jeudi 12 janvier 2012

Hugo de Martin Scorsese


Hugo (Martin Scorsese, usa, 2011)

Malgré tous ceux qui ont tenté de me décourager d’aller voir Hugo Cabret, il m’a été impossible de résister. Ayant étudié l’histoire et l’esthétique du cinéma et toujours été fascinée par le cinéma des Premiers Temps, un film qui parlait de Méliès, réalisé par l’incroyable cinéphile qu’est Martin Scorsese, je ne pouvais pas ne pas y aller. Mais je suis arrivée dans la salle persuadée que j’allais m’ennuyer ferme et prête à critiquer le moindre défaut.



Et ce film a un défaut principal : son histoire ne m’a pas DU TOUT intéressée. Pourtant son résumé (un jeune garçon vivant dans une gare et tentant de réparer un automate découvre que le marchand de jouet est en fait Georges Méliès) avait tout pour me séduire. Mais non, l’intrigue entre les deux enfants m’a ennuyée profondément. La première heure du film est beaucoup trop longue. Mais ce n’est pas si grave car ces longueurs sans intérêt m’ont permis de me pâmer sur l’utilisation de la 3D et les décors sublimes. Emerveillée par la neige qui tombe dès les premières minutes, puis ravie par la gare, ses fumées et ses horloges, charmée par l’automate et le magasin de jouets, je m’en suis mis plein les yeux. Et autant les enfants ne m’ont pas intéressée du tout, autant les gueules des adultes sont parfaites. Le casting de Ben Kinsley en Méliès est idéal et même le trop fameux Sacha Baron Cohen n’a pas réussi à m’énerver.

 Ben Kinsley
Georges Meliès

Donc, j’en avais plein les yeux, mais l’histoire ne m’intéressait pas, jusqu’à ce qu’on passe réellement à Méliès. Je n’ai pas appris grand-chose de neuf, mais les reconstitutions de son studio, de ses décors et de certaines séquences sont une merveille. A un moment, Méliès raconte son histoire, face caméra, avec les larmes aux yeux, et ses larmes en 3D ont mouillés mes yeux. La projection du Voyage dans la Lune, comme à l’époque (c'est-à-dire avec pellicule colorisée et ce merveilleux bruit du projecteur) m’a également transportée (mais POURQUOI, cher Martin, avoir fait un contrechamp sur ceux qui regardaient cette merveille ? Pourquoi ne pas avoir cédé au plaisir fétichiste de nous faire une projection in extenso ?). Le fameux moment de l’obus dans l’œil de la lune est d’ailleurs présenté en 3D un peu plus tard dans le film, n’en déplaise aux esprits chagrins, je suis sûre que Méliès himself aurait adoré.

 Un des nombreux hommages du film.

Certes, Monsieur Tout Le Monde a raison, l’ambition de Scorsese de créer une grammaire de la 3D n’est pas aboutie, mais j’avoue que c’est la plus belle utilisation que j’en ai vue jusqu’ici ! Certes, mon ami cinéphile a raison, ce film est un « attrape critiques » qui auront envie de décortiquer le moindre hommage, car ce film est truffé de références de toutes sortes, des cadres, des séquences, des clins d’œil, impossible d’être exhaustif, mais ceux que j’ai reconnu m’ont procuré un plaisir de fétichiste tout à fait délicieux. Et certains de ces films que j’ai eu l’occasion de voir sur pellicule grâce aux merveilleux cours de Freddy Buache (entre autres) à la Cinémathèque, restent des moments d’émotion où mon cynisme et mon sens critique disparaissent totalement au profit d’yeux émerveillés qui en réclament encore.

 Scorsese fait une apparition dans son film, comme Méliès qui jouait dans la plupart de ses films
 Le voyage dans la Lune version colorisée
Une des scènes de 20'000 lieues sous les Mers de Méliès reconstituées par Scorsese

Par contre, je tiens à prévenir ceux qui seraient tentés par mon enthousiasme : vous n’êtes pas intéressés par le cinéma des Premiers Temps et Méliès ne vous parle pas plus que ça ? N’y allez pas, vous allez vous ennuyer. Et non, ce n’est PAS un film pour enfant. Pour ma part, je suis restée assise, souriante avec les yeux humides jusqu’à la fin du générique (en 3D mais façon film muet), et j’aurais volontiers embrassé ce cher Martin sur les deux joues en sortant, même s’il ne doit pas beaucoup aimer ça si l’on en croit sa réputation de sociophobe.

J'illustre mon propose de fétichiste de Méliès.

10 commentaires:

  1. Toujours pas réussi à aller le voir, alors que j'en ai envie depuis début décembre,grmbl...

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  2. Encore un film que j'avais envie d'aller voir et je pensais profiter de la présence de la Puce (ma nièce) pour l'emmener avec moi comme caution enfantine, mais elle m'a répondu : "Non, Tata, je ne veux pas, ça a l'air trop BIZARRE". Alors, quand tu dis que ce n'est pas un film pour enfant, je pense que nous nous serions (peut-être) ennuyées toutes les deux ;o) Bon, j'attendrais sa sortie sur Canal+.

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  3. Comme tu l'as compris, je n'écrirai pas chez moi sur le film, pour la simple et bonne et raison qu'il ne passait plus en salle quand je l'ai vu (hum). Donc dans de très mauvaises conditions, sans le plaisir de la 3D, je pense donc que je suis passée à côté de la moitié...
    Mais !
    Moi non plus, je n'ai pas accroché aux aventures des enfants (pas du tout même, je trouvais ça assez cucul). Je ne parle même pas du coup de la clef en forme de coeur...
    En revanche, toute cette ambiance mécanique, la fascination des rouages et de l'arrière-scène, les vapeurs de l'hiver et des locomotives, le temps passé-présent, les horloges...
    J'ai aussi adoré l'évocation de l'idéal d'une fabrique à rêves quand Méliès raconte son histoire (en plus depuis j'ai acheté la version recolorisée du "Voyage dans la lune" depuis, ça mérite !)
    Mais LE truc qui m'a touchée (et là c'est vraiment parce que ça me parle à moi, ou bien... ?), c'est cet homme qui doute de son talent, qui n'a pas confiance dans l'effet que peut produire son oeuvre au point de tout casser et de se frustrer lui-même. Constat terrible que le fait qu'un artiste, quel qu'il soit a besoin qu'on le voie, qu'on l'admire, qu'on lui dise et qu'on le réconforte en permanence. Douce malédiction, mais réalité...
    Bref, j'ai aimé en ayant conscience que ça aurait pu être tellement mieux !
    Voilà, c'était le commentaire fleuve du jour, à vous les studios :-)

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  4. C'est dommage, c'était vraiment un film à voir en grand... et en 3D, la première fois de ma vie que je prends vraiment du plaisir à la 3D.

    Mais sinon, je te rejoins si le portrait de l'artiste qui doute, très juste, on sent que l'homme qui raconte sait de quoi il parle... Et pour la fabrique à rêves, Scorsese est un grand cinéphile qui sait, again, de quoi il parle, il a très bien recréé ce que devait être les vrais studios d'époque, fascinant.

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  5. En plus les chances que je le voie un jour en 3D... grrr !

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  6. Vu en VO 2D (oui, je sais) et franchement ça me désole que le résultat soit à mes yeux "juste pas mal".

    Je reconnais tout à fait la cinéphilie de Scorsese et lui suis reconnaissant de faire rénover/redécouvrir de vieux films mais l'écrin qu'est cette histoire pour enfants me semble un peu faiblard. Dommage

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    1. Pour une fois, je pense vraiment que le 3D a amené une richesse indéniable et que j'aurais été beaucoup moins enthousiaste et emportée si je ne l'avais vu qu'en 2D. C'était d'ailleurs l'ambition première de ce cher Martin, utiliser la 3D dans toutes ses possibilités. Je pense qu'on peut encore aller plus loin, mais des quelques films que j'ai vus en 3D, c'est le seul pour qui ça changeait vraiment tout.

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  7. J'ai entendu qu'il y avait eu de supers idées comme montrer la représentation de "L'entrée du train en gare de la Ciotat" en 3D et voir les spectateurs crier car ils pensaient (même si c'était en 2D pour eux) que le train allait leur foncer dessus. Je reconnais que j'ai dû rater quelque chose si c'était dans ce genre là.
    Mais en effet, j'ai été toujours un peu échaudé par la 3D (qui ne vaut pas le surcoût) donc je me suis abstenu.

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    1. Je suis tout à fait réticente à la 3D également, mais celui-là n'était à ne pas rater... désolée.

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  8. Le film est certainement destine aux amoureux du cinema. Amoureux ou pas, il faut aller le voir car on en prend plein les yeux. C'est un merveilleux film, realise par Mr Martin Scorsese, grand cineaste, en hommage a Mr Georges Melies, grand realisateur Francais, inventeur des effets speciaux. J'ai adore ainsi que mes petits enfants.

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