jeudi 27 mars 2014

Zone de confort


Je n'ai pas de passion. Enfin c'est faux, j'en ai des dizaines, il suffit de voir la profusion de mes boards pinterest. Mais pas de passion que j'aurais attrapée dans l'enfance, autour de laquelle j'aurais construit mes études et de laquelle j'aurais pu faire un métier, ou au moins gagner ma vie. Ce qui a toujours été un gros complexe, face à des camarades qui savaient, qui savaient qu'ils allaient "faire droit" ou qui ont appris un métier. Un vrai métier, celui qui te permet de dire "je suis [ce métier]". J'ai toujours travaillé, depuis mes 16 ans, quand j'ai voyagé, quand j'ai repris mes études. Mais je n'ai jamais prononcé la phrase "je suis [un métier]" en y croyant ou en étant fière. Ou c'était temporaire.

Je connais plein de gens dont le métier n'est pas la passion, mais qui le font bien, et ça leur suffit largement pour vivre heureux. Ce n'est pas mon cas. Parfois j'ai l'impression de me poser trop de questions, d'être présomptueuse (moi, bosser dans n'importe quoi et développer ce qui m'intéresse à côté ne me suffit pas, qui suis-je pour oser refuser ça alors que plein de gens s'en contentent ?), ou paresseuse (ce qui n'est pas le cas, j'ai éprouvé ma capacité de travail quand je fais quelque chose que j'aime, elle est assez phénoménale).

Et puis quelque chose a changé.

J'ai rencontré quelqu'un qui n'avait pas peur de se réinventer, et de persévérer dans l'invention d'un métier qui n'existait pas il y a 5 ans, et qui déplace des montagnes au quotidien, c'est inspirant. Et j'ai rencontré son groupe d'amis. Sur la petite dizaine d'entre eux, trois se sont expatriés pour changer de vie et pousser les limites de leurs compétences au maximum, deux d'entre eux sont devenus indépendants alors qu'ils avaient des postes "pépères", plutôt intéressants et bien rémunérés, deux autres ont repris des cours et/ou changé de boîte. Et j'ai encore mieux regardé autour de moi. Une de mes meilleures amies est physicienne et s'est expatrié aussi, une nouvelle langue, un nouveau pays... et elle continue à être assidue à des MOOCs réguliers. Une autre à quitté sa carrière de chimiste pour ouvrir un lieu de bouche. Tellement d'autres ont changé de boîte, pris des risques. Je rencontre de plus en plus d'indépendants qui ont osé se lancer un jour dans un pari un peu fou et qui en vivent aujourd'hui. En bossant beaucoup plus que quand ils étaient salariés, mais avec une qualité de vie qui n'a rien à voir, qui permet de ne pas compter ses heures.

Et j'ai ouvert les yeux. J'ai quitté un job "pépère et bien rémunéré" où j'étais malheureuse. Sans aucun plan de backup, sans filet de sécurité. Depuis, j'oscille. J'oscille entre la culpabilité de ne pas sauter sur tous les jobs merdiques de secrétaire qui me rendraient malheureuse... mais ne me feraient pas dépendre du système, et continuer sur ma lancée. Produire du contenu (que j'espère) de qualité, apprendre et maîtriser le plus d'outils possible pour le faire, rencontrer des gens et me rendre visible (j'ai encore de gros efforts à faire sur ce point). Au final, je crois que j'ai une bonne étoile. Des projets commencent à se présenter, à force de montrer ce que je sais faire sans rémunération. De très beaux projets.

Et quand j'arrive à faire taire ma peur, je suis convaincue que mon avenir sera passionnant. Pas linéaire, pas "sûr", pas évident ni facile, mais il sera passionnant, complexe, motivant. Il m'obligera à me remettre en question constamment, à apprendre, tout le temps, à tester des choses, à rencontrer des gens, à sortir de ma zone de confort. Et si c'était ça qui me passionnait ?



PS : Quand j'ai fait relire ce texte à quelqu'un avec la question "je peux publier ça sur mon blog ?", cette personne m'a répondu que je devais le publier. Et (i) que je devais envoyer vers mon profil linkedin, (ii) que je devais préciser que je suis disponible, partout en Suisse Romande, pour la couverture live d'événements (culturels ou non), (iii) et que je devais préciser que je réponds à tous les mails de question avec plaisir. Dont acte.


EDIT : les réactions à ce billet ont été phénoménales, moi qui hésitais à le publier, merci à tous !
Et Jim (qui fait partie du groupe de potes dont je parle ci-dessus) m'a répondu avec un joli texte, le voici.

25 commentaires:

  1. L'enthousiasme chronique est une belle maladie :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. (non mais disons qu'en plus là présentement tout ça me parle très très très fort et que je ne peux qu'approuver et applaudir des 4 mains ;-))

      Supprimer
  2. Je souhaite que tous ces projets se réaliseront !

    Pour le moment, je suis dans un boulot pépère mais dont j'aime le contenu. Dans quelques années, je ne l'aurai sans doute plus et il faudra que je me réinvente aussi. J'essaierai de me rappeler de relire ton article !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Profite bien en attendant ! Développe tout ce que tu peux, amuses-toi et sois consciente de ta chance !

      Supprimer
  3. Bel article , très parlant ! Sortir de sa zone de confort n'est pas évident, mais je crois que je connais peu de sensations aussi fortes que quand j'arrive à dépasser, à déplacer les barrières fixées depuis parfois bien longtemps ! Oser et se sentir vivant(e) ! :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Après on finit avec du chocolat au whisky et thé fumé, c'est dangereux ! (qui est devenu mon préféré au monde dès la première bouchée, entre nous soit dit... vive les Cigarinoz !)

      Supprimer
  4. J'avais fait un maousse commentaire sur le téléphone qui n'est pas passé... Je retente donc

    De mon côté je suis aussi en phase sortie de zone de confort + lâcher prise, mais je l'attaque plutôt du côté personnel, côté pro ce n'est pas forcément pépère, parfois passionnant (mais pas tout le temps), j'ai surtout la stabilité du cdi (et ça c'est du confort).

    J'ai quand même du sortir (et pas qu'un peut) de ma zone de confort pro cette année, une grosse boule d'angoisse, mais que ce soit pro ou perso, au final j'y ai gagné en confiance en moi et surtout cette sensation du truc accompli comme il faut, d'avoir été utile, cette plénitude post poussée d'adrénaline qui fait du bien.

    J'ai d'autant plus une grosse admiration pour celles et ceux qui se mettent encore plus hors de zone, genre ceux que tu cites et toi au passage.

    La fraise qui ne sera jamais freelance et qui vous souhaite des putains de bonnes choses, parce que le risque ça paie

    RépondreSupprimer
  5. Je te souhaite vraiment de tout défoncer sur ton passage avec tes projets ! Tu as de toute façon le talent pour ! Moi, je suis dans la phase exactement inverse. Je cherche à l'atteindre enfin cette putain de zone de confort après avoir vendu mon âme dans des stages et des remplacements mal payés pendant plus d'un an...mais enfin, les choses semblent se débloquer...Bonne chance à toi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout défoncer sur son passage c'est bien, pour un rhinocéros volant ;-)

      Supprimer
  6. Je n'ai pas tellement l'impression d'avoir fait preuve de courage sur ce coup-là... J'ai été poussée hors de ma zone de confort par un chômage qui n'en finissait pas, par le paradoxe du très diplômé, par mon profil qui ne rentre pas assez bien dans les cases des recruteurs... et aucune envie de me retrouver à enseigner et de m'enfermer dans une carrière dont je ne veux vraiment pas. Je ne regrette rien, ça forme le caractère ;-) Et j'ai enfin retrouvé la motivation pour activement compléter les lacunes de mon CV et pouvoir aller où je veux aller !

    Bref, assez de nombrilisme :D

    Un grand merde pour la suite, il arrivera ce qui arrivera et tu en tireras le meilleur et retomberas toujours sur tes pattes (et tu n'es pas toute seule, et ça compte aussi).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sur mes fesses plutôt que mes pattes, que j'ai de fort dodues, pour mieux rebondir.

      Supprimer
  7. En disait que je répondais ici :
    http://jimmacfly.tumblr.com/post/80927807423/de-ta-zone-de-confort

    RépondreSupprimer
  8. Juste bravo! Ce billet me touche énormément, me parle et concerne un grand travail que je tâche de mener au quotidien. Quelle belle ode à la vie, belle et exemplaire!
    Puissent tes rêves se réaliser!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup Manuel, je découvre ton blog par la même occasion !

      Supprimer
  9. Bel article, qui respire la sincérité et l'enthousiasme! Je lis ton blog depuis un petit moment déjà, alors que mis à part les séries, les sujets que tu évoques me parlent peu. En fait c'est surtout la manière dont tu les abordes qui me plait! Ta conviction, ton analyse, ton humour rendent agréables à lire un billet sur un resto de hamburgers, même si je sais que je n'aurai pas l'occasion d'y aller (pour des raisons géographiques), ou un billet sur une manucure originale, alors que je ne porte que des teintes classiques. Je te souhaite de vivre des expériences formidables et bravo pour cette initiative courageuse!

    RépondreSupprimer
  10. Tu es sur la bonne voie! Un billet avec plus de 20 commentaires c'est un très bon signe! Ton blog est une de plus importantes sources de ma to-do list --> films à voir, restos à essayer, etc. J'adore tout, sauf la partie manucure pour de raisons évidentes. A+ et tout de bon.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pour mon blog je ne suis pas trop inquiète en effet ;-)

      Supprimer
  11. excellent article Mlle. je le relis ce soir parce que j'en avais besoin, de réfléchir et de voir si moi aussi j'ai cette capacité à me créer le job que j'aimerai enfin... je pose les briques en tout cas ;) bravo pour ce billet.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me réjouis de voir ce que tu inventeras, kid :-*

      Supprimer
  12. Oh! je me retrouve tellement dans ta description du manque-pas manque de passions: je m'intéresse à pleins de choses, mais je n'ai jamais eu CE truc pour quoi tu serais prêt à tout. J'en suis au stade de ma pensée où j'essaye de me dire que mieux vaut aimer pleins de choses que rien du tout et que piocher un peu partout ça ne peut être que bien.

    J'ai fais des études qui m'ont plu sans penser au métier que je voulais faire après, vu que je ne savais pas - et que je ne le sais toujours pas. Aujourd'hui j'ai pleins de projets en tête et j'espère que j'aurais le courage et la force d'aller jusqu'au bout peu importe les méchantes personnes qui grimacent à la réalisation que ça ne remplira pas mon compte en banque.

    Merci d'avoir partagé ce billet!

    RépondreSupprimer