jeudi 16 octobre 2014

C'était mieux avant ?


Revenons un peu plus en détails sur l'émission d'hier C'était mieux avant ? consacrée à la nourriture, en particulier la séquence de dégustation. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, on nous en avait dit le moins possible. On savait qu'on allait faire trois dégustations successives. Avant les dégustations et entre chacune nous refaisions le monde dans le jardin avec Jean-Luc Ingold, c'était très agréable !





Le menu des années 60 était le premier servi. On a rigolé quelques minutes sur la déco de la table puis on nous a déposé un "Citron farci au Thon". Dans l'absolu, pourquoi pas un citron farci, mais là c'était sec, non assaisonné, étouffe-bougre, vraiment pas agréable. En plat, une "Old English Chicken Pie", en fait une tourte aux trois viandes, encore une fois sous-assaisonnée, sec malgré une sauce à côté (la sauce de la poule au riz au safran), et pas l'ombre d'un végétal. Notre non capacité à distinguer les morceaux de "viande" qui la composaient ne nous ont pas mis non plus en appétit (je n'ai rien contre les tripes, mais les boulettes de pain dans une tourte, comment dire...). En dessert, un "Pudding de Riz à la Royale", du riz au lait à la vanille avec des poires au sirop, de la chantilly et des cerises confites. Le riz au lait était délicieux, on ne s'est pas fait prier pour le manger, il n'y avait que la décoration grandiloquente qui détonnait pour nos yeux contemporains. La leçon était intéressante, des plats de fête bourratifs, un manque d'assaisonnement et d'équilibre pour nos esprits qui ont beaucoup appris en nutrition en 50 ans, des produits simples et peu onéreux. Le même menu, mieux assaisonné, servi avec des légumes au plat principal, serait très agréable. Tel que servi, c'était à la limite du mangeable pour nos palais contemporains (sauf le dessert en petites portions).


On s'attendait à tout pour le menu des années 80 et on n'a pas été déçus. En entrée, un saumon à l'oseille, copie ridicule cuite au micro-onde de la fameuse recette des frères Troisgros. Forcément, le poisson est trop cuit et la sauce non-liée, les goûts sont là, mais l'équilibre est rompu. C'est l'avénement de l'éléctro-ménager pour tous et des plats cuisinés, on s'y attendait. En plat, trois quenelles de purée, à première vue, au goût j'ai reconnu tout de suite, pour avoir goûté une fois ces purées lyophilisées dans des bols en plastique où il suffit d'ajouter de l'eau. J'ai reconnu les morceaux de "viande" qui m'avaient déjà marquée la première fois. Beurk. En dessert, un flan à la noix de coco, encore cuit au micro-onde. Passons. La démonstration était caricaturale pour ces années 80 qui, côté gastronomie, nous ont pourtant amené la Nouvelle Cuisine (fin des années 70 pour être précise), où l'on s'approche au plus près des ingrédients pour les sublimer, où l'assaisonnement devient plus précis et où les plats s'allègent. On nous a présenté le côté cuisine rapide de placards, qui se développe aussi à cette période-là, mais qui est forcément moins appétissante.


Quand le menu d'aujourd'hui est arrivé sur la table, on avait déjà retrouvé nos marques avec la déco minimaliste. On a vu apparaître une salade en entrée avec un plaisir non dissimulé. 50 ans qu'on attendait de manger de la verdure, vous vous rendez compte ? Le reste du menu s'est déroulé sans accroc, on retrouvait nos marques, nos goûts, notre équilibre, nos assaisonnements. Le chef qui a dû nous servir les horreurs précédentes pouvait enfin se détendre et cuisiner comme il en a l'habitude, le rouget du plat était parfait, la verrine du dessert attendue mais très agréable. Des produits frais, cuisinés sur place, avec précision dans les cuissons et les assaisonnements, et surtout des bons ingrédients, sélectionnés.

A la question C'était mieux avant ? Jean-Luc Ingold avons fermement répondu par la négative !

Il est beaucoup plus pessimiste que moi sur le côté industriel de l'agro-alimentaire, je prédis pour ma part (et je milite pour ça dès que j'en ai l'occasion) un retour aux saisons et au locavorisme, aux circuits courts, à des consommateurs de mieux en mieux informés, qui savent que leur plaisir et leur santé dépend de ce qu'ils mettent dans leurs assiettes, et que ces choix sont aussi des actes politiques quotidiens. 


Pour le reste de l'émission, je l'ai regardée avec plaisir, malgré ce sempiternel défaut de la télévision qui se croit obligée de servir de loupe et ne supporte donc plus aucune nuance, on nous présente donc des jeunes incultes, des vieux rétrogrades et un restaurateur qui bosse avec des produits "portion", quelle déprim', effectivement. Un plaisir de découvrir la famille qu'ils ont choisi, leur séquence de présentation et de dégustation m'ont beaucoup plu. Néanmoins j'ai détesté la séquence plateau, en particulier la comédienne, sensée représenter ma "tribu" (sic), c'est probablement sensé être drôle, j'avais plutôt envie de zapper, moi qui ne regarde plus la télé, c'est un comble, d'autant que cette séquence n'amène vraiment rien. A l'inverse de toutes les images d'archives, dans l'émission et sur le site, fort à propos et intéressantes, qui enrichissent vraiment le propos, mes félicitations à l'archiviste ! Et à la costumière et l'accessoiriste pour les années 60, elles ont bien dû s'éclater et ça se voit !

J'apprécie beaucoup aussi le fait que notre séquence soit au final très proche de ce que nous avons tourné, je me reconnais dans mes propos (à défaut de m'apprécier à l'image, au son et aux épithètes clichés qui me sont collés "bobo gastronome", "jeune épicurienne friande de world food contemporaine", ...). Il me semble aussi que la complicité que nous avons immédiatement développée avec Jean-Luc Ingold se ressent. Qu'en avez-vous pensé ?

En tous les cas, ce furent deux demi-journées de tournage très agréables. Merci à toute l'équipe de C'était mieux avant ?

Je vous laisse avec la preuve ULTIME que NON, ce n'était PAS mieux avant !



Si vous voulez voir ou revoir cette émission, c'est ici.

13 commentaires:

  1. Eh oui, moi qui suis née au début des années 60, j'ai été élevée à la purée mousline, je n'ai découvert la vraie purée que quand je l'ai faite moi-même, vers l'âge de 20 ans ! Enfin de la bonne purée, un miracle ! Mais c'était une exception, pour le reste j'avais de la chance, mes parents avaient des goûts cosmopolites tendant vers le méditerranéen, cuisinaient les deux à l'huile d'olive, faisaent beaucoup de légumes et n'ont jamais stocké ni margarine ni soupe en sachet.

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    1. Les plats servis étaient clairement caricaturaux !

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  2. J'ai un peu de peine avec ces émissions de la RTS qui mélangent info et fun sans vraiment bien mélanger, ça laisse des grumeaux. Le menu des années 60 est particulièrement bizarre, je suis à peu près sûr que mes parents, nés en 47 et 51, n'ont pas mangé beaucoup de citron farci au thon dans leur vie. Et j'ai un peu connu les années 80, mais pas du tout le Bolino (juste la pub)... J'ai un peu eu l'impression qu'on vous faisait comparer des poires et des citrons, si je peux dire.

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    1. Tout à fait d'accord avec ce commentaire. Servir une super salade avec un œuf mi-cuit en comparaison d'un Bolino, c'est d'un ridicule achevé. Et quoi? Dans 30 ans il referont l'émission et le plat de 2010 ce sera une vodka red-bull ?

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    2. Je vous rejoins sur les grumeaux. C'est aussi pour ça que je voulais expliquer la séquence en détail...

      Et oui, certaines sections sont intéressantes (j'aime bien celle qui parle des prix, les gens se plaignent toujours que tout est plus cher...). Par contre la séquence en plateau avec la comédienne c'est vraiment vraiment pitoyable.

      On ressort de cette émission avec une série de clichés et sans vraies informations, sauf le fait que c'est plus sûr, moins cher et plus diversifié qu'avant... c'est pas faux. #côtelette

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    3. C'est vrai que les parties que tu cites étaient plutôt pas mal.

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  3. Francine Belfontaine16 octobre 2014 à 23:05

    Chère "Mlle Funambuline",

    J'ai découvert avec intérêt votre blog suite à l'émission "c'était mieux avant" et ai lu avec surprise les deux billets relatifs à votre passage dans ladite émission. Comme vous nous demandez notre avis je me permets donc de vous le donner en toute franchise. Tout d'abord j'ai apprécié votre précédent billet qui passe en revue de petits commerces comme Noz, Fricote ou le café des artisans, certes pas d'une originalité folle pour la Lausannoise que je suis mais permettant de les découvrir si on vient d'ailleurs. Je ne connaissais pas personnellement Laurène et me réjouis de la découvrir, votre choix avait donc du bon.

    Concernant la comédienne sur le plateau, je suis au regret de ne pas être du tout d'accord avec vous. Elle est fraîche, dynamique, alerte et représentante d'une tribu de plus en plus commune qui fait attention à ce qu'elle mange (et ca se voit à l'écran...) de véritables consom-acteurs doublés de gourmand-acteurs. Il en faudrait plus comme cette jeune fille. Si cela peut vous rassurer et comme vous l'avez constaté vous n'appartenez pas du tout à la même tribu et je pense que personne ne fera cet amalgame. Vous dites militer dès que vous en avez l'occasion pour un retour aux saisons et au locavorisme, aux circuits courts, à des consommateurs de mieux en mieux informés, qui savent que leur plaisir et leur santé dépend de ce qu'ils mettent dans leurs assiettes, et que ces choix sont aussi des actes politiques quotidiens? Désolé mais le message sortant de votre bouche a du mal a passer et ne fait vraiment pas crédible, au mieux un ersatz de discours écologique qui eux font bouger les choses. Quand pour la dernière fois avez-vous milité concrètement pour faire bougez les choses sur un marché? Je ne parle pas d'aller acheter des produits pour se goinfrer mais d'aller alpaguer le chaland pour le convaincre du bien fondé de vos convictions. Allez donc faire un tour sur le site des écologistes, eux tiennent ce discours et le mettent en application à travers une initiative pour une alimentation équitable que j'espère vous avez au moins signée...
    Tout ca pour vous dire que désolé votre discours ne colle pas et que lorsque je vous vois vous empiffrez d'un ENORME hamburger accompagné de frites huileuses et que dans le reportage vous vous évanouissez à la vue de légumes verts, cessez donc cette comédie ca en devient burlesque!
    Vous dire encore que la teneur de vos propos lors de la dégustation étaient faits de borborygmes et d'une multitude de rires niais certainement présents pour cacher la vacuité de vos connaissances culinaires qui en regard de ceux de M. Ingold apparaissaient dans toute leur fadeur. Vous attendiez qu'il prenne la parole pour le suivre docilement dans ses considérations et lorsque vous ouvriez la bouche s'était en cherchant son regard pour être sûr que le Maître avalise la débutante qu'on lui a jetée dans les pattes. Il m'est avis que si le producteur vous a coupé au montage pour laisser au final deux voire trois fois plus de temps de parole à M. Ingold ce n'est pas par hasard...
    (suite...)

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  4. Francine Belfontaine16 octobre 2014 à 23:07

    (...suite)
    Vous avez apparemment la critique facile, peut-être l'avez-vous d'ailleurs acquise au fil de vos nombreux articles, mais je ne peux que vous recommander l'humilité et de vous remettre en question en suivant quelques cours de cuisine auprès de quelque chef travaillant dans un métier de bouche car je suis au regret de vous apprendre que le "jeune épicurienne friande de world food contemporaine" vous va à ravir.

    Donc pour répondre à votre question, je dirai que non je ne ressens aucune complicité entre vous et M. Ingold et qu'au contraire l'émission y aurait gagné à inviter quelqu'un de la pointure de M. Ingold pour qu'un véritable échange naisse de leur confrontation et non pas des mono-syllabes d'une béni-oui-oui compatissante et ignorante.

    Voilà chère "Mlle Funambuline", vous avez la critique facile moi je l'ai nuancée et pragmatique. J'espère avoir répondu à votre question et me réjouis de vous lire.

    Francine Belfontaine

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    1. Merci pour ces commentaires, ces jugements, ces insultes, ces leçons et autres salmigondis, de la part d'une totale inconnue qui se base sur 5 minutes d'images montées par la télé qui ne m'a jamais lue, si vous saviez comme ça me touche, m'ouvre les yeux et va me faire tout changer. Bravo. Très utile.

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    2. "Nuancée et pragmatique". Huhu.

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    3. insultes? .... non, je ne trouve pas. Un avis contraire, oui. Mais à mon avis il faut faire avec. Surtout lorsqu'on se prétend *blogueuse culinaire*.... ce qui n'est pas faux, mais pas vrai non plus. Au delà de ces quelques considérations vis-à-vis de l'inconnue ( ce n'est pas le prore d'un blog, d'être confrontée à des avis émanant de personnes que l'on ne connaît pas?) je trouve que ce n'est pas si mal de se plonger dans le passé...

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    4. La télé prétend, pas moi.
      Et vos commentaires anonymes je n'ai pas à "faire avec", encore moins avec votre avis.
      Allez donc lire un "vrai blogeur culinaire" vu que j'ai tant de défauts. Merci. Adieu.

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  5. En même temps là où c'est marrant c'est que ce qu'on mange en grandissant est forcément un peu décalé de la mode, vu que le/la cuisinier-ère s'inspire de sa propre éducation culinaire à la maison. Ma mère avait un bouquin de cuisine tout droit sorti des années 60 et une conception de l'alimentation que vous avez tous les deux épinglée assez vite : hyper protéinée. On mangeait plus pour se caler que pour se faire plaisir MAIS c'était presque seulement du fait maison. Du coup, dans les années 80, j'ai eu la chance d'échapper aux abominations bolinesques. Jusqu'à l'autre jour, donc (je me vengerai).
    En tout cas, je trouve le concept de l'émission assez sympa, et on vous sent tous les deux bien pris au jeu. Like.

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