mardi 13 août 2013

Real Humans


Depuis quelques années, on peut acheter de hubots. C'est-à-dire des robots humains, ou humains robots. Malheureusement, le hubot adoré du père de Inger tombe en panne, ils vont donc le remplacer par un nouveau modèle spécial "gériatrie" qui comprend les soins médicaux et gestes de sauvetage basiques, pour cet achat, la famille de Inger reçoit en cadeau un hubot, modèle "aide de maison". C'est ainsi que commence la série suédoise Äkta Människor, c'est-à-dire Real Humans, également diffusée sur arte il y a quelques mois. Comme je n'ai plus de télé, j'ai fait une séance de rattrapage.


Dès les premiers épisodes toutes les questions de société sont abordées : le remplacement des humains au travail (usines, réception-secrétariat, service, personnel de maison, prostitution, ...), les relations transgenres humain-hubot (amoureuses ou sexuelles), la religion (un hubot a-t-il une âme, peut-il être croyant), la discrimination et le "racisme" anti-hubot (et même agressions et terrorisme), etc. Mais ces questions sont abordées en filigrane, car ce qui occupe l'avancée narrative c'est un groupe de hubots renégats, les policers qui les cherchent, la famille de Inger et son travail, car elle est avocate et va avoir à faire à plusieurs affaires qui tournent autour des hubots. Tous ces fils narratifs s'entrecroisent pour nous raconter l'histoire de David Eicher, le créateur des hubots et de "ses enfants".

 

Au niveau du fonctionnement, on en sait assez peu sur les hubots, à part qu'ils respectent les règles asimoviennes, qu'ils doivent se recharger régulièrement avec une prise USB, on voit des "morceaux" au fur et à mesure des épisodes qui nous font comprendre qu'il y a un liquide bleu qui leur sert de "système nerveux", que leurs structures sont en métal, etc. Mais ce qui est intéressant ici c'est que ce n'est pas leur fonctionnement ou leur invention, c'est leur lien avec les humains et la question de l'humanité d'un humanoïde, d'une possible conscience et vie propre.

Il est aussi amusant de constater que les "accessoires" vendus avec le hubot -boîtes, fils de recharge, tablette interface- font fortement penser au design apple... une seule marque de hubot, chère, que tout le monde veut, que certains magouilleurs réussissent à hacker, j'en connais certain que ça amuserait beaucoup. 


Visuellement, c'est intéressant. Pour donner un caractère artificiel aux hubots, il y a d'abord un phénoménal travail d'acteurs, qui réussissent à contrôler leurs gestes pour rendre chacun d'eux utiles, leurs expressions pour être immédiatement lisibles et simples. Il y a aussi un excellent travail de maquillage qui permet de donner des textures de peau irréelles, accompagné d'une maîtrise exceptionnelle de la lumière qui finit par nous convaincre que ça ne peut pas être un humain que l'on a sous les yeux, même si c'est conçu pour y ressembler. Tout à fait bluffant, rien que pour ça, cette série mérite d'être regardée. Mais il n'y a pas que les hubots, les cadres sont intéressants, le montage tout à fait classique mais très bien rythmé, les lumières même si poussives pour aider l'apparence des hubots, conviennent aux codes du genre SF, car on y est en plein dans la science-fiction, et celle que j'aime, qui pose des questions sur l'humanité et la société. Ces 10 épisodes de la saison 1 méritent d'être vus.


Avec des bémols.
Certains détails sont incohérents dans le scénario, ce n'est pas grand chose, mais ça m'énerve à chaque fois de le constater. Certains comédiens ne sont pas à la hauteur, en particulier celle qui a le rôle le plus complexe, car on la pense humaine au départ, puis on apprend sa "hubotitude". Elle n'est pas mauvaise en hubot, au contraire, le problème vient plutôt de quand elle joue celle-que-l'on-croit-humaine, où elle utilise des gestes parasites, où l'on voit son front froncé, où elle a un débit de parole rapide, toutes ces caractéristiques qu'elle perd subitement dès que le spectateur est informé de son état, dommage. Il y a d'autre types d'imperfections, des pertes de rythme, des complications scénaristiques inutiles, des détails qui rendent certaines séquences un peu bancales, un manque de vision globale/mondiale. Mais dans l'ensemble, si vous aimez les robots et la science-fiction qui aborde ces questions, vous devriez apprécier cette série. Je regarderai la saison 2 avec plaisir.


Test Bechdel : passé largement.

5 commentaires:

  1. C'est vrai que cette première saison innove dans le domaine, comme tu dis c'est assez plaisant à regarder même si ça tire parfois en longueur.

    Note que je me suis tapé les 10 épisodes en VO suédoise, c'est quand même assez violent et ça joue peut-être un rôle sur l'appréciation.

    Au passage, merci pour le lien! :-)

    L'analogie avec le tout-Apple m'avait aussi surpris, et puis j'ai vu les ports USB sur les nuques des Hubots et me suis dit que quelque chose d'aussi compatible avec le reste du monde est un peu trop standard pour la marque à la pomme. J'aurais plus vu une prise propriétaire avec un adaptateur USB vendu 150 dollars, là ça aurait vraiment été dans le style d'Apple. :-P

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    1. J'ai vu en VO aussi, mais comme toutes les séries, même nordiques, ça ne me plombe pas, je ne pense pas que c'est ça, au contraire...

      J'étais sûre que tu avais tilté sur le tout-Apple :-D

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  2. Je range la série dans la boîte "Bonnes idées, pas mal fait mais tourne vite en rond", bref un peu poussif de mettre autant d'épisodes car tout est vite joué une fois que c'est exposé.
    Pour amateurs de SF pas trop blasés.

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    1. Il n'y en a que 10 hein... certaines séries abusent bien plus de mon temps... ^^

      Mais oui, un peu poussif. Le scénario aurait pu donner un très bon long-métrage, 10h ne sont pas nécessaire à ce déroulement... à moins qu'il n'y ait des surprises en saison 2 qui donnerait aux moindres détails de la 1 une importance... J'attend de voir.

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  3. Arte a fait de réels efforts en matière de série tv en prime time et j'en ai bien profité cette année avec Reals Humans, Ainsi soient-ils ou Hatufim. Ça change des séries policières us! J'ai beaucoup aimé Real Humans, avec quelques longueurs c'est vrai. L'intrigue sur les hubots rénégats m'a un peu moins emballé, j'ai largement préféré le côté vie quotidienne (utilisation des hubots comme employé de maison, ouvrier, prostitué ou même amant). C'est le plus "realiste" en quelque sorte... Ça se passerait comme ça!

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