mardi 24 septembre 2013

La Bénichon du Pays de Fribourg


Ce week-end, la Ville de Fribourg et sa région organisaient pour la première fois une Bénichon officielle. La Bénichon est normalement faite dans les familles, dans les fermes, éventuellement sur la place du village, c'est une tradition paysanne, la fête de fin des travaux d'été, le foin est rentré, les cultures et les vendanges faites, on tue un cochon et/ou un mouton pour fêter tout ça. Cette fête des récoltes a, évidemment, été récupérée par l'église il y a des siècles. Ce qui lui a donné son nom, "bénichon", qui dérive de "bénédiction". L'origine s'est perdue, mais la tradition reste extrêmement vivante dans toutes les régions du canton de Fribourg qui ont chacune une date entre août et décembre pour faire la bénichon. (Vous trouvez les dates précises ici, il reste encore grand nombre de bénichons auxquelles vous inviter !)

La très jolie initiative issue du comité de la Bénichon et des Produits du terroirs est de faire une fête populaire, qui regroupe tous les aspects de la Bénichon, dans un chef-lieu de district différent chaque année. Fribourg, la capitale, a eu les honneurs de cette toute première édition. L'année prochaine, la Bénichon aura lieu à Bulle, chef-lieu de la Gruyère, du 19 au 22 septembre 2014. Niveau bilan, c'est tout simplement un triomphe. La grande tente qui servait les menus de Bénichon avait écoulé le samedi midi les provisions prévues pour tout le week-end, ils ont passé la nuit du vendredi à refaire des stocks, tous les restaurants qui ont participé à l'opération et servi des menus de Bénichon étaient complets, l'affluence en ville était très impressionnante, les commerçants de produits locaux débordés et ravis, il fallait faire la queue pour accéder à la balançoire géante et toutes les attractions ont été prises d'assaut tout le week-end. La météo clémente y était pour quelque chose, mais je félicite le Comité d'organisation pour ce succès flamboyant que, je suppose, ils n'avaient pas prévu à cette échelle.


Les Fribourgeois de tout le canton ont répondu présents, mais cette manifestation a débordé sur le reste de la Suisse. Encore une signe que les produits du terroir attirent. Une vraie fête du locavorisme ! Pour mettre en avant ces produits, les Grand-Places (parc au centre de Fribourg) étaient littéralement transformés en ferme. Il y avait des animaux (vaches laitières et allaitantes, chèvres, moutons, cochons, lapins, poneys, ânes, abeilles), des cultures (une magnifique montagne de légumes issus de l'Institut agricole de Grangeneuve qui coordonnait cette ferme urbaine, diverses céréales présentées par un moulin à l'ancienne), des artisans du bois, du cuir et du métal (et leurs impressionnantes cloches), une démonstration de moulage de gruyère chaque matin (avec dégustation de fondue), des tours en poney pour les enfants. Tout ça, je le répète, en plein centre ville.

 
 

La visite guidée de la ferme à laquelle j'étais conviée m'a appris plein de trucs. Je n'avais jamais vu de poiriers "à botzi" (une poire typique qui bénéficie d'une AOC et qui est servie avec la chasse ou le menu de bénichon et qui entre dans la composition de certains vins cuits), je ne savais pas qu'on appelait le veau mâle un "bolet". Mais ce qui m'a le plus intéressé, c'est l'apiculteur. Alors que, grâce à la célèbre phrase d'Einstein qui disait que le jour où les abeilles disparaîtrait, l'homme aussi, le monde entier s'inquiète de la grande diminution des abeilles. L'apiculteur nous disait que dans le canton de Fribourg, les essaims d'abeilles n'ont pas diminué, au contraire. Grâce à une intelligente subvention du matériel de base (pour construire les ruches), de plus en plus d'agriculteur se lancent dans l'aventure de l'apiculture. Pendant qu'il nous racontait tout ça, les abeilles virevoltaient autour de nous. Cette "ferme en ville" m'a beaucoup plu. Il était logique de mettre en avant les nombreux savoirs-faire des paysans à l'origine même de cette fête, c'était bien pensé et très bien réalisé.


A part la ferme, il y avait un espace découverte qui permettait d'apprendre à faire de la cuchaule, des bricelets, de la moutarde de bénichon et plein d'autres spécialités dans des ateliers ouverts à tous (les recettes de la cuchaule et de la moutarde de bénichon).

Il y avait également un grand marché sur les rues de Romont et de Lausanne, qui regroupaient des produits du terroirs fribourgeois ayant plus ou moins à voir avec la Bénichon. J'ai ENFIN bu goûter une Fri-Mousse (la Barbeblanche) et une bière de la Brasserie du Chauve (l'Eternelle), avec un énorme coup de coeur pour ce dernier ! J'ai également découvert la Cidrerie du Vulcain et son exceptionnel (je pèse mes mots) Trois Pépins, cidre de pomme, poire et coing. Il y avait aussi, évidemment, de très nombreux stands de fromagers, boulangers, confiseurs, maraîchers, etc.

Le chauve de la Bière du Chauve
 la très fameuse poire à botzi

Enfin, en plus de la ferme, de l'espace découverte, du marché du terroir et des nombreuses animations culturelles (une fête à Fribourg n'est pas une fête sans musique, les cors des alpes, accordéons et très nombreux choeurs étaient de sorties), sur la place Georges-Python se tenait une énorme tente dans laquelle on pouvait déguster le menu complet de la Bénichon.


On pouvait également déguster ce menu de fête dans 15 restaurants partenaires de la manifestation, et dans certains d'entre eux, vous pouvez aller le déguster jusqu'à la fin du mois d'octobre (je vous recommande vivement le Café du Gothard à la Place du Tilleul). Mais passons au coeur de la bénichon : le menu.

Cuchaule et moutarde de bénichon
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Soupe au choux

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Jambon de la borne, lard et saucisses fumés
Généralement servi avec du chou et des pommes de terre

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Ragoût de mouton ou gigot d'agneau (ça dépend des familles)
généralement servis avec purée, chou rouge, haricots verts, poire à botzi

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Plateau de fromages avec Gruyère et Vacherin Fribourgeois
Généralement accompagnés de fruits frais et secs

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Meringues et double crème de la Gruyère

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Bricelets, pain d'anis, cuquettes, croquets et beignets

Oui, on passe quelques heures à table. Mais étonnamment, ça se digère très bien. En particulier grâce aux épices qui ouvrent (dans la moutarde de bénichon) et ferment (dans les biscuits) le repas et sont tous réputés pour être digestifs (cannelle et anis en particulier).

J'avoue toutefois être légèrement restée sur ma faim. Le menu entier promis n'a finalement été qu'une assiette de charcuterie pour moi (honorable sans être exceptionnelle), une soupe en entrée et, parce qu'on a vraiment insisté, deux meringues avec de la crème pas double du tout. Nous étions plusieurs à avoir volontairement refréné nos appétits durant la journée pour supporter le menu, nous sommes sortis de table un peu frustrés.


Mais le reste du week-end a été très agréable. On a visité Fribourg avec le petit train touristique, et moi qui déteste les trucs de touristes d'habitude j'ai pris un plaisir fou et appris plein de choses sur la ville. (Je vous montre ça dans un prochain billet de balades à faire à Fribourg.) Le lendemain, nous avons été invités à suivre un atelier cuchaule et une découverte du Vacherin Fribourgeois suivi d'une fondue pur vacherin. Un programme gourmand et séduisant. Je remercie chaleureusement les deux compères ci-dessus, du comité de la Bénichon et de Fribourg Tourisme de m'avoir invitée à découvrir cette nouvelle manifestation et je suis ravie pour eux du succès obtenu et mérité.

Choisir d'amener la campagne en ville n'est pas forcément chose aisée, ce week-end a montré que les Fribourgeois sont chaleureux, généreux, joyeux, gourmands et excellents musiciens. La frontière entre les citadins et les campagnards s'est totalement effacée et c'est joli à observer. Les traditions telles que la Bénichon remettent à l'honneur le fait de manger des produits locaux et de saison, je ne peux que m'en réjouir.


Le lendemain, j'ai découvert les recettes de la cucuhaule et de la moutarde de bénichon, et quelques temps plus tard je n'ai pû m'empêcher de concocter un Bénichon Burger !

4 commentaires:

  1. Dans ma famille, on mangeait la cuchaule et la moutarde pour le souper (si quelqu'un avait encore faim...) et ma grand-mère, qui n'aimait pas la viande de mouton, remplaçait le ragoût par un rôti de porc - léger, donc ;-).

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    1. Il y a autant de variations de menus que de recettes de la moutarde de bénichon. C'est une très jolie tradition et je suis ravie qu'elle soit encore aussi vivante.

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  2. Ça a l'air d'être le bonheur cette Bénichon.

    J'ai eu la chance de goûter à un produit de la cidrerie du Vulcain: le cidre de poire qui se marie à merveille avec le fromage. C'est vraiment un producteur incroyable.

    Le menu fait un peu panorama de produit. Ça n'arrive pas aux extrémités qu'atteint la Saint-Martin avec son menu presque 100% cochon. Là il faut vraiment se préparer sous peine de caner bêtement d'une rupture de l'estomac. Je pique sur Wikipedia:

    - Le bouillon aux petits légumes (parfois accompagné d'une tranche de bouilli, mais dans ce cas, après le boudin),
    - La gelée (sorte d'aspic avec de la viande)
    - Le boudin à la crème accompagné de compote de pommes, d'une salade de racines rouges et de rösti
    - Les grillades, atriaux et rôti accompagnés de rösti,
    - Le rôti, généralement avec une salade verte
    - La choucroute garnie de jambon, porc frais, saucisse fumée d'Ajoie et accompagnée de pommes de terre,
    - L'eau-de-vie de damassine (optionnelle)
    - La crème brûlée,
    - Le totché, un gâteau à la crème épaisse, plutôt salé,
    - Les striflates (chtriflates, schtriflattes), sortes de beignets en forme d'escargot qu'on mange avec de la crème à la vanille.

    Bon app'

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    1. Faut que je teste la St Martin un jour. Ce que j'aime bien dans la Bénichon c'est que malgré le côté festin, ça reste possible en famille, et le côté obligatoire de la collaboration entre les familles qui tuent le cochon et celles qui tuent le mouton.

      Et oui, la Cidrerie du Vulcain est incroyable. On trouve ses produits au Passeur de Vin à Lausanne, il faut absolument que je goûte le reste de la gamme !

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