jeudi 7 juillet 2011

Balada Triste de la Trompeta de Alex de la Iglesia


Alex de la Iglesia est un génie. Ou un psychopathe. Ou les deux. Ce qui est sûr c'est qu'il a un sens de l'humour très particulier (euphémisme) et qu'il est doté d'un sens esthétique indéniable, mais encore une fois, très particulier. Balada Triste de la Trompeta est sorti en 2010, mais vient d'arriver dans nos salles Lausannoises (enfin, dans UNE salle Lausannoise).


Tous les personnages de ce film sont des fous furieux, pas forcément bien joués (quoique pour qui ne parle pas couramment espagnol ça passe peut-être inaperçu ?) mais incarnés par des gueules intéressantes. Les décors de cirque pauvre, de post guerre civile, de forêt hostile ou de cafeteria pourrie sont significatifs jusque dans le moindre détail, on sent le réalisateur obsessionnel derrière chaque accessoire, élément de costume, de décor, de maquillage.


Les lumières et cadrages sont exceptionnels, pour une fois la désaturation est utilisée à bon escient, le montage est performant, entraînant, juste. Le rythme est bien construit et nous tient en haleine des premières au dernières images du film (malgré les problèmes narratifs conséquents).

 

Problème de narration donc, on mélange un traumatisme d'enfance, la guerre civile, la vengeance, une histoire d'amour et d'autres intrigues secondaires. Rien n'est vraiment raconté, rien n'est vraiment abouti, rien n'est vraiment central, rien n'a vraiment d'importance et pour avancer dans son récit, le scénario utilise des ficelles grotesques. On mélange de la luxure (pas assez, dommage, elle correspond si bien au reste de l'univers visuel, pour une fois ça n'aurait pas été gratuit), de la violence, du gore, du romantisme (il faut le chercher un peu). Le seul avantage du mauvais scénario c'est que, du coup, on n'y croit pas une seconde et que l'extrême violence visuelle, narrative, du montage, de la musique, des cadrages, des images, des couleurs, etc, etc, etc, etc, etc, en devient supportable.


Ce film est extrême, caricatural, violent, sublime, choquant, hypnotique, comique, tragique, romantique, triste, gore, pathétique, visuellement très abouti, narrativement mauvais et je pourrais continuer cette phrase longtemps. C'est une expérience particulière de le voir, j'ai passé un moment très étonnant, me surprenant à rire lorsque le sang giclait, à m'agiter sur mon siège de malaise quelques secondes plus tard (quand un visage fond à l'acide, par exemple, voyez le genre ?) et à sourire d'appréciation pour la beauté d'un cadrage. 

Autre anecdote, j'y étais en semaine, en fin d'après-midi, nous étions moins d'une dizaine de spectateurs téméraires dans la salle et il s'est créé une lien étonnant au fur et à mesure de la projection, de telle sorte qu'à la fin du film, l'un d'entre nous s'est levé en disant "moi qui croyais venir voir un film sur le cirque..." Un éclat de rire général a suivi, comme une nécessité de détendre l'atmosphère. La plupart d'entre nous sont restés assis le temps du générique final, histoire de reprendre notre souffle, et, en sortant de la salle, j'ai échangé un regard avec la plupart d'entre eux, un genre de signe de connivence signifiant : "wahou, nous venons de survivre à cette projection, et nous y avons même pris du plaisir, mais je ne le ferais pas tous les jours". En parlant de souffle, j'ai eu l'impression d'être essoufflée pendant un bon quart d'heure après être sortie de la projection, étonnante manifestation physique d'un sensation mentale pendant que mon cerveau continuait à mouliner sur la question : "Ai-je aimé ce film ou non ? Et à qui le conseiller ?"

Bref, ce film n'est pas à conseiller à la ronde, il faut aimer le gore, ne pas être sensible à la violence gratuite, savoir prendre du recul par rapport à l'écran, apprécier l'extrême et le grandiloquent, être capable d'humour noir et de cynisme appuyé. Si vous correspondez à cette description : ne le ratez pas, c'est un grand moment d'esthétique trash. Si l'une ou l'autre de ces "qualités" vous fait défaut, passez votre chemin.

Pour terminer de vous convaincre que vous allez aimer ou détester, le trailer qui me paraît le plus proche de l'ambiance finale, enjoy (ou pas).



PS : si vous voulez découvrir ce réalisateur brillant, quoique dérangé, ne ratez pas "Crimen Ferpecto" (Crime Farpait), bijou d'humour noir, beaucoup moins trash et véritablement hilarant.

6 commentaires:

  1. Tu m'as donné le goût de le voir! Je suis un mauvais public en général et j'ai tendance à toujours être déçue, surtout par les films que la critique a encensé...

    Ce que j'aime, c'est être perturbée par ce que j'ai vu. Si un film m'habite encore plusieurs mois plus tard, c'est que ça en valait la peine.

    Petites questions au sujet du cinéma à Lausanne: Comment est la clim l'été (les cinémas de Mtl sont à éviter à moins de force majeure car on s'y sent comme dans un frigo...)? Dans quelle(s) salle(s) peut-on voir les v.o.?

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  2. @ Arielle : il ne va pas rester longtemps en salle à mon avis...

    La clim est parfois un peu trop forte, surtout les jours de canicule, mais c'est supportable, quoique je prends parfois un foulard ou un petit pull, surtout dans les petites salles des Galeries (rue du Petit Chène).

    En général, aux Galeries passent les films d'auteurs, européens, en VO, les documentaires, les films du sud, etc. et à Pathé Flon passent les blockbusters, films en 3D et en VF. Mais ce n'est pas toujours le cas, il vaut mieux te renseigner avant, le site cine.ch est très pratique pour ça. Il existe d'autres salles indépendantes : le Bellevaux, le City Club (à Pully), le Zinéma (rue de l'ale), le Capitole (géré par la cinémathèque) et la Cinémathèque ou les programmes sont plus éléctiques.

    Pour Pathé, si tu vas au cinéma au moins deux fois par mois, il existe un abonnement illimité à 35.-/mois, ce qui me permet donc d'aller voir de gros blockbusters ou navet sans état d'âme.

    Si tu vas le voir, je veux bien ton avis... ;-)

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  3. J'ai regardé et il ne joue qu'à 22h15 et j'ai un léger problème: je suis assurée de m'endormir! C'est plus fort que moi, même au cinéma, si j'y vais passé 21h... Je surveille donc l'horaire, sinon je trouve le dvd. Je te tiens au courant!

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  4. Je l'ai vu en début de semaine à 17h15, s'il n'est plus qu'à 22h c'est qu'il va bientôt (déjà) sortir d'affiche...

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  5. moi je l'ai vu la semaine passée à 21h45, fuyant le festival de La Cité, c'était parfait pour mon moral du jour :-) J'adore ces films, je suis contente d'ailleurs car j'ai vu qu'il était projeté au NIFFF (festival du film fantastique de neuchâtel pour les non-suisses) et je ne vais pas pouvoir y aller finalement cette année.

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  6. @ polly : je file au NIFFF dans quelques heures !

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