mardi 21 mai 2013

The Great Gatsby


The Great Gatsby est un roman écrit par F. Scott Fitzgerald en 1925. Il a été adapté au cinéma en 1926, 1949, 1974 et donc, 2013. Je n’ai pas eu l’occasion de voir les versions de 1926 et de 1949, mais il paraît que celle de 1926 était exceptionnelle (muette et en noir blanc donc, vu la date), il n’en reste plus qu’une bande annonce malheureusement. Il a également été adapté en jeu vidéo, à l’opéra, en bd ou encore au théâtre. Tout ça pour dire que ce roman a marqué la culture US depuis des décennies, bientôt un siècle, et qu’un réalisateur qui s’attaque à ce genre de mythe sait qu’il risque des critiques abominables, automatiques dès que l’on s’attaque à un tel objet de l’imaginaire commun.

Baz Luhrmann s’était déjà frotté à ce genre de polémiques automatiques avec son adaptation de Romeo + Juliet, en 1996. Version qui avait déchaîné les passions et fait hurler au blasphème (Shakespeare étant un dieu, c’est bien connu), mais que, pour ma part, j’avais beaucoup aimée. On y voyait déjà un jeune (et lisse) Leonardo Di Caprio qui étonnait par sa faculté à déclamer des vers avec un naturel désarmant. 17 ans plus tard (je suis vieille), Baz l’Australien s’est probablement remis de la polémique, a réalisé deux autres films (Moulin Rouge et Australia) et se lance à nouveau dans l’aventure de l’adaptation de classique, avec le très américain Gatsby.

Photo de Matt Hart ©2013 Bazmark Film III Pty Limited

Qu’on n’aime ou pas le style de Baz Luhrmann, il est impossible de ne pas lui en trouver un. On peut disserter sur son utilisation de la musique -la bande originale de son Romeo + Juliet était délicieusement déroutante, même effet pour Gasby où le fox trot dansé sur de la musique produite par Jay-Z est étonnamment cohérant-. On peut être choqué ou hypnotisé par son utilisation des couleurs souvent saturées et par ses décors grandiloquents (qui collent néanmoins sans doute aucun aux discours de ses films). On peut être gêné ou emporté par ses nombreux mouvements de caméra virevoltants. Ce qu’on ne peut pas discuter par contre c’est son sens du cadrage. Chaque plan du film est construit longuement. Chaque composante de chaque plan, que ce soient les décors, personnages, véhicules sont placés et se déplacent avec une exactitude parfaite. Les cadres où les arrière-plans comportent 3 ou 4 couches sont nombreux et il glisse régulièrement des témoins qui observent le premier plan en miroir avec les spectateurs de la salle.


Pour adapter la splendeur et l’exubérance des fêtes de Gatsby, ce style est parfait ; un vrai feu d'artifice, une pluie de confettis, et au plan suivant, un cadre graphique architectural, où chacune de ces deux impressions décrit à perfection la solitude de Gatsby. Car le cœur du film n'est pas l'histoire de l'amour de Gatsby, mais bien la solitude de son personnage (et celle de Nick Carraway, le narrateur). Baz a fait quelques changements narratifs par rapport au film de 1974, mais à part celui de l’histoire personnelle de Gatsby, ils sont mineurs. C’est justement sur la définition de ce personnage que les deux versions cinématographiques s’éloignent. Dans l’une (1974), Gatsby reste flou, on ne sait pas comment il a « réussit », on apprend seulement dans les dernières minutes d’où il vient et on ne sait jamais vraiment ce qu’il fait. Dans la version de Luhrmann par contre, dès les premières minutes du film, on insiste sur son histoire personnelle dont les versions seront nombreuses avant de découvrir la vraie, à la façon d’un Charles Foster Kane qui construit son mythe par couches plus ou moins vraisemblables et vérifiables pour au final n’être qu’un enfant qui rêvait de s’enfuir de sa pauvreté natale.


Les excès de Gatsby sont mis en exergue grâce à la sublime utilisation de la 3D. Pour une fois, elle est justifiée et jouissive dans un autre contexte que de la SF. Ce que Luhrmann nous dit dès le premier plan où on admire les flocons de neige plus que Tobey Maguire, de même pour les lettres du roman qui s'impriment sur New York à la toute fin. Le jeu de 3D sur les pierres précieuses des bijoux de l'héroïne, que l'on admire donc plus que son visage -et sa toujours identique expression aux grands yeux tristes-, ne ment pas non plus : on joue avec nos yeux ici, pas avec nos émotions, sauf celles produites par cette exubérante direction artistique. ¨

Dans la version de 1974, pas de 3D, évidemment, mais la même insistance sur tout ce qui brille avec une profusion presque indigeste de flare à chaque verre, bouteille, bijou, œil humide. Car l’autre grande thématique du film est une critique de la société américaine des années 20, on y jette l’argent par les fenêtres et on y lit des thèses de white supremacists. On y côtoie des moins fortunés le temps qu’ils nous amusent et on les oublie dès qu’ils deviennent gênant.


Le problème, avec cette profusion de caméras virvoltantes, de sublime 3D-décors-costumes-lumières, c’est que les thématiques de Fitzgerald passent un peu à la trappe. On sort du film en ayant envie de décrire les fêtes incroyables du manoir Gatsby et on oublie un peu la noirceur totale de la trame et des personnages. Comme le dirait un des personnages, les énormes fêtes sont plus intimes, elles permettent de passer inaperçu.


Par contre, un vrai, ENORME point négatif à cette version de Luhrmann : le casting. J’ai toujours été fan de Leonardo Di Caprio (depuis What’s Eating Gilbert Grape?) et je le trouve excellent ici. Sauf que Luhrmann l’a poussé, un peu trop peut-être, à exprimer son côté flottant, presque perdant pied (dans la scène au Plaza par exemple), alors que Redford était d’une sensibilité à fleur de peau avec des regards qui laissaient passer mille émotions sans nécessité d’en faire des tonnes, ce qui correspond tellement mieux à ce personnage qui s’est construit un costume de gentleman. Mais bon, Di Caprio est bon. Tobey Maguire incarne le narrateur et il est tout à fait acceptable… sauf dans les scènes où il joue l’alcoolique/écrivain, beaucoup trop lisse, dommage. Mais surtout, surtout, Carey Mulligan, POURQUOI ? A part être mignonne avec ses énormes yeux naïfs qui savent très bien être tristes et humides, elle rend ce personnage fade et vide. Mia Farrow était une exceptionnelle Daisy, elle avait compris l’essence de vacuité et de vanité du personnage et l’incarnait à la perfection. Scarlett Johannson a failli jouer ce rôle, elle aurait probablement été bien plus subtile que cette insupportable Carey Mulligan (que je n’ai aimé que dans un rôle : l’épisode Don’t Blink de Doctor Who, où son rôle consiste justement à ne jamais fermer ses grands yeux, elle est parfaite !). Je me suis réconfortée par contre avec l’apparition de Jason Clarke dont je suis fan depuis The Chicago Code (et qui était également excellent dans Zero Dark Thirty.)


Oui, vous avez bien compris, j’ai donc bien aimé cette adaptation de Baz Luhrmann, à quelques nuances près. La version de 1974 est toujours aussi exceptionnelle, je l’ai revue pour l’occasion avec un grand plaisir. L’une est plus jouissive au niveau visuel, l’autre beaucoup plus intéressante pour la psychologie des personnages, la nuance des choix des réalisateurs ne donne qu’une envie : lire The Great Gatsby.



EDIT : The Aristocrats en fait une critique sévère mais je suis pratiquement d'accord avec tous leurs points (et j'adore leur talent à la critique assassine). Je vous recommande vivement de suivre ce blog, pour ceux qui lisent en anglais et aiment les critiques de cinéma, c'est souvent jouissif de mauvaise foi. Tout ce que j'aime.

7 commentaires:

  1. tout à fait d'accord avec toi, sauf sur carey, je la trouve plus désarmante que mia, avec cette voix flûtée (dans la version française = kelly de beverly hills) qui la rend encore plus anachronique! j'adore la phrase de nick qui dit que tom et daisy sèment le malheur et la discorde sur leur chemin mais que leur fric les placent au-dessus de tout... sad but true!

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    1. Je n'ai pas vu la version française qui peut-être améliore les choses ??? Cette actrice n'a que deux expressions : grands yeux tristes + visage neutre ou grands yeux tristes + sourire, la deuxième étant rare, elle peut être désarmante, je suppose.
      (je suis une horrible personne, mais vraiment cette actrice ne mérite pas tous ces rôles).

      La phrase est la même dans la version de 1974... et donc je suppose dans le roman ;-)

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  2. Et le test Bechdel, alors? (ainsi que: non, un type qui te poursuit pendant des années, ce n'est pas mignon et touchant, c'est flippant)(pardon)

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    1. Et bien étonnemment, le test Bechsdel est passé, vu que deux femmes, identifiables, parlent à un moment... de la chaleur de l'été et donc pas des hommes ;-)

      Mais tu as raison, il faut que je me discipline à intégrer le test à tous mes billets culture. Prochain but de remaniement du blog !

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  3. J'ai tellement Robert en tête, ainsi que mon mouvement de recul face au teaser, que j'ai du mal à me décider à tenter le coup...

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    1. Je ne pense pas que ce soit indispensable.

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