lundi 20 février 2012

Le Carnaval des Bolzes


Le Carnaval des Bolzes a lieu chaque année en Basse Ville de Fribourg le dimanche qui précède Mardi Gras. Les festivités réelles durent du samedi au mardi (beaucoup de Fribourgeois prennent congé le mercredi pour récupérer...), mais le cortège et le grand moment du procès du Rababou, ou Bonhomme Hiver, ont lieu le dimanche après midi, chaque année à une heure fantaisiste du genre 14h32 pour le cortège et 17h02 pour la mise à mort (pour 2012).

 

Cette année j'y suis allée avec ma soeur, Numéro 2 et Numéro 3, pour voir le défilé. Nous avons vu des schtroumpfs, Gargamel, le Professeur Tournesol, des chinois de Moudon (je n'ai toujours pas compris), des danseurs de samba, des marins du Titanic, des déchets nucléaires, des pirates, des chevaliers, etc. Le but est évidemment d'illustrer et de critiquer l'actualité locale, nationale ou internationale. Comme pour le Rababou, ce personnage de papier mâché, rempli matières inflammables et de quelques pétards, qui fait souvent plus de 12 m de haut, et qui est accusé de tous les maux de l'année, en français, en bolze et en suisse-allemand. C'est une excellente occasion de tenter de comprendre certains enjeux locaux (comme lors du discours de Saint Nicolas du haut de la cathédrale, l'autre fête incontournable de la ville).


Le Carnaval des Bolzes a été remis au goût du jour il y a quelques décennies, mais il existe depuis plusieurs siècles. Son histoire vient des rivalité entre la Neuveville (quartier autour de la cathédrale où habitaient les "riches", principalement francophones) et la Basse (quartier autour de la Sarine, plus pauvre où l'on parlait -et l'on parle toujours dans certains cafés- bolze, un patois mâtiné de français et de suisse-allemand). A l'occasion de mardi gras, les riches descendaient grimés dans la basse pour se dévergonder avec le peuple. Les "pauvres", masqués et déguisés avec des sacs de jute, en profitaient pour les bastonner, pour venger "Roba le bou", jeune (boueb) qui avait été condamné pour avoir ramassé (et donc volé) du bois dans une forêt privée d'un "des riches de la Neuve" (ou Haute ville). Chaque année, les Bolzes rendent donc hommage au Rababou, devenu depuis le bonhomme hiver.

Les costumes façon Roba le bou sont redevenus à la mode.

Sachez enfin que le Rababou est construit, en grand secret, par deux frères, dans un hangar de la basse pendant 4 mois, de manière entièrement bénévole. Ses atours de l'année sont une critique, souvent sévère, aux politiciens locaux ou nationaux. Le comité du carnaval, entièrement bénévole également, se finance uniquement grâce aux taxes d'entrées. Ils gèrent eux-même toute l'organisation du défilé, les logements des groupes de Guggenmusik invités de toute la Suisse (et parfois même d'ailleurs en Europe), la sécurité durant toute la durée des festivités, etc. C'est eux également qui écrivent le discours et effectuent la mise à mort qui ouvre les festivités officielles. (J'ai passé toute mon enfance à Fribourg, entre un père qui participait chaque année au défilé avec son Centre de Loisirs et que j'ai souvent accompagné et une mère anthropologue qui a réalisé un documentaire sur ce carnaval, ça laisse des traces...)

Vous noterez l'ENORME effort de déguisement que j'ai fait cette année... 
(merci Numéro 2 qui me l'a prêté)



Conseils pratiques

D'où que vous arriviez, ils contrôlent TOUS les accès, ça vous coûtera 10.- par adulte (les enfants entrent gratuitement jusqu'à 6 ans, je ne connais pas le prix actuel pour les enfants,désolée). 

Au début du cortège (vers 14h30 au niveau du funiculaire), chaque année, passent les cantonniers de la ville avec un de leur chariot, pour vendre des confettis (3.- le sac), ce qui leur permet de mettre un peu de beurre dans les épinards et de leur donner du coeur à l'ouvrage pour ensuite nettoyer tous ces confettis qui s'insinuent partout.

Si vous êtes avec des enfants, il y a moins de monde en bas des Escaliers du Court-Chemin et sous le pont de Zaehringen. 
Si vous êtes entre adultes (et que vous avez envie de prendre de bonnes photos), préférez les abords du pont de Berne (vieux pont en bois) où vous découvrirez l'ingéniosité des chars qui se "décapitent" à cause de la hauteur du pont... et vous serez près de la Place Saint Jean pour les vendeurs de saucisses le procès du Rababou (ouuuuuh ouuuuuh Rababouuuuu)  et sa mise à mort.

Image de la TSR du Rababou 2012

Sachez enfin, information capitale, que cette année, le rababou a brûlé en moins de 10 minutes, garantie d'un été chaud. L'échelle et les prédictions lues dans le brûlage du Rababou sont évidemment des sciences exactes mais complexes à discuter dès l'apéro et jusque tard dans la nuit, en particulier aux Trois Canards, dans la vallée du Gottéron. Préparez-vous à une plongée anthropologique et à entendre parler bolze. Si vous êtes moins anthropologues que fêtards, autour de la Place Saint Jean les habitants ouvrent les caves, voûtées en molasse, closes le reste de l'année, pour des bar éphémères et thématiques dont vos souvenirs seront flous et fantasmagoriques. Mais quoi qu'il arrive, j'espère que vous aimez la Cardinal ou le vin blanc !


Pour ma part, je suis rentrée sagement, après avoir vu l'émerveillement dans les yeux de mon neveu et de ma nièce, aka le chevalier et le petit chat, qui ont dansé, ri, eu peur des canons à confettis et probablement gardé des souvenirs ravis de leur tante et de leur mère ridicules mais enthousiastes (j'en profite pour remercier Petite Soeur Chérie pour certaines de ces photos avec son sublime appareil dont je suis extrêmement jalouse). J'en avais encore un énorme sourire scotché au visage lors de l'arrivée du train sur le sublime lac Léman. Fribourgeoise j'étais et je reste de coeur, Lausannoise d'adoption je suis et je serai.

9 commentaires:

  1. Figure toi que la première fois que je suis venu en Suisse, je suis venu passer un week-end à Fribourg pendant le Carnaval. Cette année là, le Rababou avait un maillot du HC Gottéron. Après, j'ai habité trois ans en basse...

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  2. Merci pour cet article très complet sur ce carnaval dont j'ignorais toute l'histoire. Super post, très intéressant.

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  3. Il me semble qu'un des 2 frères qui construisent le rababou est décédé et maintenant, celui qui reste le fait avec son fils.

    Les confettis nous ont suivis (bien sagement cachés dans les petits poings de numéro 3 quand on lui a mis ses gants) numéro "4" a adoré...:-)

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    1. J'en ai retrouvé dans mes bottines, comme prévu. Je que je n'avais pas prévu, c'est ceux que j'ai retrouvé dans mon lit ce matin... je sais pas s'ils étaient cachés dans mes cheveux ou dans ma culotte. La malédiction des confettis.

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  4. Post super intéressant, merci pour cette belle description, et pour les conseils pratiques!

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  5. Ah, voilà donc comment se fête Carnaval en terre fribourgeoise. C'est beaucoup plus marrant et moins traumatisant pour les petits n'enfants (quoique, les canons à confettis...) que les histoires de monstres dans les Vallées reculées du Valais ! Je retiens cette histoire de bastonnades des riches car apparemment, c'est le point commun avec les "tschägättä" qui se servaient de leur masque et de leur déguisement pour régler leurs comptes entre Villageois, ni vus, ni connus. J'aime bien ce retour des vieilles traditions en tout cas !

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  6. Je suis toujours jalouse des villes ou régions qui ont des traditions de ce genre : je n'ai jamais eu la chance d'en habiter une !

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