jeudi 13 août 2015

Expo Milano - Genève a du culot !


Si vous viviez sur une autre planète ces derniers mois, il y a une donc une Exposition Universelle, en ce moment, à Milan. J'ai eu la chance d'y passer quatre jours, en deux visites. Lors de ma précédente visite, j'ai publié deux articles que j'ai entièrement mis à jour. On me demande souvent des conseils sur cette Expo, ces articles sont là pour ça, sinon, à quoi ça sert que fufu elle se décarcasse :



Lors de cette deuxième visite, j'étais l'invitée de la Ville de Genève, pour l'inauguration de l'exposition conjointe de Zürich, Bâle et Genève au Pavillon Suisse. C'était l'occasion de découvrir plus en détails ce qui s'est tramé derrière ce Pavillon Suisse durant ces deux dernières années, et c'était passionnant. J'espère d'ailleurs y retourner à la fin de l'Expo afin de couvrir une conférence (et d'en profiter pour voir le 14 pavillons qui manquent encore à mon palmarès).

L'arrivée au Pavillon Suisse avec des "restes" du 1er août qui rendent le tout plus convivial.
La tour des pommes, bientôt vide.

Pour vous faire une idée, dans cette Exposition Universelle où beaucoup se plaignent du manque de contenu (effectivement, on est souvent cantonné à une carte postale d'office du tourisme sans lien aucun avec la thématique sensée servir de fil rouge à l'Exposition), le Pavillon Suisse a fait le choix inverse, risqué, d'une "coquille vide" remplie de contenu qui évoluerait au fur et à mesure de l'Exposition.

En plus des expositions, le pavillon comporte également une buvette-snack, des espaces d'ateliers (l'atelier chocolat a beaucoup de succès), une scène, autour du pavillon, un restaurant au premier étage et, à son sommet, un espace "vip" qui permet de faire des conférences et de recevoir des personnalités pour faire avancer les sujets de l'alimentation et du développement durable. (L'information autour de ces événements est malheureusement peu transmise au public et assez complexe à dénicher, mais des choses assez passionnantes s'y passent.)

Le massif du Saint Gothard, j'ai réussi à prendre en photo la très fine séparation entre deux blocs de granit, invisible sur place, cette pièce est vraiment très imposante et impressionnante.

Il y a tout le temps pas moins de 4 expositions différentes : d'abord les fameuses tours de café, eau, sel et pommes qui font tant parler. Ensuite une exposition commisionnée et créée par Nestlé, un des principal sponsor, sur la science de la nutrition. Puis la magnifique salle San Gottardo où le massif du Gothard a été gravé dans 20 tonnes de granit au-dessus desquelles sont suspendus des bisses qui permettent de comprendre la naissance du Rhin, du Rhône, de la Reuss et du Ticino, c'est magnifique, et, enfin, l'espace d'exposition des villes.

Ces petits cubes rouges permettent de faire le lien entre les différentes salles et sont un agréable agrément tout autour du pavillon. Dans certains d'entre eux, il y a une vue d'une des trois villes, il faut approcher son oeil tout prêt pour l'observer, c'est ludique, bien trouvé, et ça fait le job touristique sans en avoir l'air, joli concept !

Dans cet espace, Bâle a commencé à l'ouverture en avril, suivie par Zürich, et c'est maintenant une exposition conjointe aux 3 villes sponsors, qui sera suivie par l'exposition de Genève pour la fin de l'Expo. Le thème est Urban Food Innovation et chaque ville a tenté de montrer à quel point elle est pertinente sur le sujet. Bâle et Zürich sont dans la continuité de ce qu'ils ont montré dans les expositions qui leur étaient dédiées, elles cherchent, chacune à sa manière, de montrer à quelle point elles sont ambitieuses et en avance sur les thématiques de l'alimentation. On trouve en vrac des nouvelles inventions brevetées à l'EPFZ, ou des distributeurs de graines (pour Bâle qui veut se montrer une ville où chaque habitant est aussi jardinier), des vitrines de produits et interview d'habitants et de leurs habitudes alimentaires. C'est plutôt sympathique et surprenant, je suppose, pour quelqu'un qui a l'image d'une Suisse à la Heidi de voir que ce pays est beaucoup plus urbain qu'il n'y paraît.


Genève quant à elle a joué la carte de l'audace. Elle a confié sa présence à des étudiants de la HEAD (Haute Ecole d'Art et de Design) avec une seule consigne : parler de sa multiculturalité à travers 10 restaurants sélectionnés. L'exposition s'intitule "Chimera ou le Monde est notre Terroir".

L'explication pour l'installation Musica Cromatica

Elle se compose de quatre installations : Camera Macula : les étudiants/artistes ont traqué les taches de nourritures sur les sets de tables et les projettent à travers un dispositif faisant penser aux lanternes magiques ; Culina Rapida : un véhicule imaginé pour cuisiniers super-héros ; Citta Aquaria qui reconstitue le réseau d'eau sous la ville alimentant les 10 restaurants ; Musica Cromatica : où les couleurs des assiettes des 10 restaurants sont transformées en sons (évidemment, ça me parle). Ces installations seront également visibles à la HEAD à la fin de l'exposition à Milan.

L'installation Citta Aquaria

Alors, soyons clairs, il y a un énorme problème de muséographie : la salle est minuscule, deux des installations sont dans l'entrée directe et ce sont les plus lentes à observer, pourtant on ne peut pas rester planté là vu que d'autres visiteurs doivent y passer pour sortir de l'expo, on passe donc à côté. La lumière n'est pas optimale, tout est trop fragile pour des milliers de visiteurs par jour et les explications ne permettent pas d'être comprises par des visiteurs qui ne font que passer dans une exposition universelle aux trop nombreux pavillons (typographie trop art contemporain, explications trop longues, panneaux mal mis en valeur et mal éclairés).

L'installation Musica Cromatica

Mais... j'ai adoré. D'abord le culot de la Ville de Genève d'oser l'art contemporain et de laisser carte blanche aux étudiants, ensuite par le fait de penser à ce que ça apporte à la ville en bénéfices en liens sociaux locaux plutôt qu'en image touristique. Bravo Genève, quel culot ! Pas sûre qu'il ne soit compris par les visiteurs qui traverseront cette salle en quelques secondes, mais qu'importe, les retombées seront ailleurs. Bref, cette expo vaut plus par son processus que pour son résultat visible à Milan, il vaudra mieux le visiter au calme à la HEAD aux retours des installations, et, entre-temps, lire tout ça sur leur site.


Pour le reste, j'aimerais aussi souligner que ce Pavillon Suisse, que je ne trouve pas des plus beaux comme je l'ai déjà dit dans un précédent article, me surprend par sa capacité à se remettre en question et à s'améliorer. Une buvette avec des produits du terroir a été ajoutée et rend le pavillon beaucoup plus acceuillant (ce qui était une de mes critiques principales), des murs végétaux cassent le côté "cube de béton", et l'accueil et toutes les activités qui se passent autour du pavillon touchent parfaitement leurs cibles. Bravo !

Merci encore à la ville de Genève pour cette invitation et le decryptage houblonné qui l'a accompagnée (et surtout à A. qui se reconnaîtra !), j'espère pouvoir revenir à l'Expo une troisième fois vers la fin, pour faire un bilan encore plus complet de cette extraordinaire aventure qu'est une Exposition Universelle.

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