Gros plan

18/01/2023

Les musées de Rodez

 


La mère de mon mari habite à Rodez, nous y revenons donc régulièrement. En 2015, nous avions un peu bourlingué dans la région et je vous avais proposé trois adresses culinaires, à Rodez, sur le causse du Larzac et à Villefranche-de-Rouergue. Cette fois-ci j'ai envie de vous parler des musées. Grâce à un pass à 11€, il est possible de visiter les trois musées de la ville durant 28 jours. Le Musée Fenaille, archéologie et histoire, le Musée Denys Puech, beaux-arts et art contemporain et le fameux Musée Soulages, entièrement dédié à l'oeuvre du peintre natif.

À ma grande surprise, c'est le Musée Fenaille qui m'a le plus intéressée. Je suis réticente face aux musées d'archéologie car une muséographie et une lumière intelligentes sont indispensables à rendre les beautés du passé. Quand ce n'est pas le cas, on peut être face à un joyaux de l'ingénierie humaine sans pouvoir s'en rendre compte, même en lisant chaque cartel (ce qui m'ennuie profondément). La muséographie de Fenaille m'a séduite dès la première oeuvre. 

En commençant au 3e étage, on descend dans l'exposition comme on se rapproche du présent. Le musée a une partie d'architecture très récente accolée à un ancien hôtel particulier avec une magnifique cour intérieure, cette particularité ajoute au charme indéniable du lieu.

Au troisième étage, on découvre des statues-menhirs. Je n'avais aucune idée de ce que c'était et je suis restée bouche bée face à ces personnages énigmatiques. On reconnait facilement les attributs (visage, corps, habits et outils) gravés dans ces pierres, le reste n'est pour l'instant qu'hypothèses. Les spécialistes du sujet ont délimité les plages géographiques européennes où ces statues-menhirs ont été retrouvées, mais il n'y a aucune explication sur leur usage. Ce qui me ravit, car ça nous permet de les inventer. Et c'est appréciable que quelque chose d'un passé aussi lointain (entre 3300 et 2200 avant JC) ne soit pas lié (selon les connaissances actuelles) à la religion, mais ait tout de même été conservé. (Ou plutôt retrouvé, déterré et choyé dès le XIXe.) C'est la plus grande collection d'Europe, avec 17 statues-menhirs, extrêmement bien mises en scène dans des carrés de la terre rouge locale. Des reproductions ont été placées là où les originales se trouvaient. (Un de ces parcours suit les bords du causse du Larzac, ce lieu est définitivement magique.)

Comme je suis arrivée seule dans cette salle, j'ai eu le temps de tourner autour de chacune de ces statues à mon gré, avant que le gardien du jour ne vienne apporter des précisions appréciables. Par exemple le fait qu'il y a des représentation d'hommes, de femmes, et des statues non genrées. Il m'a aidée à repérer les visages et les différents outils, ainsi que les gravures dont on ne connait pas la signification. Et c'est très bien ainsi. C'est ce qui m'a plu : on ne sait pas. Ce qui n'empêche pas de les trouver très belles, et fascinantes.

En descendant dans les étages, on retrouve évidemment de l'art religieux, de très belles choses dont deux très grandes tapisseries que j'ai pris beaucoup de plaisir à détailler. (L'art textile me plait quelque soit la période historique, on ne se refait pas.) Ainsi qu'un retable dont l'envers comporte une impressionnante peinture en noir et blanc. Aujourd'hui nous avons l'habitude de pouvoir passer de la couleur au noir blanc en un clic ou un filtre, mais imaginez le talent qu'il faut pour peindre en noir et blanc quand tout ce qu'on connait est en couleurs. 

La dernière surprise réjouissante se trouve au rez-de-chaussée où l'exposition Rolling s'amuse avec l'inventeur fictif de la "cinélithique", la science du mouvement des pierres donc. Avec des machines, des pierres, des illustrations et des citations merveilleuses. 

Je ne pensais pas être si friande d'humour géologue. La dernière fois que j'avais autant gloussé dans un musée c'était quand Plonk&Replonk s'étaient glissés au musée de la Poste

Tout est très bien expliqué, éclairé, mis en valeur. C'est un musée calme et beau. Une parfaite occasion de se mettre à l'abri des rigueurs de l'hiver ruthénois. 

Quelques jours plus tard, un jour à la météo qui n'aurait pas effrayé un White Walker, nous avons tenté le Musée Soulages. Son architecture est polémique avec ses grandes façades en fer rouillés, ce quadrilatère plat détonne avec son environnement. Moi j'adore, mais je peux comprendre qu'on déteste.

Le musée est entièrement consacré à l'oeuvre de Pierre Soulages. De ses débuts, où l'on nous montre ses expérimentations avec différentes techniques et matériaux. Pléthores de photos de l'artiste et quelques ouvrages également. 

Mais ne nous leurrons pas, si nous venons voir du Pierre Soulages au Musée Soulages, c'est pour se plonger dans les Outrenoirs. Ces fascinantes toiles noires qui attrapent et déforment la lumière. C'est un sans faute sur l'exposition de ces oeuvres-là, avec un éclairage idéal car pensé pour elles, qui permet d'en découvrir toutes les nuances, de très près et de loin grâce à la taille des salles. Les murs, plafonds et sols sombres, aux textures subtiles, sont parfaites pour saisir la puissance de ce qu'il a produit. 

Si vous aimez tourner autour d'un tableau, vous en approcher et vous en éloigner et pouvoir faire toute une exposition sans lire aucun cartel (car ils ne comportent que date et taille anyway), c'est pour vous. Si l'idée même de la texture d'une peinture abstraite vous ennuie, fuyez.

Après les salles des Outrenoirs, en ce moment il y a une expo temporaire sur les architectes du lieu. C'est pédant, égocentrique, avec des citations faussement philosophiques toutes nazes. J'ai ri et je me suis barrée.


Malheureusement, nous n'avons pas eu le temps de visiter le Musée Denys Puech cette fois-ci, je viendrai finir cet article quand ce sera le cas.

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