lundi 3 septembre 2018

20% de différence salariale homme-femme

Il y a quelques jours, j'ai publié les liens vers des annonces pour un job de RH, où le salaire de l'annonce masculine était 20% plus haut que la même annonce pour une candidature féminine. 

Je me suis outrée publiquement sur twitter :

cliquez sur l'image pour voir les réactions


... -avec malheureusement une superbe faute d'orthographe, mais il y avait déjà des RT quand je l'ai vue 2 minutes plus tard, trop tard pour rectifier- et sur facebook : 

cliquez sur l'image pour voir la publication originale et les commentaires

Les réactions choquées ont été immédiates et nombreuses. 
Le Matin a même fait un article citant mon tweet (supprimé quelques heures plus tard).




Très rapidement, les plus aguerris en fake news ont été cherché des infos plus complètes : registre du commerce, propriété du site web, vérification auprès de banques de photos, plein d'indices leur ont fait penser que c'était un canular, ou une opération de communication. Grégoire Barbey, journaliste, annonce rapidement que Le Matin s'est fait berner, dans un statut facebook où il déduit que ces offres d'emploi sont fausses, mais il s'interroge sur leurs objectifs : 



Le lendemain, d'autres s'emparent du dossier en s'emportant haut et fort "les fake news débarquent en Suisse Romande", l'article continue à citer mon tweet comme origine de l'histoire, son auteur a commenté sur ma publication facebook que je ne devrais pas relayer des fake news*, il exige des explications du Matin et évidemment de la politicienne citée qui n'est pas de son bord politique (tout s'explique), et se moque de moi en annonçant que d'habitude je suis plutôt du genre à dénoncer les fakes news... et oui, Monsieur, mais il fallait aller un poil plus loin dans votre analyse, ...

Vendredi, le Matin publie à nouveau un article : "Les offres d'emploi scandaleuses étaient des fakes".
Depuis, plusieurs journalistes m'ont contactée en me demandant où j'avais trouvé ces annonces, et pourquoi je ne démentais pas leur contenu. 



Effectivement, ces annonces sont fausses.

C'est UNIA qui a créé cette action pour leur campagne pour l'égalité salariale et demandé à quelques "influenceurs" (je cite) de partager ces annonces afin de sensibiliser l'opinion publique en créant un "buzz". Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est réussi : le bruit a couru, en Suisse Romande du moins.

La société Meyer info, crée de toute pièce pour cette action (ce qui a été repéré par les débusqueurs de fausses infos, mais pas par le grand public), représente l'exemple type de l'inégalité salariale. C'est gigantesque et très visible ici.

Mais les inégalités salariale sont bien réelles, quoi que beaucoup plus sournoises, avec la même disparité de 20% !

Une manifestation nationale aura lieu le 22 septembre pour lutter contre les discriminations salariales. Un train sera gratuit depuis la plupart des villes romandes. Plus d'infos, horaires, etc.

(Edit : explications d'Unia du 5 septembre.)

J'espère que celles et ceux qui sont tombé·e·s le panneau ne m'en voudront pas trop, et que leur indignation pour ces inégalités salariales restera intacte malgré le procédé utilisé. Ces fausses annonces ont simplement permis de rendre plus visibles et transparentes ces inégalités d'habitude dissimulées. (C'est si facile en Suisse où on aime pas parler d'argent entre collègues...)

Je comprends ceux qui critiquent la méthode, passer par des fausses informations peut aussi donner de l'eau au moulin de ceux qui ne voient pas le problème, j'imagine déjà les : "d'ailleurs ils ont dû inventer des annonces, c'est dire qu'il n'y en avait pas". #fatigue

Pour ma part, j'ai accepté de participer car ce problème est encore trop invisible. Les personnes de mes "cercles" habituels, renforcés par les algorithmes facebook and co, sont sensibilisés à cette question d'inégalité majeure, mais il suffisait de lire les commentaires sous le premier article du Matin pour se rendre compte que non, la question n'est pas prise au sérieux par une très grande frange de la population, ainsi que par les partis politiques de droite qui ne voient pas le problème (on comprend mieux quand on calcule le pourcentage de femmes parmi leurs élus).

Alors pourquoi ne pas passer par le choc et l'indignation ! J'espère que ces énergies mises dans cette stratégie de buzz vont continuer à travailler sur le problème de fond avec le même succès.

Et j'espère surtout que nous serons moins longs à régler ce problème que le droit de vote des femmes**... mais dans ce si joli mais arriéré pays qu'est la Suisse, c'est pas gagné.


Si vous êtes journaliste et souhaitez en savoir plus, merci de contacter UNIA directement.



* J'ai supprimé ce commentaire en attendant des nouvelles des instigateurs de cette campagne.
** 1971 pour les non-suisses qui me liraient... la "suisse primitive" n'est pas un mythe.


Edit :


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