mercredi 3 février 2010

Jane Campion

The Piano (Jane Campion, 1992)

J'ai toujours eu énormément de mal à répondre aux questions du genre 10 films ou 10 romans préférés, même si on fait des catégories de genre plus précises, qui permettent donc de faire plusieurs listes. A chaque fois que j'essaye je me rends compte à quel point j'en oublie ou à quel point un "top 10" peut être représentatif d'un instant particulier mais non des goûts et aspirations d'une vie entière. Il n'est pas plus facile de répondre sous la forme de 10 auteurs ou réalisateurs... mais à chaque fois que j'essaye, je suis atterrée d'y mettre immanquablement moins de femmes que d'hommes. Quand on lit ce genre de top 10 (sur les réalisateurs), les femmes sont d'ailleurs souvent carrément absentes.

Holy Smoke (Jane Campion, 1999)

Peut-être est-ce pareil dans votre top 10 personnel, et j'aimerais vous parler de Jane Campion qui vous permettra peut-être de féminiser votre liste comme elle féminise la mienne. Je suis sa carrière assidûment depuis de nombreuses années. Elle a été célébrée mondialement avec sa Palme d'Or en 1993 pour le sublime La Leçon de Piano (The Piano, 1992) où l'on pouvait frémir aux côtés de Harvey Keitel et Holy Hunter. Harvey Keitel également présent dans le troublant Holy Smoke (1999), sorte de huis-clos dans le bush australien (dont est originaire Jane Campion d'ailleurs) pendant la cure de "désintoxication mentale" de Kate Winslet menée à main de maître par cette acteur qui lui, sans doute aucun, figure dans mon top 10 des acteurs mâles qui me font mouiller ma culotte.

In the cut (Jane Campion, 2003)

Les films les plus connus de Jane Campion sont également les plus récents, on peut citer In the Cut (2003) (j'aime énormément le jeu de mots du titres entre "dans la fente" et "entre deux séquences ou images" -en langage de montage) et sa fameuse scène de fellation qui a fait couler beaucoup d'encre et The Portrait of a Lady (1996) -que je n'ai pas encore vu- qui ont permis à Meg Ryan et Nicole Kidman de montrer de la subtilité dans ces rôles féminins puissants et complexes que la réalisatrice sait si bien construire.


An Angel at my table (Jane Campion, 1990)

Mais les films qui m'ont le plus touchée et marquée sont plus méconnus. Un ange à ma table (An Angel at my table, 1990) est tiré de l'autobiographie de Janet Frame, auteure Néozélandaise, rousse, à la personnalité originale et fantasque, à une époque où ces qualités n'en sont pas et dont les préjugés violents vont la mener à une vie de rejet et d'incompréhension... et dont le mauvais diagnostique de schizophrénie va l'obliger à subir plusieurs électrochocs. L'actrice Kerry Fox y est impressionnante de vérité. Ce film est un chef d'oeuvre.



Dans Sweetie (1989) qui nous conte l'histoire de deux soeurs, Jane Campion creuse également les question de la psychiatrie, de la marge, du passage à l'état de femme. Ces deux films, et The Piano, m'ont convaincus de l'énorme talent de Jane Campion. Elle est de ces réalisateurs qui savent créer un univers avant de raconter une histoire, poser une ambiance pour ancrer les personnages avant de les faire dialoguer. Et elle offre une constellation de personnages féminins hauts en couleur trop rares dans ce médium trop souvent masculin. Dans tous ces films, elle construit des personnages féminins complexes, entiers, volontairement originaux et refusant la norme, quelles que soient les époques auxquels ils appartiennent. Des actrices fortes et magnifiques, ce qui est leur point commun, car Jane Campion nous fait voir des femmes grandes, menues, rondes, rousses, blondes, brunes, enfants, adolescentes, adultes. Et Jane nous montre également des hommes, des hommes à l'égal des femmes et qui se considèrent comme tels.

Bright Star (Jane Campion, 2009)

Sur les écrans, on peut actuellement savourer Bright Star où Jane met à nouveau en image la vie d'un auteur, John Keats, un homme donc, mais Jane Campion fait de la femme qu'il aime l'héroïne et le personnage principal. Les costumes et les décors, le cadrage et la lumière, tout se conjugue pour nous faire ressentir cet état particulier qu'est le romantisme. Mais pas le romantisme hollywoodien façon comédie romantique et happy ending, non, le romantisme façon poète du XIXe siècle. On pense à l'impressionnisme, à Manet, à Beaudelaire, à Rimbaud. On retrouve la douceur bucolique, et la rousseur clin d'oeil, des premiers films de Jane Campion. Ben Wishaw incarne avec brio John Keats et m'a fait frémir et mouiller ma culotte avec ses yeux emplis à la fois d'une tendresse infinie et d'une mélancolie sublime. Mélancolie définie par Victor Hugo comme "du bonheur d'être triste", définition qui pourrait ici s'appliquer à cette leçon d'amour romantique. On sort du film sur un générique ou est déclamé Bright Star, poème phare de Keats, moment privilégié où -malgré quelques mouchoirs trompettants- toute la salle vibrait en silence jusqu'au dernier mot.

Ben Whishlaw, sublime

Bref. Je vous encourage vivement à découvrir les films que vous ne connaîtriez pas encore et vais m'empresser de m'offrir The Portrait of a Lady et The Water Diary que je n'ai pas encore vus.


Edit :  j'ai vu The Portrait of a Lady, et malgré une Nicole Kidman qui fait tout ce qu'elle peut, des acteurs qui l'entourent absolument fabuleux et de très belles images, j'ai trouvé ce film atrocement vide et particulièrement ennuyeux. Il en fallait bien un qui fasse exception, c'est celui-ci.

4 commentaires:

  1. J'avais adoré Un Ange A Ma Table. Probablement un des films les plus violents que j'ai vu, avec Sonate d'Automne, de Bergman.

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  2. Effectivement, violent est le mot, mais c'est ce que j'ai ressenti également pour The Piano et In The Cut.

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  3. Ah, cafouillage Netvibes oblige, j'avais raté ce post. Et je sens que je vais rater Bright Star, ce qui m'agace carrément, car Jane Campion me manquait. Sweetie et Un ange à ma table sont de ces œuvres qui m'ont marquée et touchée, plus que La leçon de piano d'ailleurs.

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  4. J'espère que tu auras l'occasion de le voir, même sur petit écran !

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