vendredi 25 janvier 2013

Django Unchained


Django Unchained (Quentin Tarantino, usa, 2012)

Tarantino est un de mes amours de jeunesse, je me souviens encore avec délice de la claque prise à la première vision de Pulp Fiction, j'avais 16 ans et je l'ai pris en pleine tronche. C'était enfin un film pour moi, que les plus vieux trouvaient trop violent -les abrutis, ils ne comprenaient donc pas le second degré, la beauté de cette exubérance, décidément, j'étais exceptionnelle et bien seule au monde- bref, j'avais 16 ans et ce film tombait pile-poil au bon moment. Dans la foulée j'ai vu Reservoir Dogs, évidemment (d'ailleurs, comment faisait-on à l'époque pour voir "dans la foulée" tous les films du réal. qu'on venait de découvrir ? Je ne m'en souviens plus, j'avais dû acheter une VHS ?) (qui a dit que j'étais vieille ?), et encore plus aimé ce film à très petit budget mais à esthétique et surtout construction parfaite. D'ailleurs il a très bien vieilli et reste un chef d'oeuvre (Pulp Fiction a pris un peu d'âge par contre, mais reste tout à fait jouissif).

Mais ce que je vous raconte là c'est l'histoire de très nombreux cinéphiles de ma génération et qui ont évidemment vu TOUT ce que Tarantino sort au cinéma depuis. L'attente est forte et passionnée, à chaque film. Et les réactions souvent disproportionnées. Quentin (oui, parfaitement, Quentin, on est proche lui et nous, forcément) est adoré ou détesté, mais il ne laisse personne indifférent, d'ailleurs ça correspond à son caractère exubérant et passionné.

Bref, tout ça pour dire que ce dimanche matin, quand j'ai entendu les premières (et jouissives) notes de musique sur ce générique rouge vif dans cette scène d'ouverture magistrale (qui, n'en déplaise à Montjo, me fait encore penser à l'ouverture du Don Quijote de Gilliam qui n'a jamais été tourné) (comment ça je suis folle ?), j'étais prête à adorer ou détester, mais surtout déterminée à ne pas en perdre une miette.


Je supprime le suspense tout de suite : j'ai aimé ! Beaucoup aimé ! Mais je n'ai plus 16 ans, et je suis capable aujourd'hui d'aimer un film sans en occulter les défauts. Mais d'abord pourquoi j'ai aimé ? Parce que c'est du GRAND Tarantino. Drôle, grandiloquent, coloré, pleiiiiins de références, décalé, avec des dialogues exceptionnels, des acteurs fabuleux et surprenants dans leurs rôles, des gueules, des décors et des costumes léchés et une bande originale évidemment fabuleuse (j'écoute très souvent les BO Tarantino en marchant, elles sont parfaites pour transformer une journée grise).


Le pitch : un chasseur de prime, le Dr King Schultz (le très savoureux Christoph Waltz), cherche un esclave enfui d'un plantation, Django (le parfait Jamie Foxx) pour qu'il l'aide à reconnaître trois frères et gagner leurs primes. 

Schultz est Allemand et contre l’esclavage,  il va donc bouleverser le monde qu'il traverse simplement en traitant d'égal à égal Django. Le film est assez clairement divisé en trois parties (mais cette fois-ci, Quentin n'a pas fait de chapitres, ni mis du désordres dans ceux-là, tout est très linéaire temporellement, à part quelques flash-backs explicatifs, une narration tout à fait classique) : la libération et l'apprentissage de Django, l'affranchissement de Django et le duo de chasseurs de primes, la plan pour libérer la femme de Django. Problème : le film est BEAUCOUP trop long, et même si chacune des parties est vraiment agréable à regarder et comporte des moments que je comprends que Quentin n'ait pas voulu sacrifier, le rythme en souffre. Du coup, même si on ne s'ennuie jamais vraiment, on se prend à analyser le film plus qu'à en profiter tout simplement.


Et il faut le dire, Quentin a un GROS défaut : il est fan de lui-même. Certaines loooooongues séquences ne sont là que parce qu'il se réjouissait de les tourner et qu'il aime un détail, ou pour justifier un dialogue, alors que le film global aurait probablement gagné en punch si elles avaient été coupées. (Je pense par exemple à la séquence du Saloon, à la séquence du costume bleu, à la séquence de Dartagnan et des chiens, etc etc etc.) Mais on lui pardonne, parce que c'est Quentin et que c'est bien foutu (même si inutile, ou too much, ou hors propos). Le problème c'est que même si on lui pardonne, à la sortie de la salle ça se ressent. Beaucoup d'enthousiasme dans les premières minutes (il faut dire que le final est fabuleusement grandiloquent et jouissif), mais qui retombe assez vite pour un verdict plus nuancé : c'est un chouette Tarantino, pas un chef d'oeuvre.


Et pourtant, TOUT y est pour faire un film culte... mais il y en a peut-être trop... et pas assez de rythme, pas assez de choix drastiques et douloureux pour un réalisateur, mais qui amène un côté percutant dont le film Django Unchained manque un peu. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir envie d'y retourner, en particulier pour observer encore une fois les fabuleuses performances de Jamie Foxx, Christoph Waltz, Samuel L. Jackson (méconnaissable en Oncle Ben's) et Leonardo di Caprio.

(Petite anecdote : la scène d'après-dîner où il saigne de la main, il s'est vraiment coupé, ce n'était pas prévu et les acteurs bouche-bée le sont réellement, car Leo   n'a pas cillé un instant et a continué à jouer son rôle en utilisant ce sang, le silence de ce moment-là est faramineux ! Même si encore une fois cette séquence aurait pu être coupée pour un peu plus de punch rythmique...)


Test Bechdel : raté, mais alors raté de chez raté.


PS HS : ce manque de choix, cette manière d'être content de lui au détriment du rythme de son film, ces moments décalés qui sont jouissifs mais qui ne servent pas la globalité du film font de Tarantino mon réalisateur préféré de mes 16 ans. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus intéressé par le travail et la réflexion d'un Eric Rochant qui a récemment live-tweeté le tournage de Möbius et écrit sur son blog en parlant de ses tourments de créateur, des choix difficiles auxquels il est confronté, de combien il se bat pour que son film ressemble le plus possible à ce qu'il veut lui, et non ses distributeurs ou autres acteurs impliqués. Et j'attend ce film avec beaucoup plus d'impatience que je n'ai attendu le dernier Tarantino. (Et non, ce n'est pas que ma culotte qui attend Tim Roth, mais aussi, je vous l'accorde.)


10 commentaires:

  1. il m'a touché ce Tarantino et ça c'est rare (même si la scène des chiens est clairement de trop)
    et bon dieu ces acteurs

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    1. Cette séquence sert à affirmer encore plus les personnages :
      - Django est déterminé et capable de tenir son rôle quelles que soient les conséquences
      - pour Dr Schultz, tout est un jeu, mais il refuse de faire partie des bourreaux, ce qui est totalement hypocrite de sa part
      C'est à ce moment que le film bascule d'un film duo à un film sur Django. Mais ça aurait pu être faire de manière beaucoup plus courte, Tarantino écoute ses propres dialogues avec délectation (moi aussi hein, mais bon).

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    2. (D'ailleurs il l'avoue presque dans la scène, dans la bouche de Django (je crois) en disant que tout ceci est une circonvolution non nécessaire au développement de l'affaire qui les intéresse.)

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    3. On est d'accord, mais elle était trop crue, trop réaliste pour moi, j'aurais préféré pour le coup un peut de finesse et de suggestion, même si je comprends le pourquoi du comment

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  2. Pas grand chose à rajouter (dit-il avant d'écrire un pavé).

    Tarantino a des défauts mais au moins on a plaisir à aller voir ses films, on prend un pied..... et par comparaison on se rend compte qu'il y a bien des fois où on sort du cinéma en se disant juste que c'était "pas mal".
    Là je trouve qu'il y a peut-être 15 minutes en trop dans la dernière partie (le dîner grosso modo où cela tourne quasiment qu'autour du show (très bon) de Di Caprio au détriment des deux autres protagonistes).

    Je note avec délectation le fait que ce soit un Allemand qui parle le mieux anglais, et aussi la mention de l'ascendance de Dumas (je me demandais s'il allait en parler).

    J'aime aussi beaucoup comment Tarantino inscrit la fiction dans ses films et comment cela change l'histoire (ou l'Histoire). C'est vrai pour son précédent film où le cinéma mettait fin à la guerre ou aussi pour Tim Roth (merci de garder vos sous vêtements) dans Reservoir Dogs. Dans Django Unchained, le "on dirait qu'on serait" est utilisé deux fois explicitement. A l'heure où on nous sort plein de films "tirés d'une histoire vraie" (mais à 2% ou 95% ??), j'aime beaucoup le parti de Quentin (vu qu'on est potes maintenant) de raconter de la fiction pour parler d'une réalité passée.

    Je ne comprends pas trop pourquoi il y a tant de polémiques aux USA. De la part des pro-esclavagistes (il doit en rester) à la rigueur OK mais de la part de gens comme Spike Lee qui estime qu'on ne peut pas faire un film décontracté sur la traite des noirs, franchement... On peut pas dire que Tarantino soit du côté des esclavagistes et je trouve ça plutôt sain qu'il en cause (même si ça fait un peu "j'applique la même recette" par rapport à ses films précédents)

    Le film est assez bavard et je regrette un peu que l'action l'emporte au final sur le verbe comme conclusion de la scène. Ca manque de rôles féminins et il y a trop d'exagération avec le sang (c'est voulu mais c'est too much). Néanmoins, en moins de trois heures, Tarantino crée un mythe, un super héros, ce Django ("the D is silent" dit-il au Django du film de 1966 qui répond "I know"^^). La scène des cagoules du proto-KKK est assez jubilatoire également. Si on n'aime pas Tarantino, faut passer son chemin. Sinon faut y aller absolument. Je me demande si j'ai pas déjà mon film préféré de 2013

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    1. Pour ma part c'est la deuxième partie, le "milieu" que je trouve beaucoup trop long et inutile, on s'est déjà attaché aux personnages.

      Film préféré en 2013... en janvier... c'est juste pour pouvoir changer d'avis, avoue !

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    2. Si je peux trouver mieux en 2013, je signe tout de suite, crois moi ;)

      A propos de rythme, j'ai été étonné que la traque des trois frangins se résolve de manière beaucoup plus rapide que je ne l'avais envisagé. Comme quoi des fois, Quentin va à l'essentiel.

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  3. Même remarque que le docteur Genevois sur Tim Roth.

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  4. je l'ai vu ce week-end et j'ai adoré! comme d'habitude, une BO irréprochable et un casting juste hallucinant!
    Tout à fait d'accord avec toi pour la longueur du film. On ne s'ennuie pas un instant mais certains moments ne sont pas forcément utiles.
    sinon je ne connaissais pas le Test Beschdel ni l'info à propos de Leo et de sa main qui saigne.
    C'est bien pour ça que j'aime ton blog et que j'en ai parlé dans ma blogroll de janvier:
    http://beautynotbeauty.blogspot.com/2013/01/ma-blogroll-de-janvier.html
    Bises

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