jeudi 22 avril 2010

Shutter Island

L'entrée dans un polar bien couillu, n'est-ce pas ?

C'est une torture de tenter de faire une critique de ce film. Quel que soit le sujet qu'on veut aborder, l'esthétisme visuel, la musique, le jeu d'acteur, sans parler de l'histoire, on risque de spoiler, d'une manière ou d'une autre. Si j'étais une critique reconnue, je pourrais donc vous dire : allez-y, vous iriez, et ensuite, je vous confierais ma brillante analyse qui vous permettrai de mieux comprendre / apprécier plus en profondeur / crier au génie de manière étayée. Mais heureusement pour vous, je ne suis pas une critique reconnue, pour vous et pour mes chevilles d'ailleurs.

 Chut !

Je vous propose un deal : ceux qui ont déjà vu ce film / lu le roman, peuvent lire la suite et en discuter dans les commentaires. Ceux qui risquent d'aller le voir ferment cette page immédiatement et reviennent pour en discuter une fois qu'ils l'auront vu / lu. Ceux qui pensent qu'ils n'iront pas et qu'ils ne le verront JAMAIS à la télé, qu'ils ne le liront JAMAIS peuvent lire la suite aussi, mais c'est à vos risques et périls, ça risque fort de vous donner envie !!!

SPOILER (mais pas trop)

Je ne vais pas parler de l'histoire, qui est intéressante, c'est peu de le dire, pleine de suspense et extrêmement bien construite. D'ailleurs j'hésite presque à retourner le voir pour tenter de "piéger" le scénariste -ou la scripte- mais il me semble que ce serait vain car tout est ficelé très précisément.

Ce que j'ai envie de partager avec vous c'est plutôt ce qui entoure cette histoire. Durant les premières minutes du film je me suis dit "ouhlala ça va être mauvais". Le mauvais trucage écran vert sur le mer autour du bateau, le ciel gris immobile, les décors très clichés carton-pâte, tout cela me donnait l'impression que la suite du film allait être une accumulation de clichés. Mais en fait non, ce que je prenais pour des "facilité" de réalisation n'en étaient pas. Tous ces éléments un peu bancals -que j'ai appris à repérer mais que la plupart des spectateurs ne verront peut-être pas- sont utilisés dans le but de créer une légère impression d'irréalité, un côté presque fantastique.

Des éléments scénaristiques sont semés petit à petit pour nous donner des indices et/ou nous induire en erreur. On ne devine pas tout de suite que le fait qu'il n'ait pas ses cigarettes sur le bateau est important, mais on y repense quand celle de son "collègue" sont trempées et que l'institution leur en donner. Tiens, tiens, il se passe quelque chose avec les cigarettes, depuis le début, mais quoi ? Et cet élément qui tourne dans notre esprit nous empêche de remarquer d'autres éléments visuels improbables. Par exemple quand Léo "voit" sa femme dans le bureau du Dr sa fumée est à l'envers. Il y en a d'autres, nombreux, qui contribuent à créer cette atmosphère irréelle, à la limite du fantastique, sans jamais y tomber. En tant que spectateur on continue à s'interroger sur la trame policière.
 
 Lumineuse Michelle Williams bien loin de Dawson (on a les références qu'on peut, pardon)

La maestria de Scorsese réside dans cette manipulation. Il parle à des spectateurs intelligents -ou en tout les cas qui se considèrent comme tels-, tous les élément visuels, sonores et musicaux servent la trame scénaristique, tout en perdant le spectateur, parfois dans la contemplation, parfois dans le suspense, parfois dans ce qu'on pourrait prendre pour des incohérences, pour des "erreurs" de montage ou pour des maladroitesses.

Ce qui me surprend c'est que j'aie pu penser un instant que Scorsese pouvait être maladroit. Je reviens sur ces premières minutes de film, extrêmement complexes et construites, où l'on découvre un Léo au mal de mer, face à un miroir, qui a oublié ses cigarettes et qui découvre son nouveau partenaire sur un bateau voguant sur une mer plate alors que le capitaine annonce une tempête. Toutes ces incohérences visuelles et scénaristiques pourraient immédiatement nous mettre la puce à l'oreille : ce personnage n'est pas ce qu'on nous dit qu'il est. Mais non, moi, bêtement, j'accuse Scorsese d'incohérences (certes légères, mais tout de même), je l'accuse de facilité : l'environnement gris, les regards tendus, ... tous ces clichés de polar à suspense. Et j'avais grandement tort, ce qu'on comprend de plus en plus au fur et à mesure, Scorsese n'est ni maladroit, ni incohérent, évidemment, il joue avec nous, dès la première image, dès la première note... jusqu'à la dernière image, jusqu'à la dernière note.

 Un soupçon de "je n'y crois pas" dans ce regard, non ?

Monsieur Scorsese n'aurait pu réaliser ce tour de force sans le charisme, sans le talent de Léonardo di Caprio. Avec les années, sa gueule est moins lisse et ça lui va drôlement bien, mais il continue à dégager une force incroyable. Il est parfait, du début à la fin. Complexe, subtile, torturé, intelligent, fascinant.

Et quand le premier alter-ego de Scorsese, De Niro, fait une apparition sous la forme de Laenddis, j'étais finalement tellement partie dans le film que je n'ai même pas percuté ! Tout le talent de Scorsese est là, en nous racontant cette histoire brillante, il arrive à nous parler de cinéma, de son cinéma.

Bref : ALLEZ-Y !

3 commentaires:

  1. Mais j'y ai zété. Grande fan du bouquin, je me suis jetée sur le film comme un préfet sur une danseuse. Et moi aussi, j'ai eu peur de la grande pompe du début. Et moi non plus je n'ai jamais regretté ! Je crois que j'ai aussi dû causer de la musique, qui est plutôt bien troussée et joliment angoissante, non ?

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  2. J'ai commencé par ne pas aimer ce film....j'avais l'impression d'avoir un cliché permanent sous les yeux (quand il rentre dans le bâtiment C rien ne manque : la lumière qui grésille, les gouttes qui tombent,...). Du coup, c'était trop artificiel pour moi et ça me sortait du film (j'ai eu la même chose avec Le Dahlia noir qui selon moi tentait esthétiquement de trop reconstituer une époque et finalement sonnait faux!). Et puis le retournement de situation m'a fait complètement changer d'avis, finalement le cliché et l'esthétisme poussé est totalement justifié puisque tout ce que nous avons vu n'est pas vrai (j'espère vraiment ne spoiler personne, mais bon si on va voir les commentaires c'est qu'on a vu le film, non?!).

    Et j'ai vu que tu avais parlé de L'Homme de sa vie....rien à voir mais si tu as regardé tout le générique tu as vu mon nom!! (héhéhé!)

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  3. : hiiii *cri hystérique de jalousie*, L'homme de sa vie, j'ai tellement aimé le film ! J'aurais adoré travailler sur ce tournage ! Et oui, le cliché "utile" de Scorsese était un grand risque qu'il a eu raison de prendre...

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