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02/03/2026

Cabale de Sandrine Goeyvaerts

 

Quand Sandrine m'a dit "mon petit céleri, j'ai une super idée, je crois que je vais écrire un polar" je n'ai pas été surprise. Je connais déjà sa plume acérée dont je suis fan. Jusqu'ici, elle l'a plutôt utilisée dans des essais autour du monde du vin où elle mêlait habilement des informations de fond et beaucoup d'humour. Dans sa newsletter aussi, où elle se laisse aller à être "hors sujet" et me fait hurler de rire avec l'absurdité fabuleuse de ses notes de bas de page et son mélange de références pointues, absurdes et nazes.

Mais je suis difficile pour les polars, c'est mon style favori, j'ai besoin qu'on me plonge dans un univers cohérent, qu'on me rende curieuse sans que je puisse deviner la suite, que les personnages soient plus épais qu'une feuille de papier et de pouvoir visualiser sans que les descriptions ne ralentissent le rythme. Donc même si Sandrine est mon amie et qu'on partage le même humour absurde, tonitruant, et de la misandrie libératrice, j'avais un peu la trouille.

Et un jour j'ai reçu Cabale et je l'ai dévoré en quelques heures. Et tout y est, tout, pour me plaire. L'humour est parfois absurde, parfois subtile, souvent crétin. Les références passent de obscures à nazes sans complexe. L'univers qu'on découvre par petites touches (le principe de la "Cabale" est expliqué après plusieurs chapitres) est clair, complexe, noir comme il faut. Et la misandrie est la plus libératrice que j'aie lu, et ça fait un bien fou. C'est peut-être cette dernière qui va lui valoir des critiques acerbes d'hommes qui ne sauront pas comprendre tant ils sont bercés par une culture dominante violemment misogyne (ça a déjà commencé).

Mais ce que j'ai préféré ce sont ses personnages. Ses multiples héroïnes (les hommes ne sont que secondaires), têtes de chapitres, prennent chair très rapidement et s'étoffent à chaque présence. Evidemment que j'ai ma préférée, elle organise, elle gère, elle fait, elle ose. Mais celle qui m'inquiétait au début du roman fait le chemin nécessaire pour un final parfait, que j'espérais voir arriver depuis la 2e partie sans vraiment oser y croire. (C'est très très dur de ne rien spoiler.)

J'ai corné plein de pages en le lisant, relevé des phrases hilarantes, des clins d'oeil de Sandrine qui m'ont fait chaud partout et j'ai envie d'offrir ce roman à tellement de copines.

Mais en fait, allez l'acheter Cabale, dévorez le sur une terrasse au soleil (la couverture mérite du soleil), envoyez vos copines l'acheter et envoyez vos compliments à Sand, ma petite rhubarbe.

La dernière fois que j'ai lu un polar qui m'a fait autant plaisir c'était Dead Drop de La Gale en 2025, à qui je vais offrir Cabale, et inversement.

31/05/2025

Dead Drop

 


Lausanne, 2022, énième semi-confinement weird, on entre dans la routine précise de l’héroïne, volontairement en marge du système. Mais à peine le temps de la prendre en tendresse que le rythme s’accélère. Puis se complique et s’accélère encore, jusqu’à ce qu’on arrive au point final. Et merde, il va falloir attendre la suite.

L’autrice c’est La Gale, je pourrais la décrire comme elle décrit son héroïne, petite femme lausannoise qu’on rate facilement tellement son vélo passe vite. Mais ô combien elle ne passe pas inaperçue par contre, surtout quand on est fan.

C’est son premier roman et je trépigne d’impatience de lire la suite alors que je l’ai commencé et terminé cet après-midi. Courrez l’acheter.

Lausanne: certes. Le suspense: haletant. Le rythme: à dévorer. Mes surprises: j’ai tellement ri. Mais ce qui me reste c’est le nombre de thèmes abordés avec une érudition dingue et sans un faux pli. De la géographie humaine et physique romande, au commerce des matières premières, à l’immigration, la gentrification, la paupérisation, la police, le dark web, la drogue, le système social… et j’en passe pour ne rien spoiler. L’autrice a clairement recherchés ses sujets et nous donne l’air de rien des avis tranchés avec brio. 

Je n’ai pas toutefois pas été vérifier si une clé USB sort de la chaussure de la statue du Major Davel.

Lisez-le et motivez-la dans son écriture de la suite!

19/05/2025

Ascendant Beauf

 


Lu en 3h sur une terrasse sans pouvoir le lâcher des mains, le troisième livre de Rose Lamy provoque en moi des réflexions profondes qui vont me prendre du temps.

Après avoir été une de ses très nombreuses lectrices sur son compte instagram Préparez-vous pour la bagarre, j’avais dévoré son premier livre Défaire le discours sexiste dans les médias (2021) dans lequel, avec son style simple et percutant, elle m’a donné des armes très pratiques pour faire exactement ce que son titre promettait. Couplé à l’indispensable Génie lesbien de Alice Coffin qui parle elle de l’intérieur des médias, j’avais deux manuels pour m’aider à déconstruire ces discours que je subissais depuis longtemps sans les voir aussi clairement qu’après cette « formation ».

En bons pères de famille (2023) m’a permis d’affiner mes armes rhétoriques face à celleux qui osent encore des « le féminisme va trop loin ». Toujours aussi facile à lire, il m’a provoqué de nombreux moments Eurêka jouissifs. J’ai aussi été surprise par la manière dont Rose Lamy intégrait son cheminement intellectuel et personnel dans sa réflexion. Cette transparence courageuse donne encore plus de force à cet essai pourtant universel. 

La construction d’un esprit en lutte est un chemin. Le féministe en est un, l’anti-racisme, les luttes pour les droits LGBTIQA+, contre le validisme sont liés et doivent se construire en parallèle. Tout en comprenant nos propres biais profondément ancrés. Mais quand on se pense de gauche, et donc du « bon côté », nos oeillères sur le classisme sont opaques et puissantes.

Dans Ascendant Beauf (2025), Rose Lamy nous parle d’elle, de la diagonale du vide, de gentrification culturelle, et donc de nous.

« Je n’ai pas été convaincue du bien-fondé du féminisme grâce à mes connaissances intellectuelles, mais quand la lutte a débuté sous mes yeux, sur les réseaux sociaux. »

Ne lui en déplaise, son livre sera un excellent point de départ de réflexion du classisme culturel -mais pas que- pour moi. Pour déconstruire mes (nombreux) biais bien sûr. Mais aussi pour penser et panser mes traumas d’auto-dépreciation culturelle. 

Merci Rose.


Je le recommande à toute personne qui s’estime de gauche, qui a des goûts irréprochables, qui parle de terroir et fréquente des épiceries bio, qui pense que les études permettent de réussir ou qui a le privilège de s’autoproclamer décroissante. 

29/07/2023

Kouplan, détective clandestin


Kouplan est un détective privé. Ou plutôt détective clandestin. Car il est aussi immigré iranien, en Suède, sans-papiers. Ce qu'il ne dit pas à ses clients. Mais detective privé, quand on sait se rendre invisible, qu'on a du temps, et des notions de psychologies, c'est l'occupation idéale pour se faire payer au noir, et en cash.

Kouplan est un personnage auquel on s'attache et pour qui on s'inquiète en quelques pages. Pour qui il est, redoutablement intelligent, courageux, avec un sens de la déduction passionnant, et pour ce qu'il subit, en tant que sans-papiers, n'ayant pas d'existence légale, devant attendre 4 ans avant de refaire une demande d'asile. 

Sans pathos mais sans adoucir, c'est cru, réel, froid, il fait faim, c'est sale, tout est sale. Je ne sais pas comment l'autrice, qui dit sur son site que ce qui l'intéresse est la recherche d'identité, a fait ses recherches, mais sa plume nous plonge sans pitié, pour ses lecteurices ou pour ses personnages, dans du réel brutal, avec quelques doses précieuses de tendresse pour respirer avant de replonger sur le froid bitume suédois. Et pourtant, malgré la vie très dure de Kouplan, ce n'est jamais glauque.

Sara Lövestam nous colle à ses basques sans espoir de poser le livre avant que l'enquête en cours, et les péripéties personnelles de Kouplan, ne se terminent. À moins d'avoir le tome suivant à portée de main. 

Je vous écris depuis une pause au milieu du quatrième, où après avoir pleuré de joie, je sors respirer avant de me remettre à suivre Kouplan pour l'affaire suivante qui promet d'être particulièrement dangereuse mais, j'espère, pleine de résolutions. 

Quel est le dernier livre qui vous a fait pleurer de joie ? J'ai du mal à croire qu'il ne me reste plus que 200 courtes pages auprès de ce jeune homme. Dont j'ai suivi la faim, le froid, la peur, l'adrénaline et les succès, depuis 3 livres et demi. Il va terriblement me manquer. 

Si vous aimez les polars, si vous aimez les ambiances nordiques, si vous aimez les personnages qui ne vous ressemblent pas, lisez cette série. (Qui a reçu des tonnes de prix littéraires et est éditée en poche chez Pocket.)

Évitez les 4e de couv. si vous n'aimez pas les spoilers, voici l'ordre de lecture :

Chacun sa vérité, Ça ne coûte rien de demander, Libre comme l'air, Là où se trouve le coeur.

30/05/2023

Le goût Helvetiq

Depuis quelques années, les éditions Helvetiq font un super travail d'édition de livres culinaires locaux. J'en ai toute une collection et je profite des deux dernières publications pour vous recommander mes préférés (attention, ils sont nombreux). Disclaimer : je suis sur leur liste presse, j'ai donc eu le plaisir de recevoir certains des livres dont je vous parle ici. Mais mon avis reste le mien et ils ne savent pas que je suis en train de rédiger cet article.


C'est qui Helvetiq ?

Entreprise installée à Lausanne et à Bâle, j'ai commencé par découvrir leurs jeux. L'histoire est jolie, voulant passer le test de naturalisation suisse en 2008, Hadi, le fondateur, s'est rendu compte que la plupart de ses amis ne connaissaient pas les réponses, et il a eu l'idée d'en faire un jeu. Ce jeu s'est vendu à plus de 40'000 exemplaires. Helvetiq était née. Dans leur collection, il existe aujourd'hui plein de jeux et de puzzle, avec comme spécialité : un design épuré, très coloré, ludique et plein d'humour. Jeux pour adultes et enfants, dans plusieurs langues. Il y a eu ensuite la période des guides de randonnées autour d'un produit, le premier a été le Rando-bière, nouveau succès qui les a motivés à créer des Rando-bière pour plein de régions françaises, allemandes, belges et même le Québec, il y en a aujourd'hui une quinzaine, avec un petit nouveau écrit par la blogueuse Ellen Wallace : Rando-vin. Une merveilleuse manière de découvrir les terroirs et leurs paysages, avant de goûter ce que ces vignes traversées produisent de mieux. Évidemment, j'adore.
Puis est venu le temps des livres de cuisine, enfin je dirais plutôt des livres autour du goût. Que l'on parle Haute Fondue (ou son petit frère Haute Raclette), à des livres mono-produits (le pain, les biscuits, les desserts, l'absinthe, les 26 choses à goûter absolument en Suisse, etc.), et aujourd'hui à des livres de recettes régionales (pour l'instant Vaud et Bâle) ou thématiques (pain, biscuits, desserts, recettes veganes petits budgets). Il y a aussi des tonnes de livres pour enfants, des livres féministes, des livres de randonnées et activités, et plein d'autres choses qui font de leur boutique en ligne une mine d'or pour trouver des cadeaux (il y a également des boutiques en ligne pour la France et la Belgique). En 13 ans, Helvetiq a publié 135 livres, 90 jeux, 50 puzzles, qui sont distribués dans 40 pays. La classe.

01/05/2019

Mes événements gourmands en 2019



Hello tutti,


Vous arrivez à croire que le tiers de l'année est déjà passé vous ? Moi, je n'ai rien vu venir.
Bref, demain c'est le lancement officiel de Lausanne à Table 2019, dont je ne suis plus qu'une membre parmi d'autres. Et je voulais donc vous annoncer en avant-première mes événements autour du goût pour l'année 2019.



VISITES DU MARCHÉ DE LAUSANNE


Après des visites avec les lecteurs et lectrices de ce blog en 2017, j'ai organisé des visites un peu plus formelles en 2018. Je remets le couvert en 2019 avec cette fois-ci des visites thématiques, après sondage auprès de mes visiteurs. Trois thématiques pour sept visites cette année :
  • Visites découvertes : pour celles et ceux qui ne connaissent pas le marché de Lausanne, ou qui n'ont jamais osé se lancer.
  • Saveurs uniques et produits insolites : un tour du monde sans quitter le marché, ce n'est pas parce qu'une saveur est exotique qu'elle ne pousse pas localement.
  • Marché zéro déchet : pour réfléchir à nos habitudes de consommation et découvrir les stands qui font du vrac (sans dogmatisme).




PARTAGE TON FROMAGE



Une nouveauté que je potasse depuis l'hiver dernier. Mes potes m'avaient aussi conseillé le nom "cheese-dating", mais je ne suis pas sûre que tout le monde soit prêt. L'idée est simple : une soirée autour du fromage, où chacun en amène un morceau qui correspond à son caractère. Par exemple : "je suis blanche, j'ai la peau douce et je suis fondante à l'intérieur, alors je vous ai amené du Brie" ou "Moi, mon fromage préféré, c'est un truc super rare qui ne peut s'acheter que chez un cultivateur de cidre normand directement dans sa cave, il me rappelle ma propre personnalité : unique, rare, piquante et puante." (Merci à X. qui m'a soufflé cette description magique). Mais ça peut aussi simplement être "cette feta vieillie en fûts de chênes me rend nostalgique de mes vacances en Grèce".

Bref, on partage chacun un fromage, puis on s'attable devant un plateau de fromage géant et on apprend la découpe des fromages, comme accompagner chacun avec d'autres ingrédients et surtout des boissons, vins mais aussi cidres, bières, etc. Une soirée complète avec des expert·e·s pour faire de vous des fromageophiles professionnels.




RENCONTRE WOMEN DO WINE


Mon gros morceau jusqu'à fin juin, c'est la première Rencontre Women do Wine, une journée À LA RENCONTRE DES FEMMES DU VIN qui aura lieu le dimanche 23 juin, à Paris. Nous avons lancé une opération de crowdfunding avec plein de dégustations partout en France et en Belgique (celles en Suisse sont épuisées), une chouette manière de vous aider et de planifier vos vacances...

Ça va être une journée magnifique !



On se croise au marché, devant un morceau de fromage ou un verre de vin ?




05/10/2018

Amour, djihad & RTT


Cet album de bd m'a fait rire à haute-voix à chaque page. Est-il nécessaire d'un dire plus ?

Ok. Marc Dubuisson est un auteur belge, actif sous le pseudo @unpied sur twitter et instagram pour ses blagues fraiches (il en a un peu plus et il vous le met quand même). Il a déjà commis plein de trucs, toujours absurdes, irrévérencieux, inventifs et dotés d'une dose de crétinerie confortable, ce qui fait de lui un type formidable si vous voulez mon avis.

Ici il s'agit d'amour, sauf que pas du tout, de djihad, mais fait avec les pieds, et pas non plus de RTT car tout se passe au 8e étage d'une tour de bureaux de fonctionnaires.

Donc oui il y a des blagues sur les photocopieuses, sur les machines à café, sur le gars de l'informatique, des blagues en powerpoint, mais surtout il réussit à se moquer des fonctionnaires, des vegans, des flics, de ISIS, des fonctionnaires, des féministes, des anti-féministes, des consommateurs éthiques, des fonctionnaires, des féministes, des médias, des porteurs de cravate, et j'en oublie certainement.


J'en avais vu des extraits en ligne sur ses comptes ou le compte de son éditeur, la collection Pataquès chez Delcourt. Je savais que j'allais aimer, mais je ne m'attendais vraiment pas à rire autant à chaque page.

Bref, achetez cette merveille, et profitez-en pour acheter La Nostalgie de Dieu, croyez-moi sur parole et mangez-en, c'est bon pour ce que vous avez, ramen.



Et faites-moi plaisir, allez les acheter dans une petite librairie, et s'il ne l'ont pas, faites comme moi : une commande chez HumuS, qui vous coûtera la ridicule somme de 20,10 CHF, parce que c'est tellement classe de pouvoir dire "mon libraire est formidable".


11/06/2018

Le Gourmet Solitaire - la série


Le Gourmet Solitaire est une série de mangas assez connue car dessinée par le fameux Jiro Taniguchi qui a un grand succès en France. Ce sont de courtes histoires d'un homme, vendeur dans l'import export qui parcourt le Japon à la rencontre de ses clients et profite de ses repas pour découvrir des restaurants. Chaque histoire est l'occasion de découvrir un lieu, mais aussi un ou plusieurs plats.

Ce qui est moins connu en Europe c'est que ce héros, Goro Inugashira, a en fait été créé par Masayuki Kusumi (ou Qusumi), scénariste de bd, mais aussi de télévision et cinéma. C'est donc naturellement que Le Gourmet Solitaire (Kodoku no Gurume) est devenu une série télé diffusée depuis 2012 par Tv Tokyo (la plupart des histoires se passent dans les villes autour de Tokyo). La septième saison va être diffusée prochainement.

Je n'avais vu que de courts extraits très mal sous-titrés en ligne et j'étais plus que dubitative. Comment rendre la poésie de Taniguchi en film ? Comment rendre la finesse de ses lignes en noir et blanc dans la vie réelle avec tous ses défauts ? C'était forcément bancal. J'avais tort.

Cette série peut paraître plein d'aspérités : lumière crue, décors bruts, homme d'affaire toujours dans le même costume un peu fatigué. Mais elles disparaissent dès qu'il a faim.

Les épisodes se déroulent selon un canevas identique : il sort de la gare dans une ville, il déambule en allant voir son·a client·e (parfois il en profite pour manger des pâtisseries), après le rendez-vous, en pleine réflexion sur la manière dont il s'est déroulé, il arrive à la terrible conclusion : il a faim.


Cette séquence de quatre images a lieu dans chaque épisode, comme s'il se retrouvait tout à coup particulièrement seul et perdu dans un lieu inconnu. Comme si le faim lui provoquait une angoisse existentielle, et c'est le cas : il va devoir faire un choix, choisir le restaurant de son repas de midi. (Et donc renoncer aux autres restaurants à découvrir dans cette ville, l'angoisse.)

Et c'est là que commence véritablement l'épisode : le choix du lieu, la découverte de l'intérieur du restaurant, la lecture du menu et le difficile choix, l'attente du plat, la découverte du plat, le moment où il goûte, le moment où il mange, voire dévore, le bonheur d'être rassasié par un plat, l'addition et les réflexions pré-digestion.

07/12/2016

Sélection de livres culinaires



L'année dernière, j'avais concocté des listes de cadeaux possibles pour des gourmands exigeants. Cette année, j'ai décidé de ne vous parler que de livres de cuisine. D'abord parce que j'adore ça, ensuite parce que comme j'en reçois régulièrement et que j'en achète aussi souvent, je vais probablement vous en faire découvrir dont vous n'avez jamais entendu parler.

Je n'ai pas acheté de simples livres de recettes depuis longtemps. J'achète des livres plein de personnalités... qui parfois comportent des recettes dedans. J'achète des livres que je lis, de couverture à couverture, pas des livres où je ne reviendrai jamais parce qu'il est plus simple de chercher une recette sur google que dans une bibliothèque. Enfin, j'achète des livres parce qu'ils sont beaux, tout simplement.

Dans cette sélection, les livres ne sont pas tous récents, pas tous en français, pas tous avec des recettes. J'en ai acheté la plupart, reçus certains. Et, pour la première fois, je vais faire des liens amazon affiliés, pour tester mon influence sur vos bibliothèques. Vous êtes prêts ? On y va.

11/04/2016

Bonheurs Gourmands au Chalet-des-Enfants


Fin 2015 est sorti un ouvrage intitulé "Bonheurs Gourmands au Chalet-des-Enfants". C'est un peu un livre de cuisine, car il y a des recettes (une vingtaine), mais c'est aussi et surtout le portrait d'un lieu, l'Auberge du Chalet-des-Enfants, dans les hauts de Lausanne, au milieu des bois du Jorat, qui a 6 siècles d'histoire, c'est enfin le portrait d'une région et des femmes et hommes qui produisent les ingrédients locaux qui composent la carte. 

Et c'est l'histoire d'une équipe, dont Romano Hausenauer est le chef d'orchestre, du Chalet-des-Enfants, depuis plus de 10 ans (et de l'Auberge de l'Abbaye de Montheron depuis 5 ans). C'était l'occasion pour lui d'affirmer son amour de ce lieu, de ses producteurs avec qui il collabore tout au long de l'année et de la cuisine de terroir qui suit les saisons. Pour cet ouvrage il s'est entouré d'une photographe, Magali Koenig, et de deux plumes connues des gastronomes vaudois, David Moginier et Patrick Morier-Genoud.

Ce n'est PAS un "livre de cuisine" traditionnel, dont on lit éventuellement l'édito, et qu'on feuillette en y mettant des post-it plein d'ambition qui veulent dire "je vais définitivement faire cette recette", livre qui finit en général rangé dans une bibliothèque et dont une, voire deux recettes à peine ont été testées, avant qu'on ne l'oublie à tout jamais. Ici, c'est un livre, qu'on lit. Enfin qu'en tout cas pour ma part j'ai lu, de la première à la dernière page, avec grand bonheur. D'abord, l'objet est beau, la mise en page épurée, les images nous plongent dans les saisons, dans les plats, nous présentent des personnes. Ensuite, c'est très agréable à lire, de l'histoire du lieu au déroulé des recettes.

Extraits choisis :

06/04/2016

Deux idées du bonheur



Qui ne connaît pas le merveilleux Luis Sepúlveda ? Ecrivain chilien dont j'adore la poésie, l'humour et la douceur depuis "Le Vieux qui lisait des romans d'amour", ou "Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler" et "Les Roses d'Atacama".

Et Carlo Petrini, vous le connaissez ? C'est le fondateur de Slow Food ! Plus personne n'ignore ce qu'est Slow Food, ce mouvement parti d'Italie qui est devenu mondial en trois décennies.

Quand les éditions Métailié m'ont proposé de m'envoyer un ouvrage rédigé à quatre mains par Sepúlveda et Petrini, j'ai immédiatement accepté. Dès réception, je l'ai lu, d'une traite, avec un très grand plaisir.

Deux idées du bonheur commence par un dialogue entre Luis et Carlo. Je les appelle par leurs prénoms car on a l'impression de faire partie de cette conversation entre eux. J'imaginais une table avec des rebuts de repas, des tasses de café, et moi, qui les écoute, pendant des heures (enfin, en l'occurence une trop courte quarantaine de pages). Cette impression dure pendant toute la lecture du livre. La deuxième partie, Sept idées de futur et le récit d'une île heureuse est écrite par Luis Sepúlveda, la troisième, Sept idées de futur par Carlo Petrini.

Qu'on ces hommes en commun qui rend cette conversation si passionnante ? La sagesse de prendre le temps, l'amour de cette planète qu'ils s'efforcent de comprendre, d'expliquer et de protéger, une passion pour les luttes indigènes, une grande élégance intellectuelle... et la gourmandise du bon produit.

10/11/2015

Get Jiro: Blood and Sushi


Est-il nécessaire de présenter Anthony Bourdain ? Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, cet ancien cuisinier dans un restaurant français réputé de Manhattan, est devenu auteur à succès grâce à Kitchen Confidential, récit fictionalisé de sa vie trash à la sortie de la cuisine, puis présentateur télé avec la série No Reservations, ce qu'il est toujours aujourd'hui pour les séries (géniales) Parts Unknown et The Mind of a Chef dont il est également producteur. Mais ce boulimique d'activité, entre deux voyages, s'est aussi lancé dans le scénario de bd, sa première bd a été un succès gigantesque, plusieurs semaines parmi les meilleures ventes du New York Times. Le deuxième tome, Get Jiro: Blood and Sushi, prequel du premier, est sorti il y a quelques jours, je viens de le dévorer.


Le premier tome s'intitule Get Jiro. L'idée lui est venue un jour où un de ses amis, spécialiste en sushi, lui racontait combien voir des gens tremper le riz de leur sushi dans une piscine de sauce soja où, sacrilège suprême, était dilué du wasabi, lui donnait envie de prendre son couteau pour les trucider.

13/09/2014

BD Fil 2014


Le festival de BD lausannois, BD Fil, a commencé jeudi. J'en ai parcouru certaines expositions hier, visite guidée et conseils pour ne pas rater le mieux du must. D'abord : y aller le vendredi après-midi, je sais, c'est trop tard pour vous, mais notez-le pour l'année prochaine. Le samedi et le dimanche les expos sont bondées de monde (à moins de venir super tôt), le jeudi et le vendredi matin c'est bondé de classes. Le vendredi après-midi on peut voir les expos en toute tranquilité.

Cette année, l'invité star-vedette internationale-créateur de l'affiche-chouchou de tous, c'est Lewis Trondheim. Cet auteur, dessinateur et scénariste prolifique, bénéficie donc d'une grande expo consacrée à son univers. Ou plus précisément à ses univers. Sous forme de labyrinthe, on passe de salles en salles et de collection en collection avec beaucoup de plaisir. D'autant que la muséographie est poilante et bourrée de détails crétins. (J'adore la crétinerie.) Quelques photos pour vous donner envie (comptez plus d'une heure pour faire le tour de Trondheimland, ne ratez pas la salle de projection... et les toilettes).

 
 

13/07/2014

Rayuela


Edit : traducción al castellano

Il y a des livres qui t'apprennent des choses. Il y a des livres qui te font passer un bon moment. Il y a des livres qui te font rire. Il y a des livres qui te font réfléchir. Il y a des livres qui te font pleurer. Il y a des livres qui te donnent des références culturelles. Il y a des livres qui t'ennuient. Il y a des livres que tu ne finis pas. Il y a des livres que tu relis plusieurs fois. Il y a des livres que tu oublies très vite. Il y a des livres que tu n'oublies jamais. Il y a des livres qui te rappellent ton enfance. Il y a des livres qui te font penser à quelqu'un. Il y a des livres que tu as reçus. Il y a des livres que tu offres. Il y a des livres que tu partages. Et puis, il y a quelques rares livres qui te bouleversent à vie.

Rayuela (Marelle) de Julio Cortázar est de ceux-ci.

19/05/2014

La meilleure façon de faire lire un livre, c'est d'en parler.

La meilleure façon de faire lire un livre, c'est d'en parler. Ces quelques mots résument l'esprit de La Pause de Décapage que je découvre à l'instant, mais qui existe depuis 2005. Décapage est une revue littéraire dont j'avais beaucoup apprécié quelques exemplaires quand je lisais du papier des magazines. J'ignorais que La Pause se déclinait également en format web.

L'idée est simple et percutante, une case graphique répétée, un dialogue autour d'un bouquin, entre une personne qui l'a lu et qui essaie de donner envie de le lire à l'autre. Et ça marche, en tout cas sur moi. Pas de grand discours critique, pas de quatrième de couv' qui dévoilerait l'intrigue, même pas d'image de la couverture. Juste le titre, l'auteur, la maison d'édition, le prix... et le dialogue bd.

Exemple avec Souviens-moi d'Yves Pagès ...

En attente de l'aimable autorisation de La Pause de Décapage,
c'est tout petit exprès pour que vous alliez lire chez eux !

... ou avec leur dernière Pause en date, Le Reste de sa vie d'Isabelle Marnier ...

En attente de l'aimable autorisation de La Pause de Décapage, 
c'est tout petit exprès pour que vous alliez lire chez eux !

... deux ouvrages que je vais m'empresser d'aller acheter chez mon libraire. Ce format est magnifique, j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi !

24/04/2014

Qui y a-t-il dans #MyTopTenBooks ?

9 piles extraites du storify #MyTopTenBooks


Je vous ai déjà parlé de #MyTopTenBooks, initiative lancée le 5 avril par Marie Musy, libraire à Oron, reprise le 7 avril sur twitter avec le tag consacré. J'ai compilé toutes les piles de livres taguées avec #MyTopTenBooks dans un storify. Mais ces infos paraissaient bien inutiles uniquement compilées ainsi. C'est alors qu'entrent en piste Martin Grandjean et Yannick Rochat, compères habituels de Pegasus Data, que j'ai harcelés jusqu'à ce qu'ils craquent qui étaient aussi motivés et curieux que moi d'exploiter ces données.

Comment avons-nous procédé ? En prenant comme bases le storify et la page facebook de la Librairie du Midi, du 5 au 15 avril (y compris), nous avons enregistré les auteurs un par un dans un fichier, avec le nom/pseudo du lecteur. Quand ce travail passionnant a été terminé, Martin a nettoyé les données, et Yannick les as triturées (il est mathématicien, ne m'en demandez pas plus et allez lire son billet).
Martin vous parle des liens entre les auteurs, Yannick s'intéresse de plus près aux liens entres les lecteurs et leurs auteurs favoris. Tout ceci étant couvert par les pros qu'ils sont, je me suis dit qu'il fallait sortir du cadre, et j'ai ajouté des composantes genrées, géographiques, historiques et ... de genre. 

Mais d'abord, quelques résultats obtenus, en vrac, parce que ces chiffres me paraissent intéressants :
  • Entre le 5 et le 15 avril, en comptabilisant toutes les piles sur Instagram, twitter et la page facebook de la librairie du midi, nous arrivons à 896 auteurs différents pour 156 piles.
  • Avec beaucoup de lecteurs qui n'ont pas su se décider pour 10 ouvrages, la moyenne est de 9,68 livres par pile.
  • 54 auteurs sont cités 3 fois
  • 26 auteurs sont cités 4 fois
  • 17 auteurs sont cités 5 fois
  • 12 auteurs sont cités 6 fois
  • 7 auteurs sont cités 7 fois
  • 10 auteurs sont cités 8 fois
  • Les 6 auteurs les plus cités sont : Saint-Exupéry (15 mentions), Orwell (13 mentions), Camus (12 mentions), Céline (12 fois), Tolstoi (9 fois) et Boris Vian (9 fois).
  • Ce qui nous fait un total de 125 auteurs qui sont cités au moins 3 fois
  • L'ouvrage "sans auteur" cité le plus souvent est La Bible (4 mentions).
  • Sur tous les lecteurs référencés, aucun ne partage plus de 3 auteurs en commun.

Je vais m'intéresser pour ma part aux 125 auteurs cités au moins 3 fois. Pour chaque auteur, j'ai déterminé son genre, sa nationalité, son siècle et son genre littéraire. C'est ce dont j'ai envie de vous parler, mais ce ne sont que des pistes de lectures que je vous propose. Si quelqu'un voulait interroger le corpus plus globalement ou de manière plus précise, je continue à mettre le storify à jour régulièrement, et nous vous donnons volontiers accès aux données que nous avons compilées.

07/04/2014

My Top Ten Books


La Librairie du Midi à Oron a lancé une jolie initiative sur facebook, l'idée est simple, faire une pile de 10 livres de poches et publier la photo de la pile sur la page de la librairie. Initiative relayée ici par l'excellente Magali Philip qui s'est aussi prêtée au jeu.

Edit : depuis, ce très cher et influent @Munsterma a hacké l'idée en la proposant sur twitter, le tag #MyTopTenBooks est né et ça va à toute vitesse, c'est magique. Du coup j'en ai fait un storify où vous pouvez découvrir toutes les listes taguées #MyTopTenBooks, on attend la vôtre avec impatience.

Edit : vu l'engouement, nous avons fait une analyse des données obtenues en compilant les listes des lecteurs des 10 premiers jours après l'apparition de #MyTopTenBooks



Voici ma pile :
  • Le Choeur des femmes de Martin Winckler : pourquoi ? Parce que.
  • Rayuela de Julio Cortazar : le livre de ma vie. (Marelle en français)
  • Mimosa de Vincent Gessler : parce qu'on oublie souvent à quel point on a des auteurs suisses exceptionnels, ce récit ne ressemble à rien de ce que j'ai lu. Encore Vincent, encore ! (De Vincent, j'ai adoré Mimosa, mais aussi Cygnis.)
  • Le Cuisinier de Martin Suter : encore un auteur suisse, qui nous parle de gourmandise, de tentations, d'épices et d'érotisme. A mettre sur toutes les tables (de nuit).
  • La vagabonde des mers d'Ella Maillard : et oui, encore une auteure suisse, celui-là n'est pas son premier livre, mais il raconte ses premiers voyages, son amour de la voile, sa liberté d'esprit naissante qui n'a fait que grandir, une grande dame, une belle plume, une aventurière, un modèle, une héroïne.
  • Bizarre ! Bizarre ! de Roald Dahl : je ne sais pas combien de fois j'ai lu ce recueil de nouvelles grinçantes depuis mon adolescence, et je ne sais pas combien de fois je les relirai encore.
  • L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde : quand une héroïne peut passer de livre en livre pour régler les problèmes des personnages de roman en tentant de ne pas se faire remarquer par leurs lecteurs, j'en redemande, heureusement, ce n'est que le premier d'une série. Absurde, adictif, jouissif, farfelu.
  • L'Abyssin de Jean-Christophe Rufin : sa plume élégante et voyageuse m'embarque dès les premières phrases à chacun de ses romans, c'est ce voyage-là que j'ai préféré.
  • Meurtres au potager du Roy de Michèle Barrière : polar culinaire historique, et l'auteure sait de quoi elle parle, autant pour l'Histoire que pour l'histoire de la cuisine, je dévore tout d'elle depuis que je l'ai découverte avec ce livre.
  • Motel Blues de Bill Bryson : quand l'auteur, parti jeune adulte vivre au Royaume-Uni, revient deux décennies plus tard dans son Middle West natal et le parcourt avec la veille Buick familiale, il nous offre un regard unique sur cette Amérique que l'on ne connait pas. Son humour ne gâche pas le voyage.

J'ai fait ce top 10 vite, très vite, pour ne pas trop y penser. Rien qu'en écrivant ces courtes descriptions, je regrette déjà de ne pas y avoir glissé d'autres auteurs, d'autres nationalités, d'autres thématiques. Mais je crois qu'il me ressemble, et je suis fière d'y avoir glissé deux femmes (c'est moche non ?), de la littérature latino, anglaise, américaine, suisse, de la littérature de voyage, de la littérature culinaire, des tonnes d'héroïnes (pour sauver la face).

Vous jouez avec nous ? Il suffit de poster votre photo ici ou de poster la photo de votre pile avec le tag #MyTopTenBooks sur twitter, Instagram ou ailleurs.




PS : Si dans ma liste vous aimez la littérature culinaire, j'en ai fait une sélection plus longue, vos suggestions sont les bienvenues !

PS 2 : En fait cet exercice est une torture, 1h après sa publication j'ai commencé à avoir des auteurs et des titres qui me hurlaient contre et me rappelaient combien ils comptaient pour moi, si je devais en refaire une aujourd'hui, elle serait à plus de 60% différente, je n'y oublierais plus "Les Travailleurs de la mer" de Victor Hugo, j'y ajouterais du Asimov ou Robin Hobb, du Supervielle ou du Baudelaire, du Daeninckx ou du Paasilina, du John Fante ou du Charles Bukowski. Bref, une torture. Il ne faut pas trop réfléchir et se dire que c'est l'humeur d'un moment et l'état visuel de nos bibliothèques qui provoque un portrait instantané et forcément incomplet de nos choix littéraires.

07/05/2013

Lab-elle


Bien que n'ayant pas l'intention d'avoir d'enfants, j'ai deux neveux et une nièce (la super-héroïne ci-dessus), et depuis la naissance du premier, la construction de son identité m'a passionnée. Comment, enfant, devient-on un petit garçon ou une petite fille. Est-ce un processus uniquement fixé par des normes sociales ou quelque chose "d'interne" se passe-t-il également ? Ce genre de questions se pose en particulier à chaque occasion d'offrir un cadeau. Les étagères des magasins de jouets ou des librairies sont la plupart du temps abominablement connotés : garçon = (super) héros, guerrier, aventurier, en bleu ; fille = future maman-ménagère, s'occupant des autres, gentille, sage et créative, en rose.  

L'association lab-elle a lancé un label qui garanti que le livre que vous achetez est "attentif aux potentiels féminins". Ils en ont recensé plus de 300 qui offrent une large diversité de "rôles, activités et sentiments non cloisonnés par des stéréotypes" et permettent donc à leurs jeunes lecteurs de construire leur identité de manière plus sereine. 

Si ça vous intéresse, vous pouvez trouver ce label dans 23 librairies et dans 68 bibliothèques en Suisse romande. Si ça vous intéresse encore plus, vous pouvez vous inscrire (gratuitement ou non) au comité de soutien. Si vous n'êtes pas en Suisse, leur catalogue est en ligne.

Mais si je vous en parle aujourd'hui c'est pour une autre raison. Lab-elle vient de lancer la plateforme aussi.ch où j'ai passé quelques heures de lecture. Il est construit sous forme de questions-réponses telles que : "Mon mari n'a pas son permis de conduire, je conduis toujours et pourtant, à l'école, ma fille a dessiné son papa au volant et moi à côté ! Comment ça se fait ?" ou "Les programmes incitant les jeunes filles à suivre des filières scientifiques ont-ils échoués ? N'est-ce pas la preuve que les femmes ne souhaitent pas se diriger, même si on les y pousse, vers des carrières scientifiques ?" (les questions sont évidemment choisies pour choquer ou lancer la discussion). Il y en a des centaines, dont certaines que vous vous êtes tous posés, que vous soyez parents ou child free. Les questions peuvent être choisies au hasard, ou par thématiques (par exemple : publicité et marketing, jouets, sports, biologie, développement des compétences, etc.). Les réponses que j'ai lues m'ont paru extrèmement bien rédigées. Elles peuvent servir à répondre à un enfant mais également à développer une vraie reflexion et prise de conscience chez l'adulte et, pour ceux qui voudraient aller plus loin, propose une bibliographie intéressante.

Je vous invite à aller vous promener sur ces deux sites et à les diffuser autour de vous quand une question de genre se pose, aussi.ch en particulier permet d'éviter de reproduire soi-même des stéréotypes dont nous avons tous et toutes été impregnés dès notre plus jeune âge.

22/02/2013

La Villa sur la falaise


La Villa sur la falaise (Cati Baur, Fred Bernard, Hannah Berry, Isabel Kreitz, Gabrielle Piquet, Nate Powell, Davide Reviati, Sylvain Saulne, Kan Takahama, Jirô Taniguchi, édition Casterman écritures, 2012)

Pour fêter leur 10e anniversaire la collection Casterman écritures a publié cet ouvrage collectif où -à ma grande honte- je n'ai reconnu qu'un nom (Jirô Taniguchi dont j'ai déjà parlé à propos du Gourmet Solitaire et de Quartier Lointain). J'ai adoré l'idée de base, un auteur (ici Benoît Soral) a proposé un début de scénario, les 10 auteurs doivent l’interpréter à leur sauce en noir et blanc. La contrainte est la suivante : une violente tempête a coupé en deux une maison située en haut d'une falaise, les gravas de la moité détruite gisent sur la plage en contrebas et c'est rapidement devenue une attraction pour les curieux du coin et les touristes ; l'héritière de la maison qui n'ai pas revenue depuis des années vient constater les dégâts avec son fils, qui dort dans la voiture ; l'ancien voisin est toujours là...


La fascination des maisons au bord de falaise est apparemment répandue et j'en souffre évidemment. Je suis toujours très intéressée par les projets collectifs à contrainte précise, je trouve que c'est une excellente méthode pour découvrir la personnalité d'un auteur et La Villa sur la Falaise en est un excellent exemple.

Les dessins sont évidemment très différents, aucune maison ni falaise ne ressemble à une autre. Pour les récits par contre, nombreux sont les auteurs qui n'ont pas su sortir du carcan de base. Ceux qui l'ont fait ont parfaitement réussi leur coup par contre. C'est donc un peu inégal, mais n'est-ce pas le cas de tout ouvrage collectif ?


Mon récit préféré est peut-être celui de la Britanique Hannah Berry dont l'humour est nettement au-dessus la moyenne et teinté de noir et de Kafka, j'ai beaucoup apprécié son trait et le fait que son humour ne passe pas que par les dialogues mais aussi par des détails visuels et des descriptions d'objet. Mais j'ai également beaucoup aimé la version de la Suissesse Cati Baur -dont l'héroïne est absolument catastrophée par la perte de son iPhone alors que le Steinway à queue de son père vient de s'écraser en bas de la falaise- et celle de l'Allemande Isabel Kreitz pour son dessin qui nous éloigne de la falaise pour nous offrir de très belles scènes urbaines. (Et non, je n'ai pas choisi des femmes exprès, je n'avais même pas remarqué de cette coïncidence -ou pas- avant de rédiger ce billet et de chercher qui avait écrit/dessiné quoi.)

Quant à Taniguchi, le nom qui m'a finalement convaincue d'acheter cet ouvrage, il se permet de ne pas du tout respecter la contrainte, mais nous embarque dans une jolie histoire de voyage dans le temps. Il fait un peu sa star sur ce coup-là... mais on passe un très joli moment et je ne vois pas bien comment il serait possible de lui en vouloir.

 

J'ai beaucoup aimé cette lecture et si vous aimez les contraintes créatives ou découvrir des auteurs inconnus, je vous recommande cet ouvrage que j'estime néanmoins non-indispensable à une bibliothèque.

21/02/2013

Crève Saucisse


Crève Saucisse (Simon Hureau & Pascal Rabaté, Futuropolis, 2013)

Trois minutes ont dû s'écouler entre le moment où j'ai vu cette couverture et celui où je suis sortie de ma librairie avec Crève Saucisse sous le bras. J'adore répondre au libraire "non merci, pas de sac, c'est  pour consommer tout de suite". Et cette fois-ci ça collait parfaitement à l'esprit de cette histoire.

Didier, boucher, grand amateur de BD, marié et père d'un fils est le jovial, tendre et cruel héros de cette histoire de vengeance jouissive et délicieuse.