samedi 29 janvier 2011

Des hommes et des dieux



Des hommes et des dieux (Xavier Beauvois, France, 2010)

J'ai failli rater cette merveille. J'avais peur de l'énorme coup de cafard qu'il promettait, pas envie d'y aller seule, et j'ai fini par trouver de la compagnie, en plus au balcon de la salle du Capitole avec des macarons et suivi par des sushis, un moment magnifique ! Mais bref, c'est hors sujet, quoique, parce qu'il peut être nécessaire, pour ce film, de débriefer après.

L'histoire est connue, 8 moines trappistes dans un monastère en Algérie qui vont finir par se faire assassiner sans que l'on ne comprenne pourquoi. J'avais peur, très peur que le réalisateur ne nous inflige ces meurtres sanglants en plein cadre, mais non, il nous épargne visuellement. Mais pas émotionnellement, sans jamais tomber dans le pathos pour autant. Le sujet principal du film est la réflexion que mènent chacun de ces hommes sur le choix de rester ou de quitter l'Algérie et c'est développé de manière vraiment passionnante ! Les questions de la définition du martyre, des raisons d'être là, de leur foi, de leurs engagements de vie sont posées de manière brillante. J'ai passé des jours à y réfléchir après ce film, et pour moi c'est la preuve d'un grand film, d'un TRES grand film.



Tous les comédiens sont fabuleux de retenue, de complexité, d'incarnation (avec un coup de coeur pour le petit vieux de la photo suivante). Les lumières sculptent les décors magnifiques avec une grande élégance. La géographie des lieux (le monastère en haut d'une colline qui surplombe un village) construit la relation de ces moines avec les habitants du village. Ces moments avec les habitants sont très intéressants, particulièrement bien construits, mais d'une grande simplicité, grâce à eux on respecte et comprend mieux ces hommes et leurs choix final. La religion est présente sans être à aucun moment oppressante (une de mes craintes avant d'aller voir ce film), on est nettement plus amenés à réfléchir sur la spiritualité que sur la chrétienté. On parle plus de tolérance et de rapprochement entre les religions que d'antagonismes.


Les moines trappistes sont des hommes qui font voeux de pauvreté, ils vivent de ce qu'ils produisent. Ils sont également contemplatifs et encouragés à étudier, pas forcément la Bible (d'ailleurs leur grande connaissance du Coran est explicite à plusieurs reprises). Ils réfléchissent sur le monde qui les entoure et pas uniquement sur leur foi. Je m'attendais à de trop longs plans contemplatifs (en barbant même si magnifiques), à des dialogues religieux, à des très longs moments de prière. RIEN de tout ça.

Ce film a un rythme très agréable, une ambiance tendue, une grande richesse d'émotions variées. C'est un très grand film qu'il ne faut absolument pas rater, allez-y, même si vous êtes légèrement réticents, c'est un chef d'oeuvre, une leçon de cinéma, de tolérance et d'humanité. Merci Monsieur Beauvois.

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