vendredi 7 septembre 2018

Poupoupidou

En pleine prohibition, deux musiciens tentant de gagner leur vie dans des orchestres de jazz qui jouent dans des tripots clandestins deviennent les témoins d'un règlement de compte de la mafia. Ils doivent donc fuir Chicago. Le seul job qu'on leur a proposé les semaines précédentes est dans un orchestre entièrement féminin qui part pour Miami. Ils décident donc de se travestir et d'embarquer avec l'orchestre sous leur nouvelles identités.

Si vous n'avez pas reconnu le début du film Some Like it Hot, il est urgent que vous le voyiez. Si vous avez reconnu, il est urgent de le revoir. Encore et encore. Je l'ai revu hier soir, pour la je-ne-me-souviens-plus-combien-t-ième fois, avec toujours le même plaisir, voir encore plus de plaisir à chaque fois.

C'est un chef-d'oeuvre qui n'a pas pris une ride.


Les acteurs d'abord, évidemment. Jack Lemon est hilarant en Daphne, contrebassiste prête à entraîner tout l'orchestre dans ses folies et bien décidé à profiter de la vie, que ce soit en tant que Jerry ou en tant que Daphne. Tony Curtis est parfait en Josephine, saxophoniste, et il tombe, évidemment, amoureux de la chanteuse, Sugar Kane, Marilyn Monroe, somptueuse, lumineuse, touchante, drôle, charismatique, hypnotisante. (Cette robe, mes aïeux, cette robe.)


Les quiproquos s'enchainent à un rythme endiablé pendant 2h. C'est hilarant, touchant, romantique, plein d'action. Le montage est trépidant et toujours juste. Les dialogues sont des pépites dont une bonne vingtaine sont carrément devenus des aphorismes encore utilisés aujourd'hui, bien que peu se souviennent qu'ils viennent de ce film de 1949. "Nobody's Perfect!", dernière phrase du film est l'exemple le plus connu. 

Et évidemment, le fameux "Boob boob e doo" dans une des chansons. La bande-son qui contient (entre autres merveilles) quatre chansons interprétées par Marilyn est merveilleuse.



Mais surtout, chaque plan est superbe. Le réalisateur Billy Wilder est au sommet de son art. Les lumières sont extraordinaires. Et le noir et blanc permet au travestissement de passer sans problème et sans que nous ne pensions supercherie à chaque instant. Contrairement aux beaucoup plus tardif Tootstie ou Mrs Doubtfire par exemple, également incarnées par des acteurs masculins fabuleux, mais qui ne fonctionnent pas du tout de la même manière qu'ici. Dans Some Like It Hot, à partir du moment où Curis et Lemmon sont Josephine et Daphne, on n'a aucun doute sur le fait que les autres personnages du film n'y voient que du feu. Et si le noir et blanc vous fait peur, je vous garantis que vous l'aurez oublié en moins de cinq minutes et que vous ne subirez pas une seconde d'ennui devant ce film.


Des milliers d'articles ont été écrits sur ce film, des thèses universitaires rédigées, des dizaines d'interviews publiés. Les anecdotes de Marilyn ne sachant pas son texte et devant faire de très nombreuses prises parfois, mais qui par contre réussissait une scène complexe en une seule prise continuent à circuler. Billy Wilder a déclaré 10 ans plus tard à un journaliste qui lui demandait s'il aurait voulu travailler à nouveau avec Marilyn "j'en ai discuté avec mon docteur et mon psy et ils me disent que je suis trop vieux et trop riche pour supporter ça à nouveau". D'autres préfèrent la citation "ma tante Minnie serait toujours ponctuelle et ne retarderait jamais aucune production, mais qui paierait pour voir un film avec ma tante Minnie ?".

Bref, ce film est mythique. Sans exagérer.

Mais si je vous en parle aujourd'hui c'est parce qu'en le revoyant hier, je me suis rendu compte que non seulement, il n'a toujours pas pris une ride, mais surtout, ses propos sur les rapports entre les sexes est incroyablement non sexiste pour l'époque, et même pour aujourd'hui ! Le film est presque féministe, et tout ce discours-là est porté par deux hommes, qui découvrent à quel point être dans le corps et la position de femmes et profondément inconfortable.

- Ce vieux cochon !
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Il m'a pincé les fesses dans l'ascenseur !
- Maintenant tu sais ce que vit l'autre moitié.
- Mais regarde-moi, je ne suis même pas jolie !
- Ils s'en fichent ! Tant que tu portes une jupe. C'est comme agiter un drapeau rouge devant un taureau.
- Vraiment? Ben j'en ai marre d'être le drapeau. Je veux redevenir le taureau !

Et non, il ne ferait pas scandale auprès de la communauté trans non plus (je vous vois venir amateurs de Jennifer Lawrence), car à aucun moment il ne s'agit de personnages trans, mais de deux hommes qui tentent de se faire passer pour des femmes pour échapper à la mafia...

Dans ces temps où les moeurs évoluent, ENFIN, de très nombreux films deviennent impossibles à regarder, les films des années 40 évidemment, mais même des films des années 80 ou 90 ont pris des coups de vieux impossible à oublier par des passages racistes, sexistes ou encore homophobes. La série Mad Men en a fait son fond de commerce, en mettant en valeur ces moments "normaux" des années 50-60 qui sont devenus totalement choquants aujourd'hui. Souvenez-vous de la scène de la saison 1 où Betty Draper, très enceinte, enchainant les cigarettes et les verres de vin, hurle sur sa fille qui court avec une housse en plastique de teinturier sur le visage... parce qu'elle pense que la chemise de son mari est peut-être froissée. En 10 secondes, la différence historique était mise en place.

Pour Some Like It Hot c'est l'inverse, le discours reste parfaitement juste aujourd'hui. Impressionnant.

Bref, voyez-le, revoyez-le, encore, et encore.

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