samedi 6 août 2011

Super 8 de J.J. Abrams


Super 8 (J.J. Abrams, usa, 2011)

Je suis sortie de la salle, avec un sourire scotché au visage qui ne m’a pas quitté avant que je puisse exprimer le côté jouissif de ce film à mes interlocuteurs cinéma habituels. Ne le ratez pas. D'abord, ce film est tout a fait abouti visuellement. Et parfaitement rythmé avec montage excellent. Les décors sont spectaculaires, les effets spéciaux également. La musique est à la hauteur. Les acteurs sont indéniablement à leur place. Bref, les pré-requis de base pour un bon film sont là, sans doute aucun.


Super 8 est réalisé par J.J. Abrams (connu entre autres pour LOST et Fringe, pour le situer) et produit par Steven Spielberg. Mais Super 8 est clairement et volontairement "un Spielberg". Le film est efficace, rythmé, avec tous les éléments nécessaires pour plaire au plus grand nombre. Mais, il va plus loin que ça. C'est une déclaration d'amour au cinéma des années 80, il y a du E.T., du Rencontre du Troisième Type, du Gremlins, du Goonies, etc. dedans. Le genre de films que l'on a envie de voir quand on a 12 ans en se disant qu'on adorerait avoir des copains comme les personnages du film. Et qu'on prend tout autant de plaisir à voir une fois adulte.


L'hommage ne s'arrête pas aux décors et aux très nombreux clins d'oeil (aaaah ces vélos qui s'envolent !), J.J. Abrams a également choisi de reproduire le rythme, les cadrages, les lumières de l'époque. Il a fait un film des années 80. Sans parler des thématiques chères également à Spielberg. Une vraie madeleine de Proust qui fait rire et sourire (souvent à contre-courant du film grâce aux citations) avec un énorme plaisir, tout en étant pris par l'histoire qui, même si il n'y a pas vraiment de grande surprise inattendue, est plutôt bien menée, malgré quelques clichés. Mais même ces clichés-là nous ramènent à E.T. and co et participent donc à l'ambiance nostalgique générale.


Une bande de gosses fait un film de zombie en Super 8 pour un concours durant leurs vacances d'été. Un soir où ils ont fait le mur pour filmer une scène a lieu sous leurs yeux et l'oeil de leur caméra un énorme carambolage de train dont ils réchappent miraculeusement. Toute cette partie-là aurait pu être réalisée et écrite dans les années 80, à une gigantesque exception près : les effets spéciaux. Le crash du train est spectaculaire, il dure super longtemps et multiplie les points de vue, les wagons qui volent, les explosions et boules de feu et le fracas monumental de l'accident. Et l'on se prend à rêver de certains films de l'époque avec les moyens d'aujourd'hui. (Non, ceci n'est PAS un appel aux remakes.)


Dans toute histoire du genre, il faut forcément une histoire d'amour, elle a lieu ici entre le héros, fils du shérif adjoint, qui vient de perdre sa mère dans un accident et la fille de celui qui est peut-être coupable de la mort de la mère du premier, une sorte de Roméo & Juliette, parfait cliché qui fonctionne très bien. Il faut également un copain pathétique, il y a le trouillard qui vomit et dit toujours non (le vomi dans le bus scolaire vers la fin est tout à fait hilarant, je soupçonne un effet spécial à l'ancienne du genre Roger Rabbit). On ajoute un petit gros, un appareil dentaire et des lunettes, des frères et soeurs qui mettent des bâtons dans les roues, une compétition amoureuse pour la même fille et on obtient le groupe d'enfants parfait, le groupe d'enfant générique,  celui qui serait "exportable" dans pratiquement tous les films de ce genre. (D'ailleurs est-ce un genre "le film groupe d'enfant", depuis ce film peut-être que ça le deviendra.)


(SPOILER ALERT) Le héros est évidemment le plus malin ET celui qui, grâce à sa solitude, va comprendre la solitude de l'alien et sauver ses amis sa ville, le monde. Son père est évidemment peu présent et injuste, mais évidemment aussi il va évoluer et devenir un père merveilleux. Les méchants militaires qui ont cachés des secrets et torturé un pauvre alien sans défense, hum, vont rater leur mission. Le pas-si-méchant-que-ça-au-final alien réussi à rentrer chez lui dans un fabuleux moment où tous les humains du coin redeviennent frères en levant les yeux au ciel conjointement et on sent que cet instant va sceller leurs vies à tout jamais. Donc oui, clichés, clichés, clichés, mais ils sont attendus, presque des passages obligés, un genre de contrat de lecture passé avec le spectateur dès qu'il comprend l'identité madeleine de Proust du film. Par exemple à la fin, quand son médaillon est attiré par l'aimant géant construit par l'alien et que J.J. Abrams nous fait durer cet instant, multipliant les largeurs de plans et les points de vue, jusqu'au moment où, enfin, il ouvre ses doigts et termine donc son deuil par lequel le film a commencé. On sait à chaque instant qu'il va le lâcher, mais ces longues secondes sont parfaitement jouissives. On est à la limite de parler à l'écran : "mais vas-y lâche-le, lâche-le" et ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé.


Mais surtout, surtout, J.J. Abrams nous parle de son amour du cinéma, de sa cinéphilie, et fait appel aux nôtres. Je pense que n'importe qui peut aller voir ce film et y prendre du plaisir, mais je soupçonne que plus vous aurez vu de films auquel il fait référence, plus vous trépignerez sur votre siège. Je suis d'ailleurs persuadée d'avoir raté la moitié des références tellement il y en a. Et à chaque fois que j'y repense, j'en retrouve, ou j'ai cette sensation de déjà vu sans arriver à mettre la main sur la référence d'origine.


Ce que j'ai le plus apprécié, c'est les trois niveaux sur lesquels joue le réalisateur, d'abord une narration typique d'un film avec groupe d'enfant, dans une petite ville, plutôt bien menée. Ensuite un un film à suspense/action ET un film de science-fiction dont les genres sont respectés, hommages encore. Et finalement, un film de cinéphile où chaque cadre nous en rappelle un autre, où de nombreux dialogues font échos à d'autres devenus cultes, où les blagues du tournage des enfants prennent constamment une plus-value de sens grâce à ces trois niveaux. De la même manière que le jeune réalisateur qui décide de profiter des production values amenées par le crash du train.

Et le film se termine sur cette magnifique scène d'apocalypse suivie d'un happy end total, et le générique commence... et comme je l'espérais, dans le générique, on voit le film tourné par les enfants durant le récit, donc on retrouve les scènes vues plus tôt, avec tous les défauts des films amateurs particulièrement comiques quand ils sont reproduits par des professionnels aguerris, et un final inattendu. On imagine J.J. Abrams et Spielberg en salle de montage, se marrer comme des gamins sur ce film alibi, et on partage leur joie. Dans la salle, il y a même eu des applaudissements à la fin.

Alors allez-y et ne boudez pas votre plaisir. C'est un film qui ne sera jamais un grand classique du cinéma, mais je mets ma main au feu qu'il deviendra très vite culte. J'hésite d'ailleurs à y retourner, pour profiter de l'aspect visuel sans être happée par l'histoire... et juste pour le plaisir.

6 commentaires:

  1. Ça donne envie d'aller le voir, je le verrai même différemment après avoir lu tes commentaires jusqu'à la spoiler alert seulement.

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  2. J'en suis ravie (de l'avoir donné envie), j'espère que tu repasseras donner ton avis.

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  3. Quel pied, mais quel pied !!! C'est tout à fait ça, un film des années 80 mais réalisé maintenant. J'ai retrouvé l'ambiance des films que j'adorais gamine, et comme ça fait du bien !
    Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus vécu un tel moment de cinéma, divertissant, décomplexé et finalement, très nostalgique. J'en suis aussi sortie avec la méga banane ;)

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  4. Oh, faut que je le vois ce film ! :)

    => http://jedevoreleslivres.blogspot.com

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  5. Je ne suis pas un fan absolu d'Abrams et je pense que ce film est à moitié génial (et que c'est dommage que cela ne soit pas + génial)

    J'ai trouvé la deuxième moitié (SF on va dire) un peu "bof", grandiloquente avec des effets "je t'en mets plein les yeux". Bref pas beaucoup plus qu'un pop corn movie.

    Et c'est dommage car le début est magistral (j'ajoute aussi le générique de fin parce que bon quand même c'est un joli bonus). On y voit une bande d'enfants (pré adolescents) qui font du cinéma par passion. C'est super touchant de les voir faire leurs films avec ces bouts de ficelle, puis de devoir attendre 3 jours pour avoir le film développé (maintenant en deux minutes c'est sur youtube). Tous ces passages sont splendides et la scène où le héros maquille la jeune fille pour en faire une zombie est magique de non dit, de tendresse et d'amour pour le cinéma. Ça donne envie de revoir les Goonies :)

    Comme quoi, je préfère quand c'est simple, pas trop tape à l’œil et avec de vraies idées de cinéma derrière.
    Une petite pensée au père aka Coach Eric dans Friday Night Lights.

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    1. La moitié "SF" est surtout emplies de mille hommages, ce qui a fait que ça a marché pour moi, mais je comprends ton point de vue, très cher.

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