mardi 24 février 2015

So gay



L'avancement social passe aussi par la représentation des "minorités" sur les écrans. "Minorité" pour les grosses boîtes de production, hollywoodiennes ou non, veut dire : "tout ce qui n'est pas un homme blanc jeune mince hétéro non-handicapé de classe moyenne ou supérieure." Depuis quelques décennies maintenant, dans chaque film hollywoodien, vous avez un "alibi de couleur" (vous savez, le noir qui meurt dans les films d'actions). Depuis moins de temps, les "couleurs" se généralisent. Les films ou séries où la majorité du casting ne sont pas blancs se généralisent depuis... euh, 2 ans, mais ce n'est toujours pas le cas pour les autres "minorités". C'est à dire, à la louche, les femmes (même si on trouve de plus en plus d'héroïnes, elles sont toujours minoritaires, et ne parlons pas des jeux vidéos, sinon on va se fâcher), les handicapés, les vieux, les gros... et les gays. La différence avec "les gays" c'est peut-être que c'est une caractérisation non-visible. Je veux dire par là qu'un acteur noir va forcément jouer un personnage... qui est noir (contrairement aux débuts du cinéma où même les personnages noires étaient interprêté uniquement par des acteurs blancs), il y a des acteurs et actrices gays depuis longtemps dans l'industrie, mais ce n'est pas pour autant que la représentation de cette "minorité" était visible à l'écran. (Je parle donc ici évidemment des personnages gays dans les univers diégétiques et non des acteurs et actrices qui les incarnent.)

Vous pensez que j'exagère ? La polémique de la semaine, c'est que dans la série à très grand succès The Walking Dead, après 5 saisons, les scénaristes ont osé intégrer des gays, dans l'épisode 11 de la saison 5, The Distance. Et ça fait un tollé sur les réseaux sociaux, dans le monde anglo saxon mais pas seulement, les réactions francophones ont été fortes et tout autant abjectes. Cette série qui vous explique en long et en large qu'on ne peut survivre sans voiture et sans arme ose le sacrilège suprême. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le politiquement correct pour certains (qui ne représentent pas forcément la "majorité" non plus, heureusement).

Traduction : "l'Amérique condensée dans un seul tweet :
"Je regarde The Walking Dead avec mes enfants depuis des années,
quand soudain, sans avertissement, vous y mettez des gays, je suis déçu."

Point positif ? Les seconds rôles afro américains et asiatiques n'ont pas soulevés de tollé, c'est ridicule, mais c'est un signe indéniable que les mentalités évoluent. Mais pas pour les gays. Encore moins si on élargit à la communauté LGBTQIAPD (Lesbian Gay Bisexual Transgender Questioning Queer Intersex Asexual Pansexual Demisexual). Alors je vous ai préparé une petite sélection des séries où, accessoirement, certains personnages sont gays, parce que ça fait avancer le schmilblick pour ceux qui ont peur de l'inconnu, quand on le voit à la télé ça fait moins peur. Allons-y Alonso.


The L World (2004-2009)

Sauf erreur la première à oser un casting entièrement gay (quand je dis casting, je parle des personnages et pas des actrices). Et la série est géniale. Des personnalités très diverses, des problématiques de couples et sociales passionnantes, cette série reste une de mes préférées.


Looking (2014 - ?)

Un groupe d'ami gays dans le mythique quartier de Castro (pensez Harvey Milk), des personnalités passionnantes qui pouvaient paraître totalement stéréotypées dans la première moitié de la première saison et que s'approfondissent avec succès dès la saison 2. Très plaisant visuellement, probablement repoussante néanmoins rien que par son pitch pour ceux qui justement ne veulent "pas voir ça à la télé". Je prends beaucoup de plaisir à suivre ces personnages chaque semaine.


The Fosters (2013 - ?)

Cette série est atypique, il s'agit de l'histoire d'une famille d'accueil, dont les parents sont deux femmes, l'une blanche, l'autre métis blanche et afro américaine, elles ont 5 enfants, dont l'un est l'enfant biologique d'une des mères, deux sont des ados latinos et les deux derniers, une fille adolescente et un petit garçon d'une dizaine d'années, qui arrivent dans le pilote de la série, sont un frère et une soeur qui se sont fait baloter dans le système des "foster kids" toute leur enfance. Le fait que le couple adoptant soit gay est à peine discuté. C'est un fait établi qui ne pose apparemment de problème à personne. On voit dans le développement de la série que ce n'est pas le cas et qu'elles doivent souvent se battre pour être reconnue légitimement, mais plus souvent contre des proches jugeant que contre le système car elles connaissent leurs droits. Mais cette série qui établit une nouvelle norme est passionnante, d'autant que sans ce couple de femmes à la tête de cette famille, ce serait une bluette tire-larmes pour adolescents comme il y en a tant... sauf qu'elle normalise l'homosexualité et la mixité raciale (qui a aussi été très longtemps un tabou aux Etats-Unis) et que les enjeux des épisodes sont plus souvent sentimentaux ou autour d'autres questions telles que les adictions, les premières relations sexuelles adolescentes, etc. Cette famille finit par devenir banale et cette banalité fait probablement beaucoup plus de bien à la visibilité des "minorités" dont je vous parlais plus haut que beaucoup de séries qui pourraient être plus choquantes pour des spectateurs puribonds qui ne les regarderaient pas rien qu'à cause de leur résumé (comme Looking par exemple). Pour ne rien gâcher, les acteurs sont plutôt excellents et même si le scénario est souvent poussif, plein de beaucoup trop de bons sentiments et de rebondissements peu réalistes, c'est très plaisant à voir. Je prends ma dose de guimauve chaque semaine depuis le premier épisode sans arriver à comprendre comment je suis accrochée, mais je suis définitivement accrochée. Cette série, produite par Jennifer Lopez, a fait couler beaucoup d'encre sur son utilité pour la visibilité des minorité et a ouvert beaucoup de dialogues. J'espère qu'elle réussira longtemps à sonner aussi juste !


Glee (2009 - ?)

Cette étonnante série qui ressemble de prime abord à une comédie musicale pour adolescents ose aborder des sujets incroyablement controversés en chansons, mais pas seulement. Tout y est passé, homosexuels hommes et femmes, bisexuels, transgenres, asexuels, mais aussi handicapés, gros, noirs, latinos, asiatiques, etc. Oui, les scénaristes en font leur beurre, mais c'est très réussi et, sous couvert de chansons populaires, je suis persuadée que cette série destinée à des ados US les aide à se poser des questions. C'est parfois approximatif et pas toujours très adroit, mais grâce à certains de leurs personnages homophobes qui disent des horreurs, je suis persuadée que certains messages passent et je me surprend régulièrement à verser une larme d'émotion. Comme lors de l'épisode récent où un choeur de personnes transgenres (qui existe vraiment) vient accompagner et soutenir un personnage qui a fait récemment son coming out. Et tout ça sur la FOX, mesdames et messieurs !




Shameless (2011 - ?)

Cette série qui se passe dans une banlieue américaine white trash que l'on suppose totalement homophobe, propose un couple atypique et présente leurs peurs de s'afficher de manière totalement étonnante car dès qu'ils osent, enfin, leurs proches n'ont absolument aucun problème avec ça. C'est probablement loin d'être représentatif de la réalité dans les milieux dépeints, mais c'est particulièrement jouissif à regarder. Cette série est une merveille dont je ne me lasse pas, et ce couple un de mes couples préférés à l'écran en ce moment.


Modern Family (2009 - ?)

Le couple gay parmi les trois couples de protagonistes n'est pas le plus cliché et leur relation est tout à fait hilarante... comme toutes les autres relations de cette sitcom qui continue à me faire rire après 5 saisons. Encore une série où un couple gay, marié, et parent, devient banal et normal. Tant mieux, c'est ça qui fait avancer les choses !


Transparent (2014)

Mini-série qui est mon coup de coeur absolu pour 2014. J'en ai déjà parlé mais j'en rajoute une couche pour ceux qui douteraient encore. Mort, une soixantaine d'année, annonce à ses trois enfants dans la trentaine, qu'il va dorénavant vivre en tant que femme. Le choc de cette annonce de changement d'identité va provoquer chez tous les membres de cette famille et chez leurs proches une profonde réflexion sur leurs propres identités. L'écriture de cette série est d'une très grande intelligence et finesse, à voir absolument.


Six Feet Under (2001 - 2005)

Cette saga familiale mythique dont un des personnages principaux est gay aborde la thématique avec subtilité, le couple gay supporte les mêmes problèmes que les autres couples de la série, c'est presque "normal", et ça fait du bien. A voir ou revoir.


The Wire (2002 - 2008)

Autre série mythique, qui n'en fait jamais un enjeu central, c'est simplement un aspect de certains personnages. Et c'est particulièrement significatif vu son succès dans certaines banlieues où l'ambiance est plutôt à l'homophobie crasse.


Queer as Folk (2000 - 2005)

Qui est sur ma to watch list, mais dont on me dit énormément de bien.




Vous trouvez aussi des personnages gays intéressants, mais qui servent parfois uniquement d'alibi pour parler d'homophobie (ce qui est important en soit on est d'accord), dans BuffyDesperate Housewives, Scandal, Dawson's Creek, Friends, The Shield, etc.


Il y a évidemment des dizaines d'autres séries qui ont intégré des personnages gays à leurs scénarios, cette liste n'est pas exhaustive, si vous souhaitez de l'exhaustivité, il y a l'ami wiki (attention toutefois, leur liste n'est pas exhaustive non plus, j'ai dû ajouter The Fosters et Transparent, par exemple, n'hésitez pas à ajouter vos références également !). Si vous en avez d'autres qu'il faut absolument que j'ajoute et qui intègrent des personnages gays sans en faire un alibi politiquement correct comme le-noir-qui-meurt-dans-les-films-d'action, ce sera avec grand plaisir ! Et merci à tous ceux qui m'ont signalé certaines des séries ci-dessus sur twitter, mes followers sont fabuleux.

17 commentaires:

  1. Ça fait belle lurette que ce couple est dans le comics il me semble... sans provoquer de tollé.
    Enfin, dans le monde des comics, tout n'est pas rose, avec une histoire similaire de tollé/censure avec la série Saga.

    Pour ce qui est des personnages asiatiques, je suis rassurée également (en même temps, qui peut ne pas aimer Glenn ??). Il me semble que la série Lost a pas mal contribué à démonter les clichés les concernant.

    Pff, monde de fous -_-

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    1. Oui, mais les lecteurs des comics ne sont pas une population aussi large que les spectateurs de la série, d'où peut-être l'absence de réaction visible.

      Merci pour ton commentaire :-)

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    2. Oui, sûrement...
      D'ailleurs, c'est qui en fait, sur la photo ? Je n'ai fait que la saison 1 et il me semble que le couple se forme / apparaît plus tard dans le comics.

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    3. J'ai triché pour la photo, c'est l'iconique baiser de Brokeback Mountain.

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    4. Je suis tellement physionomiste que je m'étais juste dit "tiens marrant, il ressemble à Jake Gyllenhaal".
      Merci pour la précision !

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  2. "Queer as folk" existe en version britannique (la première à être diffusée) et américaine. Je n'ai vu que la première mais j'en ai gardé un excellent souvenir (quoique flou après toutes ces années ;-) )

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    1. Oui, il existe un film aussi d'ailleurs. N'ayant vu aucune des deux versions, ni le film, je me suis abstenue de tout commentaire. Tu recommandes ?

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  3. Je pense que j'avais vu le début de la version américaine mais que je n'ai pas accroché. Je recommande donc essentiellement la série britannique. Mais ça fait trèèèès longtemps ;-)

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  4. Queer as folk US j'avais adoré a l'époque, c'est la série de base pour moi même si c'est très "ghetto". C'était mon Sex and the City gay en quelque sorte... En plus drôle, en moins "chichi" et avec le charismatique Brian!
    Dans the Wire le personnage d'Omar m'avait scié parce qu'un homme gay ET noir a la tv c'est plus que rare (voire même inexistant) mais en plus c'était un caïd. Encore de l'inédit!
    Pour revenir sur les réactions sur Walking Dead (que j'adore) apparemment on peut regarder des zombies décomposés et de la violence physique et psychologique avec ses gosses mais des homos non merci... Gros paradoxe!

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  5. "The New Normal", qui aborde homosexualité et homoparentalité (ou qui aurait pu s'il y avait eu plus d'une saison !)

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  6. Marie (encore)5 mars 2015 à 18:05

    Pour en revenir à The Walking Dead, ce qui m'a le plus frappée c'est que je n'ai pas souvenir de réactions similaires quand on a appris l'homosexualité du personnage de Tara Chambler la saison précédente.

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  7. J'ai enfin regardé la deuxième saison d'Orphan Black et j'ai repensé à cet article. Quel rapport me direz-vous? Et bien, si l'orientation sexuelle des personnages ou leur identité de genre n'est pas super importante dans le récit, c'est quand même intéressant de voir qu'au milieu de tout un tas de femmes cis-hétéro, il y a une lesbienne et une personne trans. Ce qui serait anecdotique si tous ces braves gens n'étaient pas des clones, donc génétiquement identiques.

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    1. C'est vrai qu'il y a donc en tout trois personnages gay et un personnage transgenre dans la série, je n'y avais pas pensé comme ça.

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  8. Will & Grace (1998-2006), une des plus anciennes séries et une de mes préférées ! :)

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  9. J'ai découvert récemment "Empire", qui met en scène une famille afro-américaine dont le père a fait fortune avec sa boîte de prod' hip-hop. Question "minorités", on est servi: un fils maniaco-dépressif marié à une blanche, un autre qui se tape une vieille (jouée par Naomi Campbell), un troisième homo, quelques gangsters, un peu de drogue, etc. J'ai pensé à toi, du coup, tu penses.

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    1. Pardon, une "vieille" avec guillemets, hein (Naomi est toujours aussi sublime et fait facilement la moitié de son âge réel - oui, même dans un rôle de cougar!)

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