vendredi 6 mars 2015

CSI: CYBER, la recette idéale du navet flamboyant


Vous connaissez tous la série CSI (aka Les Experts), et vous savez même tous ce que ces trois lettres veulent dire : Crime Scene Investigation. La première en date, rebaptisée depuis CSI: Las Vegas a mis la médecine légale et les investigateurs scientifiques à la mode, malgré des procédés décrits totalement absurdes, ou irréalistes, ou les deux. Cette série, qui en est à sa quinzième saison, a fait des petits a produit des spin off : CSI: NY et CSI: Miami (et les fameuses lunettes noires de David Caruso). Dans chacune d'entre elles, une équipe de spécialistes sous les ordres d'un chef autoritaire mais juste et surtout charismatique, résolvent des crimes absurdes complexes par des méthodes qui le sont tout autant. Même structure d'épisode partout, mêmes très légers conflits humains entre les protagonistes, le but est de tenir sur la durée, il ne faut pas trop développer... En ce merveilleux mois de mars 2015 a débuté le dernier opus de la série de séries de Brubru (aka Brukheimer pour les intimes) : CSI: CYBER. Oh oui, cyber. Joie, bonheur, hipsters et chatons égorgés faux maping 3D interactif, tout y est pour 50 minutes de bullshit fulgurant où l'on parle de hackers et de code sans savoir ce que c'est. Bonheur je vous dis, enfin, pour les amateurs de navet, qui vont néanmoins s'ennuyer très vite, je prédis dès le 4e épisode. 


J'ai regardé le pilote en entier, sans faillir, pour vous livrer la recette du navet flamboyant. Il suffit de suivre les étapes suivantes : 

  • Parler d'un sujet à la mode à propos duquel vous et votre équipe de scénaristes n'avez AUCUNE connaissance.


Pour ce faire, n'hésitez jamais à utiliser des mots, des univers et des technologies dont vous n'avez aucune idée, sans jamais prendre la peine de vérifier, et en en faisant des tonnes. Dans un monde "cyber", il faut que les mots hackers, dark net, cyber, code, malware, ou même simplement online, Internet et conected soient utilisés le plus souvent possible à chaque épisode.
Les technologies décrites doivent être complexes et non détaillées, mais chaque personnage doit comprendre de quoi il s'agit.
N'hésitez pas à en rajouter des tonnes tant dans l'émotion que dans les gadgets, cela vous permettra ensuite d'évoquer le fameux second amendement degré pour vous défendre des critiques négatives.


Tous ces écrans doivent certainement vouloir dire que ces gens sont très connectés,
c'est bien connu, les très connectés sont toujours en train de regarder
plusieurs chaînes d'informations à la télé.
Ceci est une cybermain, qui enlève une cybercarte d'une webcam,
parce que c'est bien connu, pour hacker une webcam,
il faut enlever sa carte, seule qui enregistre. What?
Ceci est une cybercaméra boule qui permet à James-Dawson-l'homme d'action d'être utile dans la scène.
Elle est verte parce que plus les gadgets espions sont visibles, plus ils sont efficaces.
Ceci est du code, tu as vu, c'est compliqué hein, tu te rends bien compte maintenant
qu'on sait de quoi on parle petit spectateur stupide, alors arrête de réfléchir, merci.
Non, on ne va pas vraiment l'utiliser dans l'épisode, n'aies pas peur,
un mec assis derrière un ordi c'est pas très sexy, d'ailleurs on travaille tous debout.

  • Utilisez des effets visuels avec pleins d'écrans et des couleurs vives (ce qui fonctionne pour les bébés, fonctionne pour les téléspectateurs de CBS)


Pour chaque déplacement, visualisation "scientifique" ou "technique", paf, un machin en couleur qui bouge. N'oubliez pas de mettre des grands écrans partout, de montrer des personnages très très très concentrés sur ce qu'ils regardent et d'utiliser des gadgets "hitech" amenés dans des grandes valises métalliques (n'oubliez pas que vous être un flic scientifique avant d'être un cyber flic).


Je vous montre trois corps, mais en fait un seul, mais en fait des cicatrices,
que j'aurais pu vous décrire par téléphone, mais on est des cyberflics,
alors on comprend mieux comme ça, et puis c'est joli, non ?
Attention, un gros plan de code avec le mot malworm dedans, ça fait peur hein ?
Bonjour, je traque un cybercriminel avec une manette de console de jeu. Bonjouuuur Jerry.


  • Utiliser des personnages faciles à mettre dans une case et à reconnaitre.


Une cheffe intransigeante envers ses collègues, droguée de boulot (la preuve : à 2h47 du matin elle consulte la météo et un article sur les abeilles sur deux laptops différents en mangeant de la junk food, si ça c'est pas une cyber flic droguée de travail, je ne sais pas ce qu'il vous faut) mais tout de même capable d'empathie, la preuve, elle fait des bisous à un bébé, même si elle n'a pas d'enfants.
Un gros geek barbu avec des lunettes rectangulaires et des tshirts verts rigolos de couleurs vives (non, je ne décris pas quelqu'un que je connais, pas du tout).
Une hipster métis (les métis sont les nouveaux blacks dans les séries, ils permettent de mettre deux minorités dans un seul personnage, trop pratique)  dont ne saura probablement jamais à quoi elle sert.
Un homme d'action qui adore les jeux vidéos, donc évidemment il a sa place dans une cyber équipe (mouahahaha) (ahem) (pleurer).
Un jeune afroaméricain ancien hacker criminel, qui va apprendre le métier avec l'équipe. Oui, parce qu'il faut le savoir, il y a les bons hackers, et les mauvais hackers, la différence principale tient à que ceux qui sont des bons hackers travaillent pour la police. Ah oui, il faut savoir aussi qu'il y a les moyennement mauvais hackers qui parfois aident la police, mais pas tout le temps. (Tout ça en 1 épisode donc, je me réjouis tellement d'en savoir plus sur ces hackers.)
Enfin, un chef de brigade qui amène des bonnes et des mauvaises nouvelles de la direction mais n'est pas vraiment dans l'équipe, mais quand même, il arrive à regarder des écrans en ayant l'air concentré.


The person depicted in this picture is fictitious. Any similarity to a person I actually know is unintentional.


  • Faire du recyclage d'acteurs d'autres séries afin que leurs fans créent votre fanbase qui parlera de tout (coupe de cheveux, nouvelle personnalité, costumes, etc.) SAUF de la série en elle-même.


Ici, un trio de bankable : Patricia Arquette, l'ancienne Medium très populaire incarne la cheffe d'équipe, James Van Der Beek, le fameux Dawson, qui a fait capoter toutes les séries dans lesquels il a été engagé depuis, joue le gros bras fan de jeux vidéos, et Peter MacNicol, connu en particulier pour Ally McBeal et Grey's Anatomy, mais aussi 24 ou Numb3rs, bref, il est l'acteur recyclé type. A ceux-ci vous ajoutez Charley Koontz qui joue le "geek" dans toutes les séries et films qui tentent "le créneau geek" de ces 5 dernières années et hop, vous avez le casting idéal pour que l'on parle de vous, même si votre pilote est complètement raté.




Après ces quatre étapes, choisissez des trames scénaristiques faciles à comprendre et essayez de n'offenser personne, vous tiendrez peut-être quelques années à l'écran en lobotomisant des générations de spectateurs.

Je suis, je suis... je suis une série de Jerry Bruckheimer !




PS : un dernier détail, j'ai trouvé très amusant de voir ces deux écrans se suivre au générique, je vous laisse apprécier. 
(Et pour encore un peu plus de lol, le site de la fameuse cyberpsychologue, si, si, Mary Aiken, je vous laisse apprécier ses connaissances webesque aussi poussées que celles des scénaristes de CSI: CYBER.)


5 commentaires:

  1. Tu m'as beaucoup fait rire, merci !
    Déjà que regarder CSI Miami, pour l'informaticienne que je suis, ça fait parfois se dresser les poils du dos (oui, les informaticiens ont des poils dans le dos ;-))

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  2. Ca confirme mon imperssion en voyant la 1ere image et le casting. Merci pour l'économie de bande passante :-)

    @lasemainedunegourmette: pour les poils dans le dos, ca doit être toi (insère un smiley anglique ici). J'suis aussi informaticien et mon dos est imberbe (normal? parfait?) :-D

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  3. Chez moi c'est les poils du rire qui se dressent (o oui encore des gros plans de code)
    #gangDesInformaticiennesPoiluesOuPas

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  4. Cet ultime spin off revient un peu à traire une vache morte...

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