qui vient d'être renversé sans montrer aucune émotion particulière. Il est froid, calculateur, vicieux, prêt à exterminer tout ce qui se mettra en travers de son chemin. Et il nous prend à parti, sans nous demander d'être de son côté, sans tenter de s'excuser ou de se justifier, tout aussi froidement que le reste, il nous dévoile juste sa logique et ses bluffs. C'est magistral.

Visuellement c'est absolument parfait, la bande-son est fabuleuse, le montage sonore également (suffisamment pour que je le remarque, c'est rare), tous les personnages sont parfaitement incarnés et sonnent justes. Un chef d'oeuvre à voir absolument. Cette série ne plaira toutefois pas à certains, mais ceux-ci ne formuleront probablement pas de critiques artistiques mais morales, car utiliser un a-moral comme personnage principal d'une fiction si bien documentée ne peut pas ne pas provoquer quelque dégoût ou envie de se raccrocher au fameux "tous des pourris". 


Un détail encore, la relation avec la presse est un élément central et je trouve passionnant que ce soit de plus en plus souvent le cas dans les séries ces dernières années, je vous ai déjà parlé de mes coups de coeur pour The Newsroom et pour The Hour. Si vous avez envie de creuser il y a une jolie série de billets sur le journalisme dans les séries sur l'excellent blog Des Séries et des Hommes.

Je me réjouis d'avoir votre avis sur le sujet, merci toutefois de tenter de ne pas spoiler ceux qui n'ont pas encore vu cette merveille.


4 commentaires:

  1. Bon et bien je cherchais une nouvelle série à voir. Je vais regarder le premier épisode et voir où ça me mène!

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  2. Ton compte rendu fait bien envie! Je me réjouis de la regarder !
    J'ai également commencé The Hour sur Arte, j'adore ! Ben Wishaw est vraiment super !











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  3. Un ami me faisait remarquer hier (un commentaire de blog par SMS, c'est une première) deux "détails" très intéressants :

    - A aucun moment on ne voit de vote, ni même l'intérieur de la Chambre des Représentants. Toute la série se passe dans les couloirs, des le "off", des les manigances et faveurs rendues.

    - Malgré le fait que le personnage principal soit clairement identifié comme un mauvais, dès le départ, on prend tout de même parti pour lui, pourquoi ?

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    1. Dans le pourquoi on prend parti, à mon sens, les apartés caméra y sont pour beaucoup. Le héros, dès la première scène, nous prend à parti, nous explique son point de vue, on se range automatiquement, presque par réflexe, de son côté. C'est une sorte de "contrat de lecture" qu'on nous a inculqué dans tant de films qu'il ne peut en être autrement. Et c'est là où ce procédé est brillant !

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