vendredi 12 juin 2015

UnReal, la télé-réalité comme support à la fiction



Même quand j'avais la télé, je me suis très vite désintéressée de la télé-réalité, après avoir compris le principe avec 2-3 shows, au final je regardais encore parfois vaguement d'un oeil certaines émission ayant trait à la cuisine, mais depuis 4 ans, ça ne me manque pas, du tout, au contraire. Je n'ai pas pour autant abandonné le petit écran, mais pour me plonger exclusivement dans des séries, que je sélectionne, et que je choisis quand et comment regarder.

Mais un nouveau phénomène me rattrape, des séries s'amusent à utiliser le principe des émissions de télé-réalité comme base pour leurs scénarios de fiction. C'est souvent très intéressant, quel que soit le genre final choisi, car ça permet de jouer sur la critique de la fameuse "réalité" totalement fabriquée par les producteurs en allant jusqu'au bout de la fiction. Le cinéma a aussi joué à troubler ces codes entre réalité et fiction avec par exemple le fameux The Blair Witch Project. Mais seul le format série permet de jouer avec ces codes de la télé-réalité qui s'étend sur un temps plus long.


Siberia


La première que j'ai vue continue à me fasciner, c'est Siberia (je vous en parlais déjà à sa sortie). Seize candidats sont posés dans un territoire hostile en Sibérie, le meilleur survivant remportera une grosse somme d'argent. Voilà pour le pilote, où les codes du genre sont respectés (présentateur "aventurier" en kaki, équipe de tournage invisible, mini-interviews des candidats face caméra, etc.), et puis tout part en vrille. Je refuse de spoiler cette série qui a besoin de tous ses effets de surprise pour fonctionner au maximum, mais sachez que le genre est plus fantastique-épouvante qu'aventure au final. Ce qui est passionnant, c'est que petit à petit, les lignes de démarcation entre le jeu et la réalité se brouillent, les processus et les équipes de tournage sont de moins en moins invisibles, et les concurrents constamment partagés entre le fait de "jouer le jeu" ou une vraie terreur et réflexion sur leur survie. Et au final, quand le jeu s'estompe et que la survie prend le dessus, toute la mesquinerie humaine toujours poussée à son paroxysme dans la télé-réalité disparaît petit à petit pour amener à une entraide beaucoup plus saine, c'est très intéressant. (Attention toutefois, les fans, dont je suis, attendent toujours une deuxième saison, la fin de la première est très frustrante, mais ça vaut quand même la peine de voir (et revoir) cette série qui ne ressemble à aucune autre.) Quelqu'un a mis la totalité de la saison 1 (et donc unique à ce jour, mais je ne désespère pas) sur dailymotion, voici le premier épisode.



Ne vous arrêtez pas à votre haine de la télé-réalité, elle sert ici uniquement de support pour haïr encore plus les humains concurrents de base (je vous rassure, ça s'améliore), oubliez les régulières petites incohérences scénaristiques et laissez-vous aller à l'angoisse, c'est délicieux.



Burning Love


En utilisant le même support de base, la télé-réalité, dans un genre totalement opposé, j'ai ensuite découvert l'hilarante Burning Love, une des première série diffusée par Yahoo! Screen. Une émission genre le Bachelor, où un célibataire rencontre une sélection absurde de concurrentes qui vont tenter de le séduire. Sauf qu'ici le concurrent est incarné par Ken Marino (Veronica Mars, Party Down), il joue un pompier arrogant et particulièrement stupide, et il est entouré d'un formidable casting d'actrices, dont la plupart sont des humoristes, des actrices comiques voir des célébrités qui viennent se moquer d'elles-mêmes (Jennifer Aniston est parfaite). Les situations sont évidemment grotesques et exagérées, ce n'est pas d'une grande finesse, mais c'est vraiment très drôle. Il y a trois saisons, la deuxième met en scène la situation inverse : une femme et des concurrents masculins, avec au casting Ben Stiller, Paul Rudd, Seth Rogen, Michael Cera, Adam Scott, Jerry O'Connell, Ryan Hansen, Martin Starr, et j'en passe, un festival de talents. La troisième saison propose à tous ces candidats de revenir pour se battre pour la somme extraordinaire de 900$. Les épisodes sont très courts, moins de 15 minutes, chaque saison est regardable en une soirée.
Ce qui est intéressant ici, c'est qu'au lieu de tenter de détourner les codes de la téléréalité, Burning Love les pousse à leur paroxysme, donc on suit cette série comme si c'était la vraie émission, et c'est complètement con... mais au final tragiquement similaire à ce qu'on peut voir dans les "vraies" émissions de télé-réalité (neurones grillés en moins). Bande-annonce.





Mais si je vous parle de ces séries aujourd'hui, c'est qu'une autre utilisant la même thématique vient de débuter sur la chaîne Lifetime, dans un genre totalement différent, mais (jusqu'ici, je n'ai vu que 4 épisodes pour l'instant) également d'excellente facture.





UnReal



Elle utilise aussi le prétexte d'une émission type "Bachelor" , mais cette fois-ci depuis le point de vue de la production. En particulier depuis le regard d'une productrice, devenue maîtresse manipulatrice des candidats, qui les amène à des comportements exacerbés qui font "de la bonne télé"... c'est-à-dire du trash, de la télé poubelle, des coups d'éclats, des bagarres, de la nudité et du glauque.


Mon intérêt pour les coulisses du métier n'a pas changé. Je ne suis pas sûre que la plupart des spectateurs de télé-réalité se rendent compte à quel point la production manipule la totalité des éléments, même s'ils ne sont pas dupes du côté "réalité". Ici, c'est une caricature, mais pas si éloignée des shows existants actuellement (pour ce que j'ai pu en lire). La "réalité" de ces émissions (c'est-à-dire comment ça se déroule vraiment pour les humains impliqués dans un tel tournage) est donc traitée grâce à la fiction, et là on atteint le coeur de ce qui m'intéresse le plus, les lignes de démarcation entre ce qui serait sensé être "vrai" et ce qui est sensé être "faux" perdent en netteté, et on atteint une critique plus complexe du système. D'autant que c'est particulièrement bien mis en lumière, ce qui permet de faire une différence immédiate entre la lumière trop brillante et saturée du "tournage de l'émission" et la lumière plus brute et "réaliste" des "coulisses", qui se mélangent parfois pour encore plus de confusion. Les cadres jouent beaucoup sur les superpositions de couches de narration entre les avant et arrières plans, les dialogues sont très bien écrits et le casting des deux côtés de la barrière "émission" vs "coulisses" est excellent.



En tant que spectateur de UnReal, et également des deux séries présentées ci-dessus, nous nous complaisons à nous sentir supérieurs aux spectateurs de télé-réalité, car nous, nous regardons une série, genre réhabilité depuis les Sopranos, nous ne sommes pas des moutons avachis bêtement devant la télé, des cerveaux formatés pour mieux supporter la pub. Nous, nous avons fait un choix culturel... et pourtant. Ce sont les moments de crise qui sont les plus palpitants (le rythme de UnReal est très bien construit pour mettre en exergue les crises de prod et non de "réalité", évidemment). Le fait que ces moments soient fictionnalisés nous rend-il meilleur que ceux qui regardent de la réalité scénarisée ? Parce que c'est une fiction et non des "personnes réelles manipulées" notre moralité de spectateur est-elle sauve ? Un personnage de télé-réalité décide-t-il de se laisser piéger en toute connaissance de cause ? Et si "personnage de télé-réalité" était finalement vraiment devenu un métier ? Est-on vraiment la lie du métier de technicien télé si on participe à ce genre d'émission ou fait-on simplement un job comme un autre ? Où sont les barrières morales quand tout le monde est conscient qu'on va délibérément les dépasser dans le processus ?


Ces interrogations qui me passionnent sont portées de manière plus ou moins fortes par les trois séries ci-dessus que je vous recommande, chacune, vivement. Pour ceux qui les ont déjà vues, en particulier Siberia, merci de ne pas spoiler dans les commentaires, mais j'attends vos avis avec impatience.






Pour ceux qui aimeraient des articles séries plus souvent, je suis désolée pour mon manque d'assiduité, mais je vous invite à consulter mon board pinterest TV Shows 2015 où je liste scrupuleusement toutes celles que je vois avec une note de 1 à 5 et parfois un commentaire, ainsi que mon tag séries, où vous retrouverez tous mes articles parlant de séries, ainsi que ma page série où vous retrouverez plein de recommandations classées par thématiques et genres, de quoi se sustenter pendant quelques heures, jours, voire quelques semaines, ...

3 commentaires:

  1. Je te conseil fortement Dead set si tu ne l'as pas encore vue, moi je m'en vais binger siberia

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  2. Tu me donnes toujours des idées, même si tu n'écris plus aussi souvent sur les séries. J'ai été voir ton Pinterest et j'ai vu que tu citais la série culinaire d'Anthony Bourdain. J'adore ses livres et j'avais complètement occulté le fait qu'il avait créé des documentaires. Bref, j'ai regardé le premier hier soir, sur le Myanmar (ça tombe bien, j'y ai été récemment).
    Il y a quelques redites dans le tableau, mais certaines sont intéressantes: The Good Wife passe de 3 à 4 étoiles ;-)
    Et merci encore pour la découverte de Puberty Blues, qui a séduit également quelques lecteurs du Classement des Blogueurs.

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  3. J'ai également bien aimé les premiers épisodes de Unreal. Même si c'est exagéré (en tous cas, je l'espère), ça montre bien la manipulation de la pseudo TV réalité. Certains le font sans états d’âme. D'autres avec retenu mais parfois un peu avec plaisir.
    Le peu de pouvoir qu'on peut avoir sur le gens, peut parfois nous monter à la tête. Qui que l'on soit.

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