vendredi 15 juillet 2011

We need to talk about Kevin


We need to talk about Kevin (Lynne Ramsay, uk-usa, 2011)

En allant au NIFFF, je voulais être sûre d'au moins un de mes choix et je n'ai pas été déçue, un véritable coup de coeur pour ce film qui est resté gravé dans mon esprit plusieurs jours, malgré les autres films vus par la suite. Je n'avais lu que le court résumé du catalogue du NIFFF et je voulais en savoir le moins possible, bien m'en a pris. Quelle claque !

We need to talk about Kevin nous parle d'une mère, sublimement incarnée par Tilda Swinton. D'une femme qui projette de devenir mère avec son compagnon, première temporalité ; d'une femme qui découvre sa maternité avec son enfant, deuxième temporalité ; d'une mère qui a perdu ses enfants (de diverses manières, je vais tenter de ne pas spoiler), troisième temporalité. Ces temporalités se mélangent avec brio. La narration est vraiment originale, elle nous perd puis nous rattrape in extremis (souvent grâce aux incroyables regards de Tilda Swinton, on ne pourra jamais accuser la réalisatrice d'abuser de l'effet Koulechov !), elle nous emmène au cœur de la vie de cette femme par couches successives, explicatives ou émotionnelles avec une subtilité folle.



Je crois que le mot principal pour décrire l'ambiance de ce film serait "malaise". Cette scène par exemple montre cette jeune mère désespérée face à son bébé qui pleure constamment (sauf avec son père) et qui, pour avoir deux secondes de répit, s'arrête à côté d'un marteau-piqueur. La salle oscillait entre l'éclat de rire et les frissons dans le dos. Comme à de nombreux autres moments insoutenables pour certains, à l'humour noir délicieux pour d'autres (dont je suis), qui ne camoufle à aucun moment cette pesanteur et ce malaise ressenti par ce personnage.


Visuellement sobre mais très abouti, les cadrages sont intelligents et souvent surprenants, le montage est d'une force étonnante. Les décors, les costumes et les maquillages (et coiffures) "encadrent" Tilda et ses différents états d'être et participent à la compréhension des différents stades.


L'autre personnage principal, son fils, est incarné avec brio, à chaque âge. Celui de 3 ans est atrocement flippant, l'adolescent (Ezra Miller) en est au stade du psychopathe et c'est visible. Et sa mère est la seule à savoir qui il est et la seule face à qui il se montre. Le père, incarné par l'excellent John C. Reilly, est effacé mais central, c'est grâce à l'attitude de son fils face à lui que l'on comprend la solitude de cette mère qui n'ose annoncer au monde ce qu'elle soupçonne depuis la naissance de son fils.


Moi qui ne veut pas d'enfants (je vous en parlerai un jour), ce film m'a parlé de manière particulière, mais j'imagine qu'il doit remuer les tripes de tout parent également. Il parle de maternité de toutes les manières possibles : comment être mère ? Est-on naturellement mère ? Est-il possible de ne pas aimer son enfant ? Est-on coupable des bassesses ou même crimes de notre enfant ? Et tous ces questionnement passent dans les regards de Tilda Swinton. Époustouflant.


Sachez toutefois que malgré la violence extrêmes des relations et des thématiques soulevées, cette scène du litchi a été la plus violente selon moi, vous ne risquez pas de devoir fermer les yeux face à du sang éclaboussé. Je pourrais en parler beaucoup plus longuement, mais je serais forcée de spoiler, alors je vous abandonne ici en précisant que ce film passe évidemment le Test Bechdel. Allez le voir, c'est une merveille !


PS : J'ai découvert en préparant ce billet que Lynne Ramsay a également réalisé Movern Callar (uk, 2002), avec l'exceptionnelle Samantha Morton (à la filmographie parfaite jusqu'à présent), film que j'avais adoré à sa sortie et que je vous recommande vivement. Une réalisatrice à suivre !

11 commentaires:

  1. Tiens, on a fait un film de "Morvern Callar"? J'avais adoré le bouquin... (qui exprime aussi, surtout au début, très fort, ce malaise existentiel indéfinissable...)

    -> Alan Warner, "Morvern Callar", 1995

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  2. We need to talk about Kevin est également tiré d'un roman. Je te recommande les deux films.

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  3. Je viens de voir un film magnifique(et poignant):"une séparation" c'est un film iranien qui a obtenu l'Ours d'or,le thème paraît austère comme ça,mais c'est du vrai cinéma de réalisateur,des acteurs parfaits(primés eux aussi à Berlin,tous) et une peinture très intéressante de laa société iranienne,pas si éloignée de l'idée qu'on s'en fait,sclérosée,étouffante,réactionnaire mais vue des vrais gens,avec leur rapport complexe(et différent selon la classe sociale) à la religion,les relations familiales intenses,vraiment,je te le conseille(mais j'ai pleuré quand même).

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  4. Il y a un bon article sur le site du Passeur Critique,j'arrive pas à mettre le lien.

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  5. Encore un film à voir! Merci grâce à toi je suis un peu moins à l'ouest :)

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  6. Juste pour écrire aussi quand je ne suis pas d'accord :)

    Je trouve que ce film est l'exemple même du bon sujet qui est flingué par une mauvaise mise en scène.
    En effet, le thème est plutôt intéressant (même si montrer un enfant qui fait du mal à sa mère depuis la conception, cela peut véhiculer des idées nauséabondes sur l'origine du mal, enfin je m'égare un peu et ferme la parenthèse) mais alors le côté pesant, la symbolique martelée, ça m'a paru too much. Quelques exemples : le mono chromatisme avec répétitions à outrance et sur soulignements pour être sûr qu'on ait bien vu cette couleur, cela manque de finesse.

    Idem pour les premiers mots de l'enfant (dans une séance de jeux video) ou quand il y a un reflet d'un objet (je reste cryptique à dessin) dans un œil. Au début, je me suis dit "bien vu", mais quand on a eu droit à un plan fixe très long pour dire "vous avez vu comme mon symbolisme tout en finesse est présent", j'ai pensé qu'appuyer autant ces bonnes idées les rendaient mauvaises à force (et je ne pense pas être doué d'une perspicacité hyper développée).

    Je ne jette pas la pierre aux acteurs, décorateurs, chef opérateur etc... je pense qu'en changeant le montage on pourrait y gagner en subtilité et que le film y gagnerait (on n'est pas forcé d'être de mon avis).
    Sinon je vois qu'au dessus on parle d' "Une séparation" et j'ai adoré ce film

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    1. Je comprends ce que tu veux dire et j'aime ton analyse.

      Que je ne partage pas.
      Ces moments grinçant appuyés et parfois, comme tu le soulignes, exagérés sont rares au cinéma. Ils sont ici laissés à dessein. Pas seulement pour appuyer le malaise mais pour expliquer à quel point il est profond, installé, pérenne, impossible à effacer.
      On souffre avec elle. Sans pour autant se mettre véritablement à sa place. On ressent le malaise mais on ne s'identifie jamais à elle.
      Le fait d'appuyer d'une manière qui peut être ressentie comme un peu artificielle aide cet état de fait (de non-identification nécessaire pour cette histoire).

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    2. Vu ! et moi aussi je comprends et aime ton analyse que je ne partage pas non plus. Étonnant, non ? :)

      Je confirme que ces moments sont rares au cinéma et j'ajoute perfidement "surtout dans les bons films" (aïe, aïe, pas sur la tête). Cela dit je reconnais que la démarche est volontaire de la part de la réalisatrice et que tout le monde n'a pas le même degré de tolérance envers cela (ni n'est touché de la même manière par le sujet du film), cf nos avis respectifs ;)

      Dans la série "rien à voir", 1/ c'est fait exprès que ton blog soit à l'heure d'Hollywood ? :) 2/quand on met un commentaire sous "nom/URL" on peut pas entrer d'email et donc être prévenu qu'une réponse a été apportée, c'est dommage (mais je ne sais pas si tu peux y faire grand chose). Merci en tout cas pour la réponse rapide ;)

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    3. Blogger est un un petit farceur avec des horaires parfois fantaisistes.
      Et ce même blogger ne permet un abonnement aux commentaires que sous compte google, je sais, c'est nul :-(

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    4. Merci pour les réponses en tout cas (oui je suis repassé par ici). Du coup je saurais pas si le 25/06/2015 j'aurais quelque part une réponse à un de mes commentaires, tant pis :)

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