lundi 17 mars 2014

Hayao Miyazaki

Nausicaä de la vallée du vent

Après avoir vu Le vent se lève de Miyazaki, je me suis rendue compte à quel point j'avais vu peu de ses films. J'y ai remédié et ai vu tous ses long-métrages (ceux qu'il a réalisés). La liste exhaustive et chronologique est la suivante :
  1. Lupin III - le Château de Cagliostro (1979) : un Arsène Lupin délicieusement barré, dans une Europe imaginaire qui mélange Monaco, les châteaux de Bavière et des décors italiens, où il sauve une princesse d'un mariage forcé.
  2. Nausicaä de la vallée du vent (1984) : extraordinaire récit écologiste, se situant dans un futur où les humains ont presque détruit la planète à cause de leur pollution, planète aujourd'hui protégée par une jungle empoisonnée gardée par des insectes géants, Nausicaä sauvera son peuple et la planète.
  3. Un Château dans le ciel (1986) : encore une fable écologique, ses premiers héros enfants, des machines volantes barrées et un arbre fabuleux.
  4. Mon voisin Totoro (1988) : deux soeurs emménagent avec leur père dans un nouveau voisinage, elles découvriront leur délicieux voisin Totoro protecteur de la nature, un joli conte où l'enfance n'est pas une succession de moments joyeux.
  5. Kiki la petite sorcière (1989) : Kiki a 13 ans et doit donc quitter ses parents pour faire son apprentissage de sorcière en s'installant seule dans une ville inconnue, elle va développer un service de livraison à domicile grâce à son balais.
  6. Porco Rosso (1992) : dans les années 30, dans le ciel de l'Adriatique, Porco Rosso, pilote génial et vétéran de la WWI, mène une vie infernale aux pirates de l'air.
  7. Princesse Mononoké (1997) : un jeune guerrier à la recherche d'un remède contre la malédiction qui a atteint son bras rencontre une jeune femme élevée par les loups, puis se confronte aux habitants d'une ville d'acier, scénario plus tordu complexe que ses autres films, fable écologique puissante.
  8. Le Voyage de Chihiro (2001) : Chihiro se retrouve prise au piège dans un établissement de bains pour les esprits, grâce à sa gentillesse et à sa bonne volonté, elle réussira à sauver les êtres malheureux autour d'elle et à retrouver ses parents, fantasmagorique.
  9. Le Château ambulant (2004) : une jeune chapelière se fait jeter un sort et devient une vieille femme, elle se réfugie dans la montagne et se fait engager comme femme de ménage dans le Château ambulant d'un magicien.
  10. Ponyo sur la falaise (2008) : la fille d'un seigneur sous l'Océan se fait capturer par un petit garçon, elle veut absolument devenir son amie et se transforme en petite fille, ce qui provoquera des inondations féroces qui bouleverseront les deux mondes, peut-être le film le plus adapté à un public de jeunes enfants (celui que j'aime le moins).
  11. Le vent se lève (2013) : biographie d'un ingénieur en aéronautique dans le Japon des années 20, seul film de Miyazaki qui se situe du début à la fin dans un univers réaliste.

Je sors de ces visionnages avec un amour profond pour Miyazaki. Je savais que j'aimais son travail, mais je n'étais pas une fanatique à vouloir m'entourer de la figure de Totoro partout. Ce que j'ai découvert en voyant l'intégralité de ces longs-métrages c'est que ce que j'aime particulièrement chez ce réalisateur ce ne sont pas ses créatures magiques. Ce ne sont pas non plus ses traits d'humour, ni sa capacité à créer des mondes fantasmagoriques cohérents. Ce ne sont pas non plus ses merveilleux personnages de vieilles dames.

J'aime ses héroïnes.
Sur 11 films, 7 sont menés par des héroïnes fortes, déterminées, courageuses, intelligentes (sauf Ponyo qui me sort par les yeux). Un Château dans le Ciel a un couple de héros à sa tête, dont une fille courageuse (mais tout de même protégée par le garçon), qui mènera les combats de front avec son acolyte masculin, d'abord contre une horde de pirate dont le chef est une cheffe, puis avec eux. Porco Rosso est l'histoire d'un homme, mais il est entouré de deux personnages féminins indispensables, un jeune ingénieure en aéronautique qui n'a peur de rien et une chanteuse/femme d'affaire/propriétaire d'hôtel. Il n'y que dans Le Vent se lève où le personnage féminin n'est que "la femme de", mais même celui-ci réussi le test Bechdel. Quant à son premier film calqué sur le personnage de Lupin, certes il sauve une faible femme qui est totalement passive, mais Miyazaki l'a affublé d'une acolyte spécialiste en explosifs qui n'a pas froid aux yeux.
Des héroïnes qui décident elles-mêmes de leurs destins, des méchantes très puissantes, souvent à la tête d'une armée. Des femmes indépendantes et courageuses dans les personnages secondaires. Des modèles exceptionnels pour les enfants qui voient ces films. Des personnages exceptionnels tout court.

Lupin III - le château de Cagliostro
Mon voisin Totoro
Kiki la petite sorcière
Le Voyage de Chihiro
Le Château ambulant
Porco Rosso
Princesse Mononoké

J'aime son combat pour l'écologie.
Nausicaä, Un Château dans le ciel et Princesse Mononoké sont des fables écologiques puisssantes. Le discours de ces films insiste sur l'importance de préserver la planète, nous montre sa beauté et sa force. Les arbres sont des personnages. Les animaux et même les insectes, deviennent des héros qu'il faut chercher à comprendre. Et même dans les films qui ne traitent pas directement de ça, la nature est mise en valeur de manière exceptionnelle, les forêts montrées comme des richesses, l'eau et l'air comme des éléments à protéger.

Ces discours ne sont pas qu'à destination des enfants, mais ceux-ci vont indéniablement les percevoir. Grâce à ses héroïnes et sa vision de l'écologie, Miyazaki est le réalisateur que je recommanderais le plus aux parents qui se demandent quoi montrer à leurs enfants. Bien avant Disney, même si les films sont plus sombres, les messages sont tellement plus importants !

Un Château dans le ciel
Nausicaä de la vallée du vent
Nausicaä de la vallée du vent
Nausicaä de la vallée du vent

J'aime son obsession pour le ciel.
C'est mon côté #cloudappreciationsociety dont je vous ai déjà parlé pour Le Vent se lève. A deux exceptions près (Princesse Mononoké et Ponyo), dans tous les films de Miyazaki il est question de voler. Dans son premier film il réussit à placer un hélicoptère. Nausicaä a son engin volant (dont le système de propulsion reste un mystère) qui permet des scènes sublimes. Dans le Château Ambulant les machines volantes sont omniprésentes. Dans un Château dans le ciel, c'est carrément toute une île qui vole... et les premiers succulents pirates du ciel signé Miyazaki. Kiki vole sur son balai ce qui devient son métier (le titre original en fait mention d'ailleurs, ce qui a été très mal traduit en français par "la petite sorcière" qui devient condescendant, c'est dommage), son meilleur ami est obsédé par le fait de voler et construit une machine volante et il y a un accident de dirigeable. Porco Rosso situe directement son récit dans le monde de l'aviation, son héros et ses acolytes pirates de l'air ont tous des engins fabuleux. Dans Chihiro il n'y a que le dragon qui vole (mais il y a un train, autre récurrence importante chez Miyazaki). Dans Mon Voisin Totoro il n'y a que le chatbus qui vole (mais il y a des vélos, autre élément récurrent). Et  enfin, dans le Vent se lève, l'histoire de l'aviation est au centre même du scénario.


Kiki la petite sorcière
Le Château ambulant
Le Château ambulant
Un Château dans le ciel
Kiki la petite sorcière
Lupin III, le château de Cagliostro
Le Voyage de Chihiro
Nausicaä
Porco Rosso
Porco Rosso, le moteur Ghibli <3
Porco Rosso
Le Vent se lève
Le Vent se lève
Un réalisateur qui ne fait pas d'animation n'aurait pu réaliser ces scénarios-là. Miyazaki nourri ses films d'images "non filmables" qui auraient été un enfer à réaliser autrement. Toute la beauté d'un art où la caméra est un crayon et les lois de la gravité ne s'appliquent pas aux traits. C'est fluide, magique, rapide, apaisant. Et qu'y a-t-il de plus beau que des nuages Miyazaki ? 

Le Vent se lève
Le Vent se lève
Porco Rosso
Mon Voisin Totoro
Un Château dans le ciel
Générique d'Un Château dans le ciel

Les spécialistes de Miyazaki (dont je ne fais pas partie) pourraient également vous parler pendant des heures de ses influences artistiques. Je n'ai pas assez vu ses films pour ça. Je me régale juste à chacun d'eux à reconnaître un nombre invraisemblables d'oeuvres. De la musique à la peinture, de la poésie au cinéma, de la science-fiction aux contes pour enfants les plus classiques, le cerveau de cet homme doit être une cocotte minute. Avec un film tous les trois à cinq ans, je l'imagine ajouter des détails, sans fin, dans ses scénarios, dans ses décors, dans ses ambiances sonores, dans ses dialogues. C'est probablement aussi pour cette raison que tous ces films méritent d'être revus plusieurs fois, et qu'ils ne lassent pas.

J'ai trouvé intéressant de me rendre compte que j'aime autant ses films sombres (Nausicaä, Princesse Mononoké ou Le Voyage de Chihiro, par exemple) que ses films joyeux et lumineux (Lupin III - Le château de Cagliostro, Porco Rosso ou Kiki et la petite sorcière). Peut-être parce que même ses derniers comportent des part d'ombre, des personnages angoissés et des scènes volontairement stressantes. C'est aussi la raison pour laquelle je ne classerais pas les films de Miyazaki comme étant des films "pour les enfants". Pas qu'ils soient déconseillés aux enfants, au contraire, c'est surtout que ce sont des films de cinéma tout court. De grands films de cinéma. 

Le seul film où je me suis ennuyée et que je ne reverrai plus est Ponyo sur la falaise, son personnage principal m'horripile, j'ai testé en français et en anglais, rien n'y fait. Il est beaucoup plus difficile de vous dire quels sont les films que j'ai préféré, ceux qu'il faut avoir vu. Mais je vais tenter, quitte à changer d'avis. Pour les fables écologiques, je choisirais Nausicaä, pour son scénario futuriste extraordinaire, pour son héroïne brillante qui refuse d'accepter les légendes qu'on lui raconte sans les remettre en question, pour sa machine volante qui est ma préférée de toute la filmographie de Miyazaki et pour l'incroyable forêt empoisonnée (je crois que c'est mon préféré de tous). Pour ses scénarios plus linéaires, j'aimais profondément Le Voyage de Chihiro, il me semble plus fade depuis que j'ai vu le reste. Je crois que Kiki et le Château Ambulant emportent le morceau grâce aux personnalités de leurs héroïnes. Pour les personnages un peu plus réalistes, entre Porco Rosso, Lupin et Jirô de Le Vent se lève, mon coeur balance. Le Vent se lève est beaucoup plus abouti visuellement, mais l'humour décapant de Lupin et de Porco Rosso m'empêchent de les abandonner. Je reverrai les trois avec un énorme plaisir.


Nombreux parmi vous ont vu des films de Miyazaki, je suis curieuse de savoir ce que vous y avez trouvé, et lesquels sont vos préférés.



PS : dans mon empressement à voir "tous les Miyazaki", j'en ai oublié son prénom et ai également visionné La Colline aux coquelicots réalisé par Goro Miyazaki (le fils de Hayao, ce dernier est au scénario). Une merveille.

12 commentaires:

  1. Bonjour, j'ai découvert Porco Rosso sur canal + en 1996 et depuis je n'ai jamais cessé d'être émerveillée par Monsieur Miyasaki. Je crois que mon préféré est Chihiro avec ce personnage de fillette têtue et cette personnification des esprits de l'eau, juste suivi par Nausicaa et Princesse mononke. J'ai aimé Ponyo, cette petite sirène qui se finit bien avec la poésie de la mer du Devonien même si cela a provoqué cette réflexion horrible lorsque j'ai vu les images du tsunami que l'eau était noire comme dans Miyasaki. J'aime ces personnages féminins existants, ces femmes que l'âge libère au lieu de les asservir, la profonde poésie aérienne et ces avions qui n'e'en sont pas forcément et aussi cette observation d'une nature si peu clémente. Juste à côté des Miyasaki j'ai rangé dans mon cœur Les enfants loups.

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  2. Bel article. Mes préférés sont Kiki, Chihiro et Mononoké. (Je n'ai pas encore vu Le vent se lève.) Le château dans le ciel: les deux premiers tiers sont fabuleux, le dernier tiers se casse complètement la gueule je trouve, sans ça ce serait probablement mon favori. J'ai du mal avec Totoro et Ponyo, et je ne suis pas non plus super fan de Porco Rosso.

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    1. J'adorais Chihiro jusqu'à ce que j'en voie plus. Maintenant je suis obsédée par Nausicaä et Chihiro me paraît une gamine capricieuse et pleurnicharde à côté. C'est difficile, je pense qu'il ne s'adressait pas au même public avec Totoro/Ponyo/Chihiro qu'avec Nausicaä/Mononoké/Porco Rosso.

      Ce qui est sûr, c'est que j'ai pris un plaisir énorme à voir chacun d'entre eux !

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  3. Très très chouette synthèse, bravo ! C'est drôle de voir qu'on a chacune notre regard sur Miyazaki. Moi j'ai toujours été d'emblée séduite par l'humanité de ses héros (ce que toi tu définis comme la part d'ombre) qui ne sont jamais manichéens et binaires : les sorcières ne sont jamais QUE vilaines et il en va de même des "gentils".
    L'élément qui chez lui me fascine le plus - mais il est inclus dans un de ses sujets préférés - c'est le vert. Je n'oublierai jamais le jour où la forêt de Mononoké s'est mise à vibrer de toute son intensité sous mes yeux (ni la posture physique complètement enfantine dans laquelle se sont collés mes parents (!) le jour où je leur ai fait découvrir ces images, d'ailleurs : c'était bluffant le rajeunissement visible qui s'opérait dans leur regard !). Je suis amoureuse de l'esprit du camphrier depuis toujours, je continue à me réfugier entre ses pattes quand je me sens mollir. L'autre élément que je trouve qu'il rend beau, c'est l'eau (le train qui flotte dans Chihiro n'est pas superbe que parce que les nuages se reflètent dans la mer, avoue-le ;-)).
    Pour le reste, c'est atmosphérique, et en ce qui me concerne, complètement addictif... un vrai bonheur ! J'en ai revu trois ou quatre avant d'aller voir le dernier et je ne m'en lasse jamais.

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    1. Quand je parle de la nature et de son insistance sur l'écologie, j'entendais aussi les arbre, l'eau et l'air, sa mise en images de ces éléments est toujours somptueuse.

      Jolie histoire pour tes parents :-)

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  4. J'ai dû en voir sept sur les onze mentionnés (et je confonds les "Château"x, c'est dire si je maîtrise le sujet^^).
    Ce qui me fascine dans le récit de Miyazaki, c'est qu'il n'existe jamais (rarement ?) de méchants. Cela implique que c'est bien plus compliqué de trouver une dramaturgie "simple" qui tienne la route. C'est assez flagrant dans Mononoke où la jeune fille au loup est aussi jusqu’au-boutiste que les humains utilisant la nature comme ressource. Idem dans Ponyo (que j'aime beaucoup), c'est juste l'Océan qui recherche sa fille. Quant à Chihiro, je crois que je manque de culture pour capter le sens caché de tout ce qu'on voit. Je pense que montrer ça à des enfants (plus ou moins jeunes car Chihiro ou Mononoke c'est assez impressionnant... Remarque je me souviens d'une gamine de 9-10 tétanisée par Kiki... elle avait dû un peu trop s'identifier à l'héroïne contrainte de quitter son foyer et en plus avec ses pouvoirs qui partent...)

    Chez Miyazaki (sauf dans le dernier film), la place des femmes est en effet aussi intéressante : c'est d'ailleurs frappant de voir que dans Ponyo, il n'y a aucune présence masculine adulte : le héros est un petit garçon, élevé par sa mère (très énergique) qui travaille dans une maison de retraite où il n'y a que des femmes âgées. Le père est sur son bateau et envoie des signaux lumineux quand il passe à proximité.

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    1. "Le Château dans le ciel" c'est celui qu'on ne trouve qu'à la toute fin et qui est en fait un arbre volant. "Le Château ambulant" c'est cette fabuleuse machine habitée par un magicien et par Sofì, la chapelière qui devient une vieille dame.

      Et oui, ses personnages sont tous (ou presque, disons en tout cas les principaux) complexes, j'adore qu'ils puissent être courageux et terrifiés, égocentriques et généreux. Mais il y a des méchants, des très méchants même. Mais c'est amusant que ce ne soit pas forcément ceux que l'on pense au début.

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  5. Bravo pour cette belle analyse, tu aurais pas fait des études de cinéma toi par hasard?!
    Moi je suis entrée en Miyazaki par Chihiro mais finalement, c'est celui que j'aime le moins. J'étais allée au cinéma voir Ponyo et je n'avais pas aimé du tout, mais je l'ai revu à la télé il y a quelques semaines et la magie m'a prise cette fois, j'ai trouvé très poétique, très beau... Mon préféré reste Porco, suivi de très près par Princesse Mononoké et Nausicaä, et Le vent se lève m'a littéralement transportée, j'étais très heureuse de l'avoir vu le jour de sa sortie, et de le prendre comme un cadeau d'adieu du grand monsieur...
    et sinon ben mon plus grand regret quand nous avons dû annuler notre voyage au Japon en 2011, c'est de ne pas avoir vu le fameux musée Miyazaki dans la banlieue de Tokyo... :-(

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    1. Merci :-)

      Et je comprends ta déception, mais ce n'est que partie remise je suppose ?

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    2. bah cette histoire de tsunami et de fukushima nous a pas mal refroidis... c'était le cadeau des 30 ans de mon bonami mais là, il va en avoir 33! ;-)
      Tu y es allée toi?

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    3. Moi j'y suis allée deux fois C'EST LE PLUS BEL ENDROIT DU MONDE :-D

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