lundi 16 décembre 2013

All is lost


All is Lost (J.C. Chandor, usa, 2013)

Un container qui flotte, la voix-over d'un homme qui dit qu'il a tout essayé, mais qu'il n'y croit plus, et qui s'excuse d'abandonner. Ce seront pratiquement les seuls mots du film. Puis un plan sur Robert Redford qui se réveille en sursaut à cause d'un fracas terrifiant. Le container vient de percer la coque de son voilier sur lequel il navigue en solitaire, il est en train de traverser l'Océan Indien et le voilà avec une coque percée.

Dans les minutes qui suit, on comprend que cet homme est un excellent marin, que son bateau est très bien équipé et qu'il sait ce qu'il fait. Aucune panique, des actions précises et efficaces, un grand sens pratique, il faut commencer par décrocher le container, puis constater les dégâts et colmater le trou béant dans la coque, pomper l'eau, faire sécher l'électronique et voir s'il peut sauver quelque chose, rebrancher l'électricité au sommet du mat. Et c'est là qu'une tempête arrive. Ce n'est que la deuxième péripétie, il y en aura d'autres. Chacune d'entre elle est potentiellement mortelle. Pour chacune d'entre elle, il agit en marin expérimenté, avec calme, malgré son épuisement et sa peur.


L'Océan est filmé tel qu'il est : changeant, caractériel, effrayant, sublime. Redford se bat, sa survie dépend de son efficacité, de son sens pratique, de son sang froid. Ses gestes ne sont pas expliqués, et certains échapperont totalement à ceux qui n'ont pas fait de voile, c'est probablement un des défaut et une des grande qualité de ce film. On ne fait pas dans le didactique, on montre, de manière très réaliste, presque pragmatique, un marin qui fait ce qu'il faut pour survivre au milieu de l'Océan Indien, seul. Un huis-clos est sensé être dans un lieu clos (Monsieur Lapalisse, bonjour), mais un navire donne cette impression. Tout ce qui est en dehors du périmètre du navire n'est pas atteignable, c'est infini, beau, ça interagit avec le bateau, mais ce n'est pas atteignable pour l'homme. Un huis-clos au milieu de l'Océan donc.

Et Robert Redford est sublime. On le voit courageux, fier de lui, terrifié, désespéré, épuisé, s'apitoyant sur son sort et se reprenant en main. Il n'abandonne jamais, jusqu'à en pleurer (intérieurement, faut pas déconner, c'est Redford quand même). Durant 2h, on ne voit que lui, à part quelques plans d'ensemble ou sous-marins. On le suit dans ses états d'âme et ses états physiques, on retient sa respiration ou on la reprend avec lui, elle est d'ailleurs très présente dans la bande son.

A propos de son, la seule chose que je n'ai pas aimé du film c'est la musique, à un moment particulièrement angoissant, une lourde musique avec une voix comme divine devient proéminente et prend le pas sur le bruit de la mer. C'est une erreur. Le fracas marin aurait fait plus d'effet, cette musique n'a RIEN à faire là, dommage. Mais c'est n'est qu'une scène, le reste du temps elle n'est pas gênante et très peu présente.


C'est une constante ces dernières années, il y a de plus en plus de films qui se passent en haute mer, il faudra que j'en fasse une liste un jour, et ça tombe bien, j'adore ça. Mais ce n'est pas toujours réussi, les marins fascinent les terriens depuis toujours, mais donner une vraie idée de la vie en mer n'est pas chose aisée. C'est plus que réussi pour All is lost. Je ne sais pas si ce film, sans aucun dialogue, sans explication sur les détails techniques qui sont pour beaucoup dans la recherche de survie du personnage principal, va plaire aux terriens. Je sais que moi, j'ai marché du début à la fin, et que la performance de Redford mérite toutes les récompense qu'il ne manquera pas d'obtenir. C'est le deuxième film de J.C. Chador, le précédent était Margin Call qui déjà était très impressionnant au niveau de la direction d'acteurs et du sens du rythme, je vais suivre ce réalisateur de près.

Une dernière remarque, ce film est également une critique de ce qui se passe sur les Océans qui sont devenus des autoroutes à cargos. Ces ahurissant porte-containers flottant dont l'équipage est réduit au minimum juste pour faire fonctionner les machines et les entrée-sorties de port et chargements. Quand un navigateur d'un autre type croise un de ces montres, c'est comme un lapin sur une route face à un camion, absolument tétanisant, dangereux, destructeur et surtout, sans aucune conscience de l'être minuscule à ces côtés. Une scène dans le film est extrêmement forte à ce propos dans ce film, elle m'a beaucoup touchée, cette réalité mérite d'être plus souvent pointée du doigt montrée.

Si vous avez vu/allez voir ce film, je suis très intriguée par votre point de vue, je serais ravie que vous veniez me raconter comment vous l'avez perçu et je vous commente volontiers certains détails techniques qui auraient éventuellement pu vous échapper si vous n'avez pas fait de haute-mer au long cours...

3 commentaires:

  1. Je ne l'ai pas encore vu, mais bien tentée! En fait je venais voir si tu avais déjà fait la critique du Casse-tête chinois que tu as vu hier, j'étais à la même séance que toi, un rang plus bas hihi. Je me disais bien, c'est bizarre que je ne l'ai encore jamais vu à Lausanne! Bonne journée!

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    1. Oh mince alors, on t'a pas trop ruiné le film avec nos commentaires à la con avec mon mari, on était un peu déchaînés :-)

      Je fais casse-tête chinois bientôt !

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  2. Ahah non je n'ai rien entendu j'étais un peu plus loin :)

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