mercredi 25 novembre 2015

Les nouvelles séries de Super Héro(ïne)s


Depuis 3 ans, un nouveau genre de série de super-héros a vu le jour. La première du genre était Arrow, en 2012. Si son commencement était kitchissime, elle était suffisamment soignée visuellement pour que je ne l'abandonne pas. Et j'ai bien fait, car le ton a changé, du super-héros viril, fort, habile, qui veut à tout prix sauver tout le monde, surtout les femmes parmi ses proches, on est passé à une bande de justicier, qui fait la part belle aux femmes (3 justicières pour 2 justiciers) et dont le cerveau, Felicity Smoak, est une ingénieure en informatique qui n'a pas oublié d'être particulièrement jolie, sexy, blonde, mais est surtout extrêmement brillante, talentueuse femme d'affaire, et libérée sexuellement. Avouez que ce n'est pas le genre de personnage que l'on s'attend à voir normalement dans un objet culturel sur le thème des super-héros où les univers sont, enfin étaient, des apologies de la force masculine avec des demoiselles en détresse.



Dans le même univers que Arrow, a ensuite été lancée The Flash (2014). C'est une autre ville, mais les deux séries interagissent régulièrement. Félicity visite plusieurs fois le laboratoire géant de Central City, où l'on retrouve une autre scientifique brillante (et jolie), Dr Caitlin Snow, qui fait partie des cerveaux de l'opération de The Flash. Autour d'elle, deux autres "cerveaux", masculins, le super-héros et un flic. Serait-on ici dans un cas de Principe de la Schtroumpfette ? Non, car si on observe le reste du casting, il y a d'autres femmes, toutes indépendantes, fortes, avec des jobs intéressants qui les passionnent, comme Iris West la journaliste et amie d'enfance de Barry aka The Flash.


Ces deux séries se ressemblent, d'abord parce qu'elles viennent du même éditeur DC Comics (par oppposition à Marvel, les deux historiques fabriques de super-héros), ensuite et surtout parce qu'elles ont été créée par les mêmes personnes : Greg Berlanti, Marc Guggenheim et Andrew Kreisberg. Vous ne connaissez pas ces noms, c'est normal. Sachez juste que Berlanti était aussi parmi les scénaristes de Dawson's Creek. Et qui y avait-il dans Dawson's Creek ? Des rôles féminins complexes, des personnages intelligents, très différents les uns des autres, souvent bien plus subtiles que leurs contreparties masculines.


La dernière en date, Supergirl, est sortie au mois d'octobre (2015). On retrouve Berlanti aux manettes et les critiques s'accordent déjà à la trouver féministe. C'est difficile de faire autrement, toute la thématique de la série tourne autour du fait que Supergirl veut s'affirmer sans l'aide de son cousin, Superman. Rien que son nom, donné par une rédactrice en cheffe (incarnée par Calista Flockhart à la peau floutée c'est très étrange), lui pose un problème, pourquoi "girl" face à "man", pourquoi devrait-elle subir cette infantilisation ? Dans le premier épisode elle s'interroge aussi sur sa jupe, avouez que ce n'est pas le plus pratique pour voler. Et plus les épisodes avancent, plus les questions féministes deviennent une préoccupation constante de la super-héroïne. Ajoutons qu'en plus d'elle et de la rédactrice en cheffe, d'autres personnages féminins bien trempés sont présents et que les personnages masculins font plutôt de la figuration.


La même équipe va lancer, en 2016, Legends of Tomorrow, dans le même univers, avec des personnages qui apparaissent déjà dans les séries Arrow et The Flash. Je parie ma culotte sur le fait que les personnages féminins seront non seulement très présents, mais surtout complexes et bien écrits.


Une autre série DC Comics, par un autre créateur, est sortie en 2014, la sombre et très visuelle Gotham, où on découvre le jeune Bruce Wayne avant qu'il ne devienne Batman, le flic Gordon, avant qu'il ne devienne le chef de la police, et surtout tout une galerie de personnages hétéroclytes avant qu'ils ne deviennent les icônes que l'on connaît : le Pingouin, Catwoman, le Joker, Poison Ivy, Two Face, Mr Freeze, etc. Ici encore, alors que l'histoire de base ne fait pas la part belle aux femmes, à part à leur plastique, la série prend le contre pied. Les rôles féminins sont passionnants, forts, complexes, riches, très divers. Elles peuvent être stupides ou brillantes, indépendantes ou vénales, jeunes ou vieilles, violentes ou apeurées, blanches ou noires. Mais aucune n'est faible. De toutes les séries citées ici, c'est la seule qui a un véritable intérêt cinématographique et scénaristique, les autres ne sont que moments de détente un peu poussifs, mais n'est-ce pas ce qu'on attend principalement d'une série qui tourne autour des super-héros ?

Ce sont donc pas moins de 5 séries en 3 ans, issues des personnages de DC Comics, qui inversent la tendance habituelle machiste de ces histoires inventées il y a plusieurs décennies et réinventées en version actuelle avec des personnages féminins nombreux, divers, passionnants et forts. Quel pied de voir ça, quel pied de savoir que les gamins d'aujourd'hui, qui vont probablement avoir droit aux rediffusion de ces séries sur les chaînes francophons dans quelques années, vont grandir avec des exemples de personnages forts et complexes des deux sexes. Nous on avait Veronica Mars, certes, mais elle était bien seule.


Chez Marvel, moins de projets, mais celui qui vient de sortir, Jessica Jones, tabasse tout ! Cette anti-héroïne de mauvais poil, intelligente et à la force physique démesurée, qui ne cherche pas à être moulée dans une combinaison de cuir archi-sexualisée mais se balade en hoodie informes, caractérielle, ayant abandonné ses ambitions de super-héroïne pour devenir détective privée, est tout un poème. Incarnée par Krysten Ritter et sa parfaite moue boudeuse et désabusée (qui d'ailleurs jouait dans Veronica Mars), Jessica Jones est une héroïne comme je ne crois pas en avoir vu à la télé auparavent, elle est cynique, elle boit, elle baise, elle ne s'en excuse pas. Et le méchant est le délicieux David Tennent.

Je n'aimais pas les univers de super-héros, je sais maintenant pourquoi, je manquais de point d'identification face à ces mâchoires carrées rasées de près. Depuis 2012, les univers "super-héros" renversent la balance et offrent parmi les plus intéressantes, diverses, puissantes et complexes représentations féminines du petit écran, et ça fait un bien fou !


(Allez, encore un petit effort avec des personnages gays, ethniquement plus diversifiés et quelques handicapés qui soient aussi héros que les autres et on aura sauvé la télévision !)

1 commentaire:

  1. Depuis quelques années, il y a eu quelques personnages gays dans certains comics... reste plus qu'à les adapter. J'espère que ça arrivera assez tôt !

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