15/10/2015

Où manger à Bordeaux ?


Dans la guéguerre entre Toulousains et Bordelais, les premiers affirment que Bordeaux est une ville de vin, pas de gastronomie. Ô combien ils ont tort ! On y mange très bien, mais effectivement, beaucoup d'adresses sont surfaites et snob, ou juste des appeaux à touristes. On ne parlera donc pas de l'Entrecôte dans cet article, ni de la compétition Etchebest-Ramsay à la Place de la Comédie. 

En deux semaines dans cette ville magnifique, mais très cossue, j'ai eu la chance, grâce à ma merveilleuse hôtesse, de découvrir des restaurants magnifiques, pour des prix raisonnables pour la qualité des produits qu'ils travaillent, dans plusieurs quartiers, c'est de ceux-ci dont j'ai envie de vous parler.

Petit apparté, pendant que je vous tiens, je n'ai PAS bu de vin rouge, les vins de la région sont souvent trop tanniques à mon goût. J'ai par contre pris un énorme plaisir à déguster des blancs délicieux dans tous les restaurants que je vous recommande ici.





C'yusha

C'est le restaurant préféré de ma bordelaise préférée. Jai eu la chance d'y avoir une place parmi les 19 couverts proposés midi et soir, la réservation y est indispensable. D'autant que le chef travaille seul, dans une cuisine ouverte, visible dès l'entrée. Il sera ravi de discuter avec vous avant le repas ou en sortie de table, en particulier de ses producteurs ou des produits qu'il fait pousser lui-même (légumes, herbes et même citrons caviar).
Plusieurs formules sont proposées, ainsi que des plats à la carte. Je vous recommande de choisir le menu, à 34€ pour entrée, plat, dessert (le soir) ou 45€ pour une déclinaison à 6 plats. Pour petits budgets, c'est 19€ à midi (entrée-plat-dessert). Le chef étant seul en cuisine et la serveuse seule en salle, ils apprécieront que vous arriviez à l'heure pile de votre réservation pour une question d'organisation.


Ce jour-là, nous avons eu le plaisir de voir notre entrée prévue au menu changée, car le chef avait reçu des cèpes de son fournisseur. Nous avons donc mangé un oeuf basse température avec espuma de cèpes, brisures de châtaignes, une tartine de lard de colonnata et une fleur de tulbaghia qui amenait une subtile saveur d'ail. Cette entrée raffinée et très équilibrée était précédée d'une mise en bouche de soupe de courge et espuma d'ortie, juste de quoi s'ouvrir l'appétit et se rendre compte de l'originalité et de la finesse des saveurs qui vont suivre.


En plat j'ai choisi l'esturgeon, il était surmonté de chair de citron caviar et d'une touffe de champignons enoki, accompagné d'une purée de panais panée aux épices, d'un pak choi braisé et d'un "jus de bordelaise" (aucune idée ce que ça peut bien être, à part qu'il y a une réduction de vin rouge et de la moutarde de cassis et que c'est délicieux avec le poisson). Accords surprenants, originaux, intelligents, élégants, mais au-delà de ces adjectifs de la blogueuse-qui-se-prend-pour-une-critique-culinaire, c'est surtout diablement bon.


Après une espuma mojito en guise de trou normand (peut-être ce qui m'a le moins intéressé du repas, c'est dire si le reste était bon), on a reçu desserts et fromages. C'était amusant pour moi de reconnaître plusieurs produits typiquement servis en Suisse, de la Tête de Moine dans l'assiette de fromage (avec un chèvre juste égoutté, un chèvre cendré et un autre fromage de type reblochon, servi sur une tapette à souris) et du chasselas en grain et en verjus dans l'assiette de dessert intitulée "la flaveur des raisins". Un dessert de cuisinier qui joue avec les accords, différents types de raisins utilisés et travaillés de manières différentes, de grains frais à raisins séchés, en sorbet ou en gelée, avec du chocolat, du tofu à la pistache, une crème façon dulce de leche et j'en oublie. Chaque plat travaille nos sens, interroge (et ravit) nos papilles, sans jamais pouvoir être accusé de chichitage.


J'ajoute que le restaurant est très beau, la vaisselle est magnifique, le pain est maison (au levain) servi avec des beurres aromatisés de chez Bordier ou maison (celui du chef à l'huître végétale est fameux), le service est parfait, il y a des cartes de visites des fournisseurs à l'entrée et, je le répète, le chef est adorable et toujours disposé à répondre à vos questions.

C'est très impressionnant de se sentir à ce point invité dans l'imagination et la gourmandise de votre hôte, ce concept de l'homme seul en cuisine ouverte me séduit, et j'ai adoré cette rencontre avec la cuisine de Pierrick Célibert et j'espère avoir l'occasion de déguster son travail à nouveau. 


12, rue Ausone
Mardi, mercredi et jeudi midi
Du mardi au samedi le soir
Réservation obligatoire





Le Petit Commerce


Le lieu est une institution, d'un petit local dans la Rue du Parlement Saint-Pierre, il est devenu double, puis triple, il fût un temps où l'un des local abritait même une poissonnerie (ce sera à nouveau le cas dans quelques mois). Depuis septembre 2015, un nouveau chef, Stéphane Carrade, est aux commandes. En plus de superviser la brasserie, il va y créer une "table gastronomique à prix doux" (début novembre 2015) que je n'ai pas eu l'occasion de tester mais je vous y encourage.


Pour ma part je me suis régalée de fruits de mer à la plancha (les couteaux et les calamars sont magnifiques) et d'un plateau de fruits de mer comportant un demi-tourteau, des huîtres, des crevettes, des clams, des bulots, des bigorneaux, des praires, des crevettes grises (rhâ lovely), des murex et j'en oublie. A moins d'être un outre-mangeur, mangez-le à deux ou prenez un demi-plateau (25€) ! Le soir, la brasserie propose aussi un très chouette choix de tapas maison et de très jolis vins au verre à prix raisonnables (dès 3,5€ pour la très recommandable réserve maison).


Le chef ayant importé une partie de sa brigade depuis le Grand Hôtel, on m'a vivement recommandé les desserts de son pâtissier. De quoi faire un festin.
Le service est efficace, le chef passe régulièrement entre les établissements pour observer la clientèle... ou vous allumer du chauffage s'il a peur que vous preniez froid, c'est un homme adorable.


22, rue du Parlement Saint-Pierre
Tous les jours, cuisine non-stop 12h-23h (mais je recommande de vous y rendre aux heures de repas où la brigade est complète en cuisine...)





Kressmann Brothers


Autre quartier, autre style, ici on est au coeur des Chartrons, sur une place entourée d'établissements et couverte de terrasses. Mais je ne vous y recommande qu'une adresse : Kressmann Brothers. Les deux frères qui ont monté cette brasserie sont passionnés de vin (ils sont nés dedans) et de beaux produits. La carte est courte et change selon les arrivages, et tout y est magnifique. La bavette, sauce à l'échalote et écrasée de pomme de terre est un must, le tataki de boeuf à se damner, le carpaccio de Saint-Jacques avec sa chantilly de coriandre et jus de yuzu est parfait, la papillote de poisson est délicieuse, le camembert rôti est décadent.


En plus c'est confortable, les prix sont tout doux pour des produits d'excellente qualité, y compris pour les vins, et le service est très amical et efficace. Un de mes restaurants préférés à Bordeaux, j'en ferais bien ma cantine (et je ferais bien des bisous à leur boucher) !


8, place du marché des Chartrons
Tous les jours, 12-14h30 - 18h30-22h30 (uniquement le midi le dimanche)


Comptoir Cuisine


C'est peut-être le lieu le plus bourgeois et évident de ma liste, mais il mérite vraiment une visite. Installé juste en face du Grand Théâtre, sa terrasse, avec cheminées (!) a une vue magnifique. "Le meilleur tartare de Bordeaux" m'avait-on dit, je n'en ai pas goûté ailleurs et ne peux pas vous affirmer que c'est vrai, mais c'est sans aucun doute un des meilleurs que j'ai mangé de ma vie. Entre la carte fixe, relativement courte et les très nombreuses propositions du jour, votre choix sera difficile.


Je vous recommande les ravioles de foie-gras au bouillon (avec coco de paimpol et lardons fumés), le baba au rhum extraordinaire (à partager, il est énorme !), les poissons (selon arrivage), bref, tout ce que j'ai pu goûter. Ici encore, la sélection de vins au verre est à des prix raisonnables (leur Dourthe à 3€ par exemple) et le café gourmand est un festin (le pâtissier maison prépare des desserts toute la journée car l'établissement fait office de salon de thé -avec des thés Mariages Frères- l'après-midi).


Le service est efficace et sympathique, même avec les touristes espagnols ou américains pénibles, le lieu, bien qu'étant classieux, est tout à fait cosy (si vous ne vous offusquez pas de côtoyer des manteaux de fourrure, des sacs de créateurs hors de prix et des vestes matelassées -private joke-), à tel point que j'y suis retournée deux fois. Dire que certains font la queue à l'Entrecôte ou pour une salle aux dorures kitch à quelques mètres... incompréhensible.


2, place de la Comédie
Tous les jours, midi et soir (l'après-midi il fait office de salon de thé)




Le Café du Levant


Brasserie entièrement décorée Art Déco, le lieu est sublime. La terrasse est spacieuse et paisible, bien que face à la Gare Saint-Jean. Le service est parfait, la carte est classique mais très bien interprétée (même l'oeuf-mayo avait l'air délicieux) et chaque jour il y a des propositions de saison. J'y ai dégusté des calamars en persillade déposés sur un lit de courge confite, je n'aurais pas parié sur l'harmonie des saveurs et pourtant c'était exquis. Leur assiette de fromages mérite une visite à elle toute seule, et le pâtissier maison a une telle réputation que j'ai vu plusieurs tables ne venir que pour les desserts.



Un seul détail : ne goûtez pas leur Pessac-Léognan, à moins d'être disposés à en prendre un deuxième et un troisième verre tant il est gouleyant.


22-25, rue Charles-Domercq (en face de la gare St Jean)
Tous les jours 11h30-14h30 et 18h30-22h30, salon de thé non-stop dès 8h





En sus de ces établissements que je vous recommande chaleureusement, et que j'ai testés, mon hôtesse chérie, Esme, pâtissière et grande gourmande de son état m'a confié une liste de restaurants et lieux de shopping gourmand à Bordeaux rien que pour vous :


  • Fufu : bar à ramen, tout est fait maison, plusieurs établissements à Bordeaux, comfort food power, possibilité de commander à emporter.
  • Mokoji : petit restaurant coréen, attention, bondé dès 20h10, venez tôt... ou tard. Merveilleux bibimbap, bulgogi, poulet pané, bref, tout est bon, et copieux, à prix modiques. Service hyper sympa et efficace, possibilité de commander à emporter.
  • Canelés La Toque Cuivrée : c'est simple, une seule adresse, aller les chercher directement à l'usine, jamais ailleurs, et ouais.
  • Le Comptoir Bordelais : épicerie fine, attention, tout votre budget shopping risque d'y passer ! La collection de conserveries est mirobolante avec toutes les spécialités du Sud Ouest imaginables (oui, du foie gras, mais pas que), des vins et alcools, des épices et tout ce qui est nécessaire pour ne pas trop souffrir du manque de Bordeaux en rentrant chez vous. Prix... épicerie fine.

Pour le reste, Bordeaux et couvertes de terrasses, il est facile de boire un verre partout, partout, partout, vins, bières (quoi qu'il faille chercher longtemps les artisanales), cocktails et même de parfaits thés à la menthe (quartier Saint-Michel, en cours de gentrification, ce qui est chiant pour les habitants, mais un régal pour les touristes).

07/10/2015

Carte postale de Bordeaux


Merci pour votre appel, veuillez laisser un message après le biiiiiiiiiiiiiiip.

(Sinon je mets des photos là et ici.)

Disclaimer : ce message m'a été dicté par Esme.
Photo : Brit Worgan.

28/09/2015

RedBall et autres projets


Peut-être vous souvenez-vous, durant l'été 2013, d'un énorme ballon rouge dans les rues lausannoises. C'était le RedBall Project de l'artiste Kurt Perschke invité par le Festival de la Cité. J'ai flashé sur cette oeuvre d'art contemporain qui fait voir les rues où l'on passe tous les jours sous un autre oeil et qui provoque des rencontres et des réactions inattendues. Kurt m'avait d'ailleurs raconté combien c'est ce qu'il préfère dans ce projet qu'il fait voyager partout dans le monde depuis 13 ans, comment cette "simple" balle rouge géante n'était qu'un support à l'expérience, à la rencontre, à la collision entre le quotidien et l'extraordinaire. J'avais tellement aimé ça qu'il m'avait nommé parmi ses premiers Circle Members.

Deux ans plus tard, je vais retrouver ce ballon géant (et son créateur) à Bordeaux, pour le festival Novart 2015. Du 3 au 11 octobre, tous les jours, la RedBall se posera dans les rues bordelaises. Si j'en crois mon expérience, elle se fera bousculer, on rebondira dessus, des centaines de photos seront prises devant, dessus, dessous, autour, de près, de loin, et elle se fera même embrasser.


Tout ça pour vous dire que durant le mois d'octobre, ce blog sera probablement très silencieux. Vous pourrez néanmoins me suivre sur instagram où je promets de ne pas focaliser que sur la baballe mais de faire honneur à la bonne chair locale.

Dès novembre, comme Lausanne à Table c'est fini pour 2015 (mais on prépare déjà 2016, évidemment), je serai beaucoup plus disponible pour des offres un peu folles (que j'ai presque toutes refusées cet été), alors n'hésitez pas !

Si vous êtes dans la région bordelaise, passez me dire bonjour et voir le RedBall Project, c'est un souvenir inoubliable (et je serai pas loin, autour, en train de vous observer interagir...).

25/09/2015

Le Vacherin Fribourgeois


Le Vacherin Fribourgeois a fêté ses dix ans d'AOP début septembre (AOP = appelation d'orgine protégée, ce qu'on appelait avant AOC). Pour l'occasion, l'Interprofession du Vacherin Fribourgeois a organisé un charmant voyage de presse. Un petit tour à l'alpage pour voir la fabrication d'un Vacherin Fribourgeois suivi d'un magnifique repas cuisiné par le mythique chef Pierrot Ayer.

Alors le côté voyage de presse peut vous paraître un peu rébarbatif, mais j'ai passé une journée extra, que je vais donc vous raconter, comme d'habitude, en trop long, trop large et trop de travers, avec trop de photos et même une vidéo trop longue. Même pas peur. Peut-être faut-il commencer par vous dire que le Vacherin Fribourgeois est mon fromage préféré, et que parmi les sortes de Vacherin Fribourgeois (il y en a 6 qui dépendent de la durée d'affinage ou du type de production) c'est celui d'alpage que j'aime le plus, j'étais donc acquise avant même de partir, mais très curieuse de savoir ce que j'allais pouvoir apprendre (et goûter, on ne se refait pas).


Un petit mot d'histoire ? 

Le Vacherin Fribourgeois a longtemps été un produit "petit frère" du fameux et mythique Gruyère connu loin à la ronde, lui est toujours resté plus local, typiquement fribourgeois. Il était au départ produit dans les alpages et les laiteries avec le lait en surplus des quotas de Gruyère. Les meules sont plus petites (6 à 10 kilos), le lait est souvent cru ou thermisé et il est produit avec du lait entier (contrairement au Gruyère qui est produit avec du lait écrémé, ce qui permet l'obtention de la sublime double crème de gruyère). Le Vacherin Fribourgeois est un fromage mi-dur, affiné moins longtemps (entre 3 et 9 mois au maximum alors qu'on trouve des Gruyères de 24 mois par exemple) et, surtout, beaucoup plus crémeux. C'est grâce à lui que les fondues, les vraies, celles du Canton de Fribourg, existent.

Un petit mot sur la fondue, quelles sont celles que je considère comme les vraies fondues ? La moitié-moitié (Gruyère et Vacherin Fribourgeois) ou la fondue au Vacherin, évidemment. La seule autre qui a grâce à mes yeux car elle obtient une texture similaire à la moitié-moitié, c'est celle de Haute-Savoie dans la vallée d'Abondance car ils produisent de l'Abondance, cousin proche du Vacherin Fribourgeois, mais je m'égare. A chaque fois que quelqu'un essaie de me faire goûte une autre fondue, imanquablement, je trouve sa texture et son goût décevant. (Meilleure adresse à Lausanne : la Pinte Besson. Point barre, pas de discussion.) (Oui, je suis une ayatollah de la fondue, j'assume.)

Revenons à nos meules. Le Vacherin Fribourgeois est un fromage connu donc grâce au développement de la fondue, mais trop méconnu à la coupe (ou "à la main" comme disent les fromagers de la région), alors que grâce à son crémeux, à son goût inimitable et à sa capacité à fondre à basse température (en-dessous de 50 degrés), il a toutes les qualités nécessaires pour un très grand nombre d'autres plats ou juste pour mes tartines.

17/09/2015

L'Eligo


Fin décembre 2014 s'ouvrait l'Eligo dans le quartier du Rôtillon à Lausanne. "Eligo" est un terme latin qui veut dire faire un choix. Par exemple un choix de vie : quitter une grande table réputée et une carrière étoilée pour faire de la cuisine de marché, comme Guillaume Raineix, ou quitter une carrière théâtrale et cinématographique pour revenir au métier de la restauration, comme son associé Gabriele Bazzichi. Cela veut aussi dire choisir toujours le meilleur produit disponible, choisir de travailler avec les saisons, choisir des producteurs d'excellence (quand Guillaume parle des frères Alaca et de leurs jambons ou de Niels Rodin et de ses agrumes, il n'y a pas que vous qui salivez, lui aussi !).

Quand à Lausanne à Table nous avons décidé de relancer les Tables Uniques cette année, il était impensable de ne pas proposer à Guillaume Raineix de participer. Il lui a fallu environ 30 secondes pour nous dire : "ok, quelles dates ?" La première tombait en juin et Lukas de Guérilla Gourmande avait eu la place en strapontin au bout de la table des 8 heureux tirés au sort (son récit). La deuxième tombait cette semaine, le menu avait forcément changé, Guillaume m'a proposé de prendre la 9e place, je n'ai pas dis non !

J'avais déjà mangé plusieurs fois à l'Eligo, toujours à midi, et adoré chacune de mes visites. (J'ai déjà parlé de son extraordinaire sashimi de sériole, mais je pourrais faire un poème sur sa bisque d'écrevisses du lac, sa tartelette aux fraises, son poireau vinaigrette ou son sorbet de chocolat noir à la fève tonka.) Mais cette fois c'était particulier. Les 8 autres convives et moi avons pris place à la "table d'hôte", c'est-à-dire la table haute qui a une vue plongeante sur la cuisine vitrée. Pour l'occasion, le restaurant était fermé, par contre, la porte de la cuisine était grande ouverte et nous ne nous sommes pas fait prier pour la passer.



En amuse bouche, une terrine de sanglier et foie gras, un peu de pomme confite, un cornichon en pickle maison, tout ça posé au milieu de la table et Guillaume qui vient faire connaissance avec sa tablée. L'ambiance a tout de suite pris, les questions fusent sur les produits dans les assiettes, sur "l'autre resto du bord du lac", entrecoupées de "mmmmmh c'est bon ça". (Le Chasselas La Morraine des Vins de Lausanne, qui ont accompagné tout le repas, n'était peut-être pas étranger à la prise rapide d'ambiance...)


En entrée, j'ai eu la joie de voir apparaître des écrevisses du lac, avec quelques tomates confites, nappées d'un velouté. J'avais adoré la bisque d'écrevisses quelques semaines plus tôt, mais là c'était encore meilleur. Ces tomates cerises confites au four ajoutaient une jolie profondeur et une acidité très agréable, ces écrevisses sont vraiment un magnifique produit. Le Pinot Gris la Plantaz du Château Rochefort qui l'accompagnait formait un accord parfait.


Après quelques minutes de silence dégustatif, j'entends quelqu'un dire "hé, funambuline a liké ma photo" et Gabriele mort de rire qui répond, oui, elle est au bout de la table. Le tirage au sort avait bien fait les choses, on était tous sur instagram... y compris Guillaume, et on s'est amusé à se liker parmi pendant la soirée.

Vous trouverez plein de photos sur ces comptes instagram.

Le poisson qui suivait a été mon coup de coeur du repas, cuisson parfaite, évidemment, mais c'est dans le mélange des saveurs que tout le charme de cette table se dévoilait. Des pommes de terre fumées (aux sarments de vigne) relevaient la tendresse de l'émulsion et des coques, le confit de citron satsuma (un hybride citron-mandarine magnifique) exacerbait la finesse du maigre, le croquant et la fraicheur du chou pointu terminait d'équilibrer le tout en saveurs et en textures. Et au final, ce plat paraît tout simple, pas de chichi, pas de construction architecturale dans l'assiette qui nous rend timides à l'attaquer, rien d'incompréhensible, juste l'équilibre et la simplicité de magnifiques produits mis en valeur. C'est généreux, simple, délicieux, précis.


Après ces émotions, tout le monde a déserté la table pour le dressage de la viande. L'année prochaine il faudra appeler ça "cuisine unique" et non "table unique" à l'Eligo...


Pour chaque élément disposé dans les assiettes, Guillaume nous en détaillait la préparation ou le prénom de la carotte du producteur de la carotte (glacée au miel) ou l'origine (limousine pour la moutarde violette). Exemple avec les herbes fraîches ajoutées à l'assiette, où il se retient de dire "je pense qu'on ajoute souvent des herbes qui ne servent à rien à part la déco" avant d'expliquer comment il a sélectionné les siennes.




Le boeuf parthenaise aurait pu se découper sans couteau, le très léger jus aux olives et la moutarde violette contraient la douceur de la viande, accentuée par la purée de patates douces et les carottes. Magnifique.


Après une nouvelle pause discussion, arrive le dessert, des figues rôties et une glace au pain d'épices "packée" #privatejoke. Tout est savouré avec le même plaisir non dissimulé par les convives. Le Pinot Noir & Pinot Gris en Méthode Traditionnelle des Vins de Lausanne ne gâche rien.


Et on continue à discuter. On boit un café. On continue à discuter. On va visiter la cave. On continue à discuter. On sort fumer prendre l'air frais et on continue à discuter. On va visiter l'étage. On continue à discuter. Plus personne ne voulait quitter le lieu. On a fini par avoir pitié de Guillaume et Gabriele qui ont sacrifié leur seul soir de libre pour nous offrir cette magnifique soirée et nous en aller... boire un dernier verre chez le voisin (le Café des Artisans)... et continer à discuter.


C'est à cette occasion qu'un autre convive m'a aidé à trouver LE défaut de la soirée, parce qu'il faut bien une critique, non ? La deuxième figue rôtie était peut-être de trop. Peut-être.

Vous l'aurez compris, j'ai adoré. Merci à toute l'équipe de l'Eligo d'accepter nos propositions un peu barjots de Lausanne à Table avec autant de gentillesse et d'enthousiasme. Merci à mes collègues de l'association Lausanne à Table que j'en profite pour embrasser. Merci aux autres convives de la soirée, l'ambiance était géniale grâce à vous. Et merci à Guillaume et Gabriele pour votre accueil généreux. Longue vie à l'Eligo !


Si vous n'avez pas encore eu l'occasion ou osé aller visiter cette magnifique table, je vous encourage vivement d'aller tester le midi. Pour la modique somme de 29 CHF pour le plat du jour, vous pourrez déguster le talent de Guillaume. C'est environ 40 CHF si vous ajoutez une entrée ou un dessert. La carte est plus complète le soir si vous décidez de vous offrir un menu dégustation. Le samedi midi c'est encore une autre histoire avec un service "sortie du marché", j'ai vu les saucisses qui seront servies cette semaine... ne ratez pas ça !



Rue du Flon 8, 1003 Lausanne
reservation@eligo-lausanne.ch ou 021 320 00 03
A suivre sur facebook, twitter et instagram

15/09/2015

Séries d'été, séries d'automne



Depuis 2 ans, la traditionnelle "rentrée" des séries, qui se situait entre mi-septembre et mi-octobre (et à nouveau entre mi-mars et mi-avril pour le printemps), perd de sa superbe. Et par la même occasion, et mon plus grand bonheur, l'été n'est plus un désert rempli de bluettes adolescentes parfumées guimauve. Deux raisons à ces changements : 

  • L'arrivée tonitruante de Netflix et de ses diffusions de saisons entières à des dates qui ne correspondent plus aux canons imposés anciennement par les chaînes de tv classiques, méthode suivie par d'autres diffuseurs alternatifs (tel qu'Amazon dont j'ai décrit le système) qui a même fait des émules dans les chaînes classiques qui donnent aujourd'hui parfois à voir plusieurs épisodes d'un coup en ligne pour accrocher les spectateurs à une série (ce qu'a fait la chaîne lifetime cet été avec UnReal).
  • L'autre raison c'est le gros succès de certaines séries "d'été" ces dernières années. Il y avait deux périodes sériesquement (j'invente des mots si je veux) mortes il y a 5 ans : juin-septembre et décembre-février. Personne ne se risquait à des séries courtes (13 épisodes maximum) dans des moments où la majorité des specteurs étaient encore des spectateurs de télé classiques, c'est-à-dire bloqués à la maison au moment de la diffusion de leur épisode s'ils voulaient suivre une série. L'explosion des normes narratives et temporelles des séries et les nouveaux modes de consommation des spectateurs font petit à petit perdre tout sens à un découpage de l'année par "saisons" (quoi que la plupart des chaînes traditionnelles, continuent à s'y plier avec leur oeillères inamovibles, en particulier en Europe).

Bon, maintenant que vous avez dû supporter ma théorie, vous vous demandez, mais pourquoi elle nous raconte ça ? Et bien parce que si je me suis plainte avant l'été de la maigre récolte de séries en 2015, la donne a changé grâce à un été fourni en surprises inattendues. Je ne vais pas perdre de temps à vous parler de celles qui, à mon avis, ne valent pas la peine (comme la saison 2 de True Detective, où je me suis endormie à chaque épisode), pour vous parler uniquement de mes coups de coeur, d'accord ?


Mr Robot



Après un seul épisode, j'étais emballée par Mr Robot qui se profilait comme la série de l'été. A la fin de la saison, je suis toujours aussi enthousiaste. L'histoire de hackers qui veulent changer le monde en faisant tomber une méga-entreprise-méchante-et-maléfique est suffisament séduisante (et lisse) pour plaire à tout le monde (même des capitalistes endurcis qui vont trouver ça amusant), tout à fait dans l'air du temps.

Le brio de cette série est ailleurs. Le personnage principal est porté par un acteur impressionnant qui réussit à nous faire suivre ses états d'âmes à travers son regard, et une voice-over très bien écrite. Le mode d'implication du spectateur dans la psyché du héros est brillant. Le reste du casting fonctionne très bien également, même les petits rôles.

La qualité visuelle et rythmique des épisodes sont impressionnantes, la réalisation et le montage sont magistraux. Ce dernier est d'ailleurs un des points les plus importants au développement du personnage principal, c'est grâce au cadrage, aux hors-champs et à certaines junk cuts que la réalité que l'on apprend à la fin de la saison devient de plus en plus palpable. En particulier dans les moments où nous sommes dans la tête d'Elliot (incarné donc par Rami Malek, souvenez-vous de ce nom). Et les cadres sont juste beaux, vraiment beaux, un travail sur les couleurs (souvent neutres avec une touche de couleur vive, avec une claire dicotomie entre le monde "blanc" de l'entreprise et "noir" du hacking), beaucoup de symétrie, des lumières crues, des visages filmés parfois de très près avec des peaux rugeuses et des yeux fatigués. J'arrête là, je pourrais vous en détailler chaque séquence. A voir absolument si vous êtes cinéphiles.

Ou à revoir en connaissant l'issue de la saison pour en apprécier les détails de réalisation et de construction narrative, comme une gourmandise, je ne m'en suis pas privée.




11/09/2015

Dark Matter - la série SF de l'été


Dark Matter


Un vaisseau dans l'espace, le Raza, six personnes se réveillent à son bord sans aucun souvenir de leurs identités et de leur mission. Avec l'aide d'un androïde, ils vont petit à petit démêler les fils de leurs identités et de leur histoire, tout en devenant un équipage. "Un" (ils se prénomment selon leur ordre de réveil) est un joli garçon un peu trop sentimental mais plutôt intelligent, "deux" devient rapidement la capitaine de l'équipage sans que cela ne soit remis en question par les autres, elle est puissante, combative et juste, "trois" est un gros bras qui baptise ses armes, d'une loyauté à toute épreuve, "quatre" est un maître en maniement du sabre (pas laser mais bien japonais), "cinq" est une adolescente qui se découvre génie de la mécanique avec un lien télépathique particulier avec chacun des membres de l'équipage, la geek de l'étape (il en faut une en 2015 si vous voulez que votre série marche), "six" est un gros bras qui cherche l'apaisement dans les conflits. Quant à l'androïde, elle va petit à petit se rendre compte qu'elle développe des sentiments, un bug dans sa programmation.

02/09/2015

La Suisse gourmande de septembre


Commençons par le commencement : Lausanne est une ville gourmande, la Suisse Romande est une région gourmande, la Suisse est un pays gourmand. On le sait, de plus en plus d'événements tentent de promouvoir le bon manger, le bien boire et la convivialité grâce à nos magnifiques produits locaux. Ok, c'est noté. Mais était-il vraiment, vraiment, nécessaire d'organiser tous ces événements en même temps durant le mois de septembre ?

Je plaide coupable, avec Lausanne à Table, c'est un de nos mois les plus chargé, mais nous ne sommes pas les seuls. Je me suis dit qu'il était temps de mettre de l'ordre dans tout ça. Nous sommes le 2 septembre, voici une (croyez-le ou non) petite sélection des événements gourmands de la région durant le mois de septembre, il faudra faire des choix, ce sera dur, mais ce sera bon.

Un dernier détail avant de nous lancer allègrement dans l'agenda : pitié, n'organisez plus d'événements en septembre, pitié.



Semaine du 1 au 6 septembre


  • 3 septembre : la Balade des potagers, par Pierre Corajoud. J'ai adoré celle de l'année dernière, celle-ci ira encore plus loin dans l'insolite. (Après des désistements, il reste quelques places, inscriptions ici.)

  • 5 septembre : toute la journée, l'Atelier fête sa première année ! Je n'arrive pas à croire que ce lieu n'a qu'un an tant il est déjà inscrit dans mes habitudes ! Pour l'occasion, il y aura musique, food truck, pop up bar and tutti quanti, ces dames savent recevoir.


  • 5 septembre : soirée Krautfunding. Quoi ? Le financement par le chou ? Et oui, une soirée choucroute et musique pour aider les merveilleux (mais très pauvres) organisateurs du LUFF. Soyons choux, soutenons-les !