mardi 17 février 2015

Où manger dans l'Aveyron



Sincérité, générosité, terroir. Dans l'ordre que vous voulez. Voilà ce qui me reste après une semaine en Aveyron. J'aurais pu me pâmer chez Michel Bras, les frères Pourcel, ou autre nombreux Michelin-et-Millau de la région, nous avons plutôt sillonné les sublimes vallées et causses (collines très longues et alignées qui vallonnent la région), et nous sommes arrêtés pour casser la croûte dans des lieux exempts de prétention, fiers de leurs produits, de leurs terroirs (bœuf, veau, cochon, brebis, fromages, légumes, vins, ils sont nombreux), de leurs spécialités, de leur savoir-faire.

L'hôtel de la poste à La Cavalerie sur le causse (ou plateau) du Larzac, le Coq de la Place au centre de Rodez, Chez Lucien à Villefranche-de-Rouergue, chacun d'entre eux aurait pu être le point d'orgue culinaire de ma découverte de l'Aveyron. Des services efficaces, décontractés et maîtrisant leurs cartes et leurs fournisseurs sur le bout des doigts, des cartes faisant la part belle aux produits locaux et mettant en valeur les légumes de saison, des assiettes précises et gourmandes, et, je me répète, sans prétention.

J'aime le fait que les chefs ont un regard d'approbation face au retour des assiettes vides, j'aime le regard du serveur de l'hôtel de la poste face à mon choix de menu incluant tripaille et fromages, j'aime l'insistance mise à proposer les vins locaux, peu connus et gouleyants à souhait (tentez le blanc, ils en ont d'excellents, et ils se marient si bien avec les fromages et les spécialités porcines), j'aime les prospectus des fournisseurs mis à disposition si vous voulez prolonger votre expérience de table en expérience shopping. J'aime.

En cette période non touristique et glaciale de fin décembre, les restaurants à touristes sont fermés, il ne reste plus que les adresses où vont les locaux, et tant mieux. Et si dans les villages touristiques vous trouverez closes les échoppes d'artisans, les vieilles pierres et les paysages sauvages sont bien là, et cette austérité est belle. Le plateau du Larzac en particulier m'a séduite dès le premier coup d'œil.

Mais passons aux choses sérieuses : bonnes adresses, testées et approuvées par votre serviteure si vous passez dans la région.



Rodez

Commençons par le Chef Lieu. Qui y a-t-il à voir à Rodez ? Commencez tout simplement par observer Rodez de loin, plantée sur son piton rocheux, avec sa magnifique cathédrale posée comme une cerise sur un gâteau, c'est vraiment très joli. Ensuite, les rues et places autour de la cathédrale hébergent un marché (mercredi 60 commerçants, vendredi 40 commerçants et samedi entre 80 et 150 commerçants) dans lequel je pourrais passer des heures, sans mentir, des heures. Même en plein hiver, les stands sont riches et très diversifiés, la plupart des stands sont des petits producteurs qui vendent leurs spécialités boulangères, bouchères, fromagères, potagère et plein d'autres bonnes choses à manger sur place, tels que les farçous : des beignets de blettes, avec du pain rassis, des épices et de l'oeuf, frits sur place, délicieux. Mais vous pourriez aussi manger de la paella (si, si, l'Espagne n'est pas loin je vous le rappelle), thaï (là j'ai pas de raison logique, mais ça sentait très bon), ou simplement vous acheter des conserves de foie gras, de graisse de canard, de terrines et pâtés divers et variés. Je m'arrête là parce que je pourrais en parler des heures et détailler chaque stand, alors que certains me rétorqueraient : ouais, c'est un marché quoi. Oui, mais un marché où se rejoignent toutes les spécialités de l'Aveyron dans quelques rues ! J'ai faim.

Farçous frits au marché de Rodez

Sinon, à Rodez il y a aussi le tout nouveau tout beau Musée Soulage (enfin, moi je le trouve beau, mais le mot controversé lui conviendrait mieux), dans lequel se trouve une brasserie tenue par les Bras, où comment manger chez un chef étoilé sans payer un bras (hinhinhin). J'avoue, je n'ai pas testé, mais c'est Bras quoi. Pensez à réserver longtemps avant votre séjour.

 

Et à part ça ? A part ça... il y a le fabuleux Coq de la Place. Devant la cathédrale, en plein centre, l'établissement a été repris en 2014 par le jeune chef Benjamin Bergès qui, après avoir écumé des grandes tables étoilées dans le monde, a décidé de proposer une vraie carte de brasserie. Os à moelle, abats, entrecôte ou coq au vin, mais aussi toutes sortes de déclinaisons sans chichis mais avec un grand talent autour des produits de la région et de saison. Je ne vous raconte pas la carte de propositions pour l'apéro, avec les charcuteries et les fromages qu'il y a dans la région c'est indécent. D'autant que le maître des lieux se fait un point d'honneur de faire découvrir les producteurs régionaux de vins qu'il aime (les vins ET les producteurs) à des prix tout doux, et presque tous disponibles au verre. Les serveurs connaissent le sujet et sauront vous conseiller, il y a de quoi se faire plaisir avec 3 ou 4 vins différents durant votre repas sans se ruiner. Bref, si vous passez à Rodez, ou pas loin, genre dans les 100km autour, faites-moi plaisir et allez visiter ce coq magnifique. Le seul bémol que j'y trouverais ? Ce n'est pas hyper confortable. Mais ça ajoute à l'ambiance, les tables sont très proches, on a bien rigolé avec nos voisins et c'était tout à fait sympathique d'être dans une ambiance d'apéro détendu en mangeant ces merveilles qui auraient pu être servies dans un restaurant avec nappes en tissu et serveurs en livrées. Je préfère le joyeux bordel du lieu qui le rend encore plus sympathique.

 
 


Conques

Autour de Rodez, des centaines, je ne déconne pas, de villages tous plus mignons les uns que les autres, dont plusieurs classés au patrimoine de l'UNESCO avec raison. Sachant que mêmes les causses sont classés, c'est à dire à peu près TOUS les paysages de l'Aveyron, pour vous faire une idée. Mais donc, au milieu de ces paysages, il y a certains villages qui sont encore plus beaux que les autres. Deux exemples, le premier, Conques, près du plateau de l'Aubrac, sur le chemin de Compostelle, sur le bord d'un causse, un abbatiale jaune étonnante entourée d'un petit bourg moyenâgeux particulièrement préservé. En été, attention, c'est la cohue des touristes. Hors saison, vous aurez le plaisir de déambuler dans ce village en pierres pratiquement seuls. Attention, c'est trompeur, même un jour glacial et gris, le seul restaurant ouvert du lieu pourra afficher complet. Je vous conseille l'Auberge St Jacques qui propose des menus locaux et de saison particulièrement soignés entre 19€ et 39€. Ils n'ont pas été très bons pour nous conseiller du vin par contre, mais les assiettes valaient la peine de s'y arrêter. L'ambiance n'a rien de particulier, le service est efficace sans être exceptionnel, mais le rapport qualité-prix est là, nous nous sommes régalés.




Villefranche-de-Rouergue

Autre bourg classé, Villefranche-de-Rouergue est un bijou architectural. Une place centrale, des rues étroites tout autour qui constituent au final un lieu qu'on dirait totalement protégé de l'extérieur. C'est vraiment vraiment très mignon, j'aurais eu envie d'y marcher des heures (et de prendre des milliers de photos) et j'ai définitivement envie d'y retourner. D'autant qu'un des coups de coeurs gastronomique de mon séjour se situe au coeur de la ville : Chez Lucien.



Un petit restaurant sous des arcades, devant une place, qui doit être archi-bondée en été. Hors saison, c'est magnifique. En entrant, de vieilles tables en bois, de la toile cirée colorée façon chemin de table, une mise en place entièrement dépareillée (nous avions six verres différents sur la nôtre). Partout des petites touches maison qui en font un lieu particulièrement chaleureux avant même d'avoir rencontré la patronne, qui assure le service avec un sourire jusqu'aux oreilles et une telle chaleur qu'on a envie d'en faire une amie dès la prise de commande. Un menu unique à 17€ pour entrée-plat-dessert. Trois propositions en entrée, deux en plat, trois en dessert. Nous avons choisi des terrines, une aux noix et une au roquefort, servies là encore sur des assiettes dépareillées, avec des portions plus que généreuses. Une cuisine terroir familiale qui ne l'empêche pas d'être très bien réalisée, précise sur les cuissons et les assaisonnements. En plat, une tranche de veau façon blanquette et une caille farcie pornographique accompagnées de purées nous ont régalés. Et j'ai adoré le regard satisfait du chef qui a vu mon assiette de caille revenir en cuisine avec un petit tas d'os parfaitement nettoyés. En dessert, un incroyable fromage blanc de brebis accompagné d'un miel local. Je n'en ai jamais mangé d'aussi bon, crémeux, goûteux, épais, et pourtant si léger sur la digestion, une révélation. Si vous allez à Villefranche-de-Rouergue, ne ratez pas ce petit bijou de chaleur humaine et de mise en valeur du terroir pour des prix tout minuscules.

 


Le Larzac

Je pourrais vous parler de centaines d'autres villages, ou des très belles tables étoilées de la région, mais non, mon dernier et plus grand coup de coeur a été le mythique plateau du Larzac. Je ne m'attendais pas à être autant éblouie par ce paysage époustouflant. Ce plateau est plus précisément le sommet d'un causse un peu plus large que les autres, il est entouré de vallées étroites tout à fait charmantes également, mais le plateau en lui-même est à part, il ne ressemble pas au reste de l'Aveyron. En été ce doit être caniculaire, quand il y a du vent ça doit être particulièrement violent. A première vue on le dirait vide, quelques habitations, quelques minuscules bourgs, mais partout des signes indiquant des fermes-gîtes, des producteurs bios de viande (ovine), fromages, huiles et condiments, herbes aromatiques, etc. Si un jour je dois m'éloigner pour écrire quelques mois, j'aimerais m'y retrouver bloquée au printemps pour y marcher sans but à travers champ et découvrir ces adresses petit à petit. Dans un des bourgs principaux, La Cavalerie, nous nous sommes arrêtés par hasard au Café de la Poste (qui est également un hôtel).




Le hasard fait parfois bien les choses. Dans une salle à manger sans prétention malgré ses nappes en tissu, on nous tend un menu où chacune des propositions me fait saliver, c'est mal parti. D'autant que le serveur est plus que sympathique façon regarde-moi-encore-une-fois-avec-tes-yeux-bleu-turquoise-et-tes-bras-de-rugbyman-et-je-lâche-tout-pour-élever-des-brebis-ici, il a approuvé mon choix de tête de veau en entrée, joue de boeuf en plat et fromages au lieu du dessert (il faut ce qu'il faut pour séduire l'autochtone), nous a conseillé des vins locaux particulièrement gouleyants, a répondu à nos moultes questions concernant la provenance des vins, des viandes et des fromages avec un énorme enthousiasme pour notre curiosité en nous amenant même des prospectus des producteurs locaux qui sont apparemment plus ou moins tous ses potes. Je suis ressortie de là plus qu'enchantée, avec une seule envie : y revenir, dès que possible. Rien que pour son plateau de fromages, ou ses vins, ou son charisme, ou sa joue de boeuf, ou sa tarte au caramel. Ou juste pour cette impression d'être véritablement dans un lieu où le mot terroir n'a jamais perdu ses lettres de noblesse, et que c'est tellement évident qu'il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes. C'est évidemment local, évidemment de saison, pour la simple et bonne raison que c'est ce qu'il y a de meilleur, de plus simple et de plus franc.


Que ramener de l'Aveyron ?

De la tomme fraiche pour faire de l'aligot chez vous après avoir appris la recette, du roquefort, évidemment, du foie gras, de la graisse de canard, du magret de canard séché ou fumé, des terrines de campagne, du Pastis des Homs, du fromage blanc de brebis, etc.

Vous trouverez tous ces produits directement dans certaines fermes, au marché de Rodez, ou simplement aux Halles de l'Aveyron à Rodez, coopérative fermière qui regorge de merveilles, qui permet de tout mettre sous vide pour voyager à des prix affriolants pour les clients et justes pour les producteurs. Sachez que l'on peut également y manger, le midi, on m'en a dit le plus grand bien, c'est sur ma to-do-list pour mon prochain séjour, avec une visite de Roquefort, de Figeac, du Parc des Cévennes, de Laguiole et du plateau de l'Aubrac, et un retour indispensable dans le Larzac.


6 commentaires:

  1. Oh mon dieu, tu me donnes faim, c'est terrible !
    j'ai des souvenirs extraordinaires du Larzac mais qui datent du milieu des années 70 (!), est-ce que ça existe encore les cabanes de cantonnier à la croisée des routes où l'on mange fantastiquement bien pour 3 fois rien ? (Mon père à toujours su dégoter les bons bistrots, c'est avec lui que j'ai appris...)

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    1. C'est fort possible que ça existe encore l'été. L'hiver énormément de trucs sont fermés... Mais vu les produits de la région, les petits bistrots du coin proposent souvent des menus hallucinants pour 3 fois rien !

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  2. 1. J'ai faim
    2. J'ai envie de prendre la voiture et d'y aller !

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    1. Si un jour j'ai 3 mois pour écrire un projet : je m'installe dans le Larzac pour le faire. Tu adorerais certainement !

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  3. Je me réveille, j'ai un peu de retard dans la lecture de ton blog. L'Aveyron, c'est chez moi. Enfin à moitié.Mon grand-père y est né en 1875, ma grand-mère quelques années plus tard. A l'époque ce n'était pas drôle du tout, ils étaient incroyablement pauvres et tous les jeunes montaient à Paris pour trouver du boulot. Comment je suis arrivée à Genève deux générations plus tard est une autre histoire.
    Mes parents ont fini leurs vieux jours près de Millau, côté sud. Quand j'allais les voir, il m'arrivait de rentrer par le centre de la France puis Lyon au lieu de prendre l'autoroute.
    J'adore le plateau du Larzac. Se souvenir que dans les années 70 l'armée française voulait se l'approprier pour en faire une immense place d'exercice. Il y a eu de la résistance. Finalement c'est sous Mitterrand que le projet a été abandonné. 25 ans de lutte tout de même. Zont la tête dure les auvergnats (mon époux confirmerait).
    Et non le plateau n'est pas caniculaire en été, il y a toujours un peu de vent et on est tout de même à presque 800 mètres d'altitude. Par contre en hiver il peut être carrément glacial.
    La prochaine fois que tu y retournes tu vas aussi voir le cirque de Navacelles, un petit tour dans les gorges du Tarn, et bien sûr Aurillac. La ville n'a rien de spécial, sauf qu'il y a à l'entrée un magnifique magasin qui ne vend QUE du Cantal et du Salers. De différents producteurs, de différentes maturations, un paradis. D'autant que je ne mange ni viande ni poisson. Alors le Salers, je me damnerais pour en manger.
    Et tu peux faire un saut à Saint-Flour, atteignable avec un mignon train depuis Aurillac.. 10 minutes de marche, et il y a une très très jolie église avec un Christ noir en ébène, assez unique je crois.
    Sweet dreams

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