mardi 25 février 2014

Le vent se lève


Le vent se lève sera l'ultime film réalisé par Miyazaki ont annoncé les Studios Ghibli. Je ne suis pas une spécialiste du cinéaste, je n'ai même pas vu tous ces films (edit: c'est désormais chose faite), mais je me réjouissais de voir celui-ci. Polémique, sombre,  "le plus personnel", ai-je lu, et ça me fascine et me ravit toujours autant que cet auteur soit capable de faire parler de ses films... comme de films et non comme de "vulgaires dessins animés". Si l'un d'entre eux dans sa filmographie devait revêtir cette position d'ambassadeur du "vrai cinéma", ce serait probablement celui-ci.

Le vent se lève est la biographie, romancée, de Jirô Horikoshi, un ingénieur en aviation japonais qui dessina les "Zero", avions chasseurs japonais emblématiques de la Seconde Guerre Mondiale. Mais Le vent se lève est surtout un rêve de Miyazaki dévoilé pendant plus de deux heures. On y voit sa passion pour la peinture, pour l'aviation, pour la poésie, pour la musique, pour l'Histoire. On y lit ses critiques et ses réflexions sur le Japon, historique et actuel.

Scène du tremblement de terre, bruitée à la bouche, époustouflante... 
et réaliste, montrant le séisme de Kantô de 1923...  et qui nous parle du Japon post-séisme, 
ce qui résonne particulièrement fort dans cette période post-Fukushima

C'est extrêmement bien documenté à tous les niveaux, des faits historiques aux détails techniques des avions, des trains, à l'architecture, ameublement, vêtements, etc de l'époque. Et le scénario nous emmène dans le Japon pauvre et se préparant pour la guerre des années 20 et des années 30. Nous ne sommes pas dans un univers fantastique qui plait tant dans les autres réalisation de Miyazaki. Même pendant les très belles séquences oniriques, le réalisateur nous explique l'histoire de l'aviation.

Trois séquences de rêves

A chaque avion, j'avais envie de voir les photos de ceux qui ont volé à l'époque
Miyazaki utilise aussi de très nombreuses références et inspirations culturelles, de la peinture à la poésie. C'est presque frustrant d'ailleurs, je me suis surprise, en sortant de la salle, à chercher les quelques tableaux que j'avais repérés pendant le film. Je rêve de voir une liste des images ayant inspiré les paysages et des images historiques ayant inspiré le reste.

Membre de la Cloud Appreciation Society, j'ai été absolument comblée par la fascination de Miyazaki pour tout ce qui est nuage, fumée, vapeur. C'est le cas dans tous ses films, ici c'est poussé à son paroxysme et présent dans la grande majorité des plans du film, deux heures de #cloudporn, bonheur. C'est d'ailleurs là où j'ai vu la plupart des références qui m'ont frappées. Comme le tableau qui était accroché dans ma chambre pendant de très nombreuses années, qui a clairement inspiré la séquence dont est tirée l'affiche (La Promenade de Monet).


J'ai vu du nuage impressionniste, expressionniste, pointilliste, romantique, néo-impressionniste, etc. Des nuages comme les peignaient les peintres qui rêvaient du ciel jusque dans les années 20 et 30. (Pitié, qu'un(e) historien(ne) de l'art chevronné et fan de Miyazaki nous fasse un travail sur ce film, je suis terriblement frustrée de ne pas en savoir plus. Si ça a déjà été fait, je serais très reconnaissante à ceux qui partageront les liens vers ces articles !)

Le Nuage Rose, Henri-Edmond Cross
Matterhorn, Emil Nolde
Convoi de chemin de fer, Claude Monet
La Montagne Sainte Victoire, Paul Cézanne
Mais il n'est nullement nécessaire d'être un spécialiste en histoire de l'art, du Japon ou de l'aviation pour apprécier ce film. Je ne suis néanmoins pas convaincue de son intérêt pour les enfants qui vont probablement s'ennuyer pendant ces deux heures de film où, finalement, il ne se passe pas grand chose (comme c'est le cas dans toutes les biographies d'ailleurs).


La première passion du héros est l'aviation. Le réalisateur y ajoute une histoire d'amour, tirée d'un roman (Naoko) de l'auteur Tatsuo Hori. (Avec son roman Le vent se lève, dont le titre est tiré du poème Cimetière Marin de Paul Valéry, c'est l'auteur l'a fait découvrir aux Japonais. La phrase "Le vent se lève!... Il faut tenter de vivre!" est prononcée à de nombreuses reprises par les deux protagonistes du film.) Cette histoire permet d'humaniser le protagoniste, de le faire sortir de sa vie uniquement motivée par son travail, d'aborder l'épidémie de tuberculose de l'époque et de faire avancer l'histoire. Elle est nécessaire au scénario, elle permet d'ouvrir sur un autre pan culturel et historique. Elle ne m'a cependant pas emballée.


Entre les pirouettes scénaristiques pour approfondir le héros et le fait que Miyazaki marche sur des oeufs face à son héros controversé qu'il tente de rendre attachant coûte que coûte, ce n'est pas l'histoire qui m'a convaincue.

La différence de style entre les nuages et le personnage et l'avion <3
Mais j'ai A-DO-RÉ l'univers visuel du film. 
Oser l'animation réaliste ET onirique et réussir à lier les deux pans et styles différents, parfois dans le même cadre, c'est du pure génie. Qui me donne envie de retourner voir ce film après avoir trouvé d'autres sources sur les inspirations qui se mélangent ici pour reproduire une époque historique et culturelle fascinante.

Ce film m'a donné envie de voir tous les autres, et j'ai donc écrit une chronique sur tous les autres long-métrages réalisés par Miyazaki.

4 commentaires:

  1. C'est toujours drôle les angles de lecture... le tien m'apporte encore un plus (j'avais pas fait autant de lien avec la peinture impressionniste, par exemple). Pour moi, la séduction envers ce film est venue vraiment après, parce ce que sur le coup la lenteur du rythme m'a un peu déroutée.
    Mon angle de lecture à moi étant que c'est une fable sur l'hérédité, sur les choses (ou gens) dont on est le père et qu'il faut apprendre à laisser partir en admettant qu'elles ne correspondront peut être pas à l'idée qu'on se fait de leur trajectoire.
    En tout cas, j'ai aussi adoré le traitement "vivant" du tremblement de terre, et puis je me suis prise à regretter que Miyazaki ne nous aie pas plus souvent régalés de ses peintures de la vie en ville, aussi.
    Merci de ton compte-rendu, en tout cas :-)

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    1. Je regrette surtout qu'il n'ait pas fait plus de films "réalistes". Il est époustouflant dans ce genre !

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  2. C'était une surprise, ça, mais oui, je suis vraiment d'accord ! (du coup ça m'a donné envie de revoir La colline aux coquelicots)

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  3. N'ayant malheureusement pas encore vu cet opus du maître, je ne peux pas vraiment ajouter ou compléter quoique ce soit à ta critique, mais elle donne envie !

    Si ça peut te rassurer, Miyazaki annonce à chaque film sorti de son studio que ce sera son dernier. Pas pour tenter d'attirer le chaland par effet de pénurie, mais parce que sur le moment, il le pense vraiment. Et au final, il replonge, à chaque fois. Je pense que ce grand homme ne s'arrêtera que quand il sera mort.
    J'ai eu la chance de visiter les studios Ghibli de Tokyo et d'admirer une réplique de son bureau. C'est une immense fourmilière remplie d'objets anciens, steampunks ou modernes venant d'un peu partout dans le monde et qui l'inspirent.
    Bref, je pense qu'il a encore de beaux jour devant lui. :)

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