lundi 3 octobre 2011

L'autre Amérique à l'Elysée


L'Elysée est mon musée préféré à Lausanne. Pour sa situation d'abord, c'est toujours un bonheur de redescendre, après une exposition, par l'enchaînement de petits parcs qui mènent à Ouchy, ça permet de prolonger l'ambiance dans laquelle nous ont plongées les images vues. Mais surtout par ses qualités muséographiques. J'y rate rarement une exposition, même quand elles ne m'intéressent pas forcément de prime abord, j'y trouve toujours un intérêt esthétique ou narratif. En ce moment (et jusqu'au 20 novembre) a lieu l'exposition "L'autre Amérique".


Trois photographes très différents pour brosser un portrait de ce pays qui m'intriguera toujours. Pour bien commencer l'exposition, je vous conseille de vous rendre au sous-sol dans la salle Lumière où est projetée une suite d'interviews (13 minutes en tout) de Mitch Epstein (collection America Power) et Saul Leiter (je vous en parle plus bas). Leurs manière de décrire leur travail, tant formellement que dans leur implication et réflexion personnelles est très intéressant et permet d'ajouter de la matière aux images.

Au sous-sol, vous trouvez la partie consacrée à Frank Schramm qui, pendant les semaines suivant le 11 septembre 2001, à New-York, a photographié les professionnels de l'information dans l'exercice de leur métier, souvent juste avant ou juste après que la caméra tourne. Visages graves, marqués, mais très maquillés et parfaitement mis en lumière. Le contraste entre ces visages irréels et le reste du cadre donne des images puissantes. C'est très intéressante et esthétiquement parfait, mais je dois avouer que ça ne m'a moins touchée que les deux autres parties de cette exposition.

Au rez-de-chaussée se trouve Mitch Epstein et sa réflexion sur l'utilisation de l'énergie aux Etats-Unis. Ce photographe est un génie du cadrage et de la composition. Ses images sont exceptionnellement belles ; ce dont elles témoignent extraordinairement flippant. Le choc que provoque ce contraste (dont il parle très bien dans son interview visible au sous-sol) ne peut qu'entraîner une réflexion de la part du visiteur, même le plus réticent à entendre parler d'écologie. Ses images sont toutes intrinsèquement narratives, notre œil navigue entre les détails et la globalité du cadre. Et l'addition de ces narrations individuelles crée indéniablement un ensemble encore plus cohérent qui ne peut laisser indifférent. Le militantisme par la recherche esthétique, cet homme est un grand artiste.


Au premier étage quelque chose de complétement différent. Mais laissez-moi vous parler de ce premier étage, en montant, on arrive sous les toits, des poutres apparente et un espace séparé par de fines parois noires avec pleins de coins sombres. Un éclairage extrêmement travaillé pour que chaque photo surgisse à votre oeil. J'espère que l'Elysée me pardonnera cette photo que je n'ai pu m'empêcher de prendre pour vous parler de cette magnifique muséographie, qui pourtant pourrait être peut-être un peu pompeuse si elle servait un photographe "moyen". Pour Saul Leiter, c'est un écrin qui permet d'apprécier ses images à leur juste valeur. Saul Leiter est un photographe autodidacte, un des premiers à se lancer dans la photo couleur. Il n'avait d'ailleurs pas les moyens de faire des tirages de ses clichés. Ce qui est exposé ici a été mis en place par ILFORD et un  laboratoire qui ont permis à ce photographe d'être enfin exposé. 

Dès les premières images j'ai été profondément émue par ses lignes percutantes, par ces couleurs vibrantes, par son profond amour de la ville et de ses paysages, par ses recherches d'abstraction. Un photographe comme je les aime, capable de glisser le coin d'un parapluie rouge dans une rue enneigée et de me faire sourire encore un peu plus fort. Un photographe dont plusieurs de ses photos exposées me donnent envie d'en faire des tirages géants pour m'en entourer dans ma vie quotidienne. La photographie est un des arts qui me touche le plus, merci Saul Leiter pour cet admirable moment, je n'oublierai pas ton nom.

J'espère vous avoir donné envie d'aller voir cette expo, elle mérite l'heure ou deux que vous allez y consacrer. (Si vous doutez encore, cliquez sur les images et observez-les en détails... si ça ne vous parle pas d'accord, mais j'ai dû mal à croire que ce soit possible...)

Informations pratiques : le Musée de l'Elysée est ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 11h à 18h, entrée adulte : 8chf. La boutique à l'entrée du Musée est une catastrophe pour vos banquiers, je préfère vous prévenir. On y accède soit par Ouchy, en montant dans le parc olympique puis le parc de l'Elysée (c'est indiqué). Soit par le M2, arrêt Délices (c'est indiqué aussi). Non, on n'y va pas en voiture, on ne conduit pas dans Lausanne et puis il n'y a pas de parking tout près, c'est réglé.

2 commentaires:

  1. Et, info complémentaire, c'est gratuit (comme tous ou presque les musées de Lausanne) le 1er samedi du mois.

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  2. Je me souviens avoir été tentée en passant devant (et j'ai du Joe Dassin dans la tête, maintenant)

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